Territoires Nord-Pas-de-Calais

Le marché de conception-réalisation dans un monde parfait

Tous les architectes qui y ont goûté vous le diront : la conception-réalisation, c’est surtout de la réalisation ! Une procédure qui a une fâcheuse tendance à réduire le bâti à un produit et, en conséquence, à serrer le kiki au maître d’œuvre. « J’ai assisté à certaines réunions où l’on commençait par poser les flingues sur la table », rapporte l’un d’entre eux. Philippe Bamas, le nouveau délégué général d’EGF-BTP pour le Nord-Pas-de-Calais, réfute pourtant cette idée qui voudrait que la conception-réalisation ne soit qu’une version bétonnée du combat de David contre Goliath. « Jamais nous n’avons gagné un marché quand nous étions les moins chers », argumente le directeur général de Spie Batignolles Nord. C’est pourquoi EGF-BTP a de bonne grâce ouvert ses portes au conseil régional de l’ordre des architectes (Croa) Nord-Pas-de-Calais dans l’objectif d’instaurer un dialogue qui permette, si possible, d’éviter de s’adresser des lettres recommandées dans le cadre de recours préjudiciables à toutes les parties, et d’abord aux projets.

De ce rapprochement a émergé une « charte de bonne pratique en conception-réalisation pour la qualité architecturale », un texte inédit en France. « L’idée-force de cette charte est que chacun tienne son rôle, rien que son rôle mais tout son rôle », explique Béatrice Auxent, présidente du Croa Nord-Pas-de-Calais. « Ce texte ne vient pas remettre en question la loi, il en est complémentaire, précise Philippe Bamas. On vient mettre de l’humain dans le juridique, en quelque sorte. »

Devoir de conseil tout au long du projet.

« Un bon marché de conception-réalisation c’est d’abord une histoire d’hommes », confirme l’architecte Luc Saison (Saison Menu Architectes Urbanistes). La charte nordiste va dans ce sens en préconisant : « d’analyser en amont les intentions du maître d’ouvrage, afin d’anticiper les risques de blocage » ; de « favoriser l’accès à la commande publique des jeunes architectes » pour ne pas faire de la conception-réalisation un marché élitiste ; de « prendre en compte l’intérêt de la proximité géographique des acteurs en termes de connaissance du territoire et de gains de déplacements » ; de « clarifier la place de chacun dans l’équipe » ; d’asseoir « le devoir de conseil des architectes tout au long du projet » ; de « travailler en interdisciplinarité » ; enfin, de réaffirmer le principe « d’apport de compétence de l’architecte dans la direction et l’exécution des travaux, sur le canevas de la loi MOP, y compris sur le volet financier ».

Demeure la question centrale de l’indemnisation, la conception-réalisation étant encore trop souvent un accord perdant-perdant. « Il en va, cette fois, de la responsabilité des maîtres d’ouvrage, rappelle Béatrice Auxent. C’est l’étape suivante de notre démarche : les convaincre d’adosser leurs projets à cette charte. »

Le texte de la charte sur www.lemoniteur.fr/charte

Vous devez être abonné au moniteur pour lire la suite de ce contenu
PAS ENCORE ABONNÉ
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies pour vous proposer des services et offres adaptés à vos centres d'intérêt. OK En savoir plus X