Architecture Haussmann

Le Paris du XIXe siècle, un modèle pour demain ?

Mots clés : Entreprise du BTP

Les bâtisseurs de la ville ne cessent d’interroger les bonnes manières architecturales et urbaines du baron Georges-Eugène Haussmann.

L’exposition « Paris Haussmann – Modèle de ville » a refermé ses portes au public, le 4 juin, au Pavillon de l’Arsenal (Paris). Que retenir – ou pas – de cette présentation conçue comme une boîte à outils à destination des bâtisseurs de la ville d’aujourd’hui et de demain ? « Le Moniteur » leur a posé la question (lire pp. 68- 70) .

Entre 1851 et 1914, 57 157 bâtiments ont été construits à Paris, soit deux tiers de la ville. L’identité architecturale et urbaine de la capitale a notablement été façonnée par un homme, le baron Georges-Eugène Haussmann, préfet de la Seine entre 1853 et 1870. Pour essayer d’en comprendre les règles, les commissaires scientifiques de l’exposition – l’agence d’architecture LAN et le bureau d’ingénierie environnementale Franck Boutté Consultants – ont procédé avec méthode. « Nous avons cartographié, classifié et mesuré cet héritage du passé pour mieux penser la ville du futur », indique l’ingénieur Franck Boutté. Tout a été passé en revue : de la largeur des rues à la composition des façades, de la forme des îlots à l’épaisseur des immeubles. Résultat ? Le Paris selon Haussmann pourrait être un modèle de ville, car il répond aux questions posées actuellement aux praticiens telles que la densité urbaine, la mixité des programmes ou la sobriété énergétique. « Avec ses 20 000 habitants au kilomètre carré, Paris figure parmi les villes les plus densément peuplées au monde, au même titre que Mumbai ou Shanghai, constate Franck Boutté. Y vivre n’est pourtant pas une expérience atroce.

« Paris embellie, Paris agrandie, Paris assainie. » Georges-Eugène Haussmann (1809-1891), préfet de la Seine

Le sol parisien respecte un bon équilibre entre le plein (66 %) et le vide (34 %), ce qui rend la densité acceptable. » La capitale française est aussi l’une des villes les plus « marchées » d’Europe, grâce à ses 208 intersections de voiries au kilomètre carré. Ce maillage, non quadrillé, crée une forme de « surprise » à chaque coin de rue. Le tracé des voies de circulation a délimité 3 385 îlots bâtis, dont le périmètre compte de trois à six côtés. « Chaque îlot possède une densité constante quelle que soit sa taille, s’étonne l’architecte Umberto Napolitano (LAN). Il est également d’une flexibilité incroyable, car il peut se décomposer et se recomposer quelle que soit la situation. » L’îlot haussmannien étant constitué par un assemblage d’immeubles contigus, alignés sur rue, avec des courettes à l’arrière.

Dans le Paris du XIXe siècle, on ne parlait ni de plan climat, ni de performance énergétique des bâtiments. Pourtant, l’exposition révèle que l’immeuble de rapport dispose de qualités environnementales. La pierre massive provient d’une filière locale dans l’Oise et offre une forte inertie thermique. « En période de canicule, il fait 5 °C de moins dans un logement haussmannien que dans un moderne », certifie l’ingénieur Franck Boutté. Et la mitoyenneté favorise une « isolation passive » entre voisins. Autre découverte : la faible épaisseur de l’immeuble d’habitation, qui se situe entre 7 et 12 m, contre 12 à 18 m de nos jours. « Tous les appartements sont traversants et bénéficient donc d’une lumière et d’une ventilation naturelles dans chaque pièce », apprécie le consultant environnemental. « Oui, les courettes haussmanniennes sont moches, mais elles sont utiles », reconnaît Umberto Napolitano.

Pas un « hymne ». L’architecte reproche plutôt la standardisation de la hauteur des logements et des bureaux de nos jours, calée respectivement à 2,80 m et 3,60 m de dalle à dalle. « Chez Haussmann, elle varie de bas en haut de l’immeuble, ce qui laisse la possibilité d’accueillir différents programmes, remarque-t-il. Et la façade, composée à 50 % de maçonnerie et à 50 % de vitrage, permet aussi de transformer une salle de séjour en salle de réunion. Le rêve de la réversibilité et de la durabilité ! » Les commissaires de l’exposition se défendent de chanter tout « hymne » à Haussmann. Ils veulent réinterroger son modèle de ville qui a passé l’épreuve du temps.

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