Architecture Représentation

Le langage imagier des architectes décrypté

Mots clés : Architecture - Dessin

Du croquis à la photo, en passant par la maquette et la perspective, l’architecture change de visage selon ses usages.

En matière de représentation architecturale, « il n’y a pas de vérité absolue, observe l’architecte Guillaume Colboc (O-S Architectes), tout dépend de ce qu’on veut lui faire dire ». De fait, de l’intention à la réalisation, il existe de multiples façons de figurer un édifice : dessins, perspectives, maquettes, photos… « La représentation est une forme de langage que l’on adapte selon son interlocuteur (élu, ingénieur, usager, etc. ) pour parler d’un projet, estime l’architecte Umberto Napolitano (LAN Architecture). Plus on la pratique, plus le vocabulaire s’enrichit et enrichit les idées. » Le parti architectural s’exprime d’abord en mots, puis en images. Des images de plus en plus soignées, sur lesquelles repose bien souvent, en l’absence d’oral, l’espoir des maîtres d’œuvre de décrocher des contrats.

Concevoir en dessins

Enseigné à tous, mais pas pratiqué par tous, le dessin à main levée reste l’outil primordial de l’architecte pour traduire schématiquement sa pensée. En quelques lignes crayonnées sur un morceau de papier, il ébauche un plan, esquisse un volume, croque une façade ou griffonne des intentions. « Le dessin influe sur ma pensée et réciproquement », explique l’architecte Raphaël Gabrion, qui ne se sépare jamais de ses carnets de croquis, notamment pour ne pas oublier la « force » du premier jet.

Dessiner fait partie du processus créatif. Exemple à l’agence Jakob + MacFarlane où, en 2005, des croquis au stylo ont été les supports de discussions collectives lors de l’élaboration des Docks en Seine, à Paris (XIIIe arrondissement). Les flux de visiteurs envisagés ont généré une trame aux lignes fluides, dont la géométrie a été modélisée par ordinateur. « Ce dessin filaire traduisait l’essence même de notre projet, avec son volume et sa structure métallique, explique l’architecte Dominique Jakob. Il nous a servi pour dialoguer avec le bureau d’ingénierie et l’entreprise de façade. » Un bon dessin vaut parfois mieux qu’un long discours.

Vertu pédagogique. Lorsqu’un projet d’architecture est abouti, il est alors traditionnellement représenté en plan, coupe et élévation. Le plan délimite les espaces au sol, la coupe détermine les gabarits et l’élévation détaille les façades. « Ces trois documents graphiques racontent des aspects différents du futur bâtiment et portent en eux une responsabilité sur son état final », souligne Guillaume Colboc. Certains architectes, à l’image de Nicolas Moreau et Hiroko Kusunoki, font le choix d’animer leurs dessins. Leurs représentations axonométriques sont remplies de centaines de personnages qui suscitent une empathie immédiate. Il leur semble ainsi plus facile de s’y projeter. « Le dessin est un langage universel », apprécie celle qui le pratique avec une grande minutie, Hiroko Kusunoki. Pour son associé Nicolas Moreau, « ses axonométries vivantes ont une réelle vertu pédagogique, car elles racontent aussi bien aux professionnels de l’architecture qu’aux non-initiés à la fois le plan, les volumes, le programme et les usages ». Et même si elles synthétisent le travail effectué par une équipe de maîtrise d’œuvre à un instant T, elles laissent également une part de créativité à l’ensemble des intervenants de l’opération en vue de sa finalisation.

Certains dessins d’architectes finissent au musée. Ce sera le cas des deux dessins préparatoires de Moreau-Kusunoki pour le projet de musée Guggenheim à Helsinki, en Finlande, ou plutôt leur reproduction en lithographie. Ils devraient prochainement rentrer dans les collections du musée des Monuments français, à la Cité de l’architecture et du patrimoine, à Paris (XVIe arrondissement), avant d’y être exposés. « Ils illustrent la vie au musée par le prisme des usagers, et c’est précisément cette idée d’agora culturelle qui nous semble décisive pour l’avenir de ce type de programme », explique Stéphanie Quantin-Biancalani, conservateur de la galerie d’architecture moderne et contemporaine.

Ce type d’acquisitions permet de conserver, connaître et transmettre la culture architecturale actuelle. « Dessins, maquettes, éléments grandeur nature, photographies et autres extraits de films racontent de manière vivante et didactique les différentes étapes d’un projet, depuis le premier croquis jusqu’à la dernière pierre du chantier », précise encore le conservateur de Chaillot. D’autres institutions publiques telles que le Centre Pompidou ou le Fonds régional d’art contemporain de la région...

Vous lisez un article de la revue Moniteur n° 5900 du 16/12/2016
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