Edito

Le dire et le faire

Ce qui n’a pas de nom n’existe pas. Et ce qui n’en a plus cesse d’exister aux yeux du monde. Victime collatérale du resserrement de l’équipe gouvernementale, le « Logement » a perdu son ministère. Malaise. Emmanuelle Cosse elle-même s’est demandé, l’espace d’un moment, à qui elle devait remettre les clés du 55 rue Saint-Dominique.

Ses dossiers, évidemment, demeurent : ils sont désormais pris en charge par un grand ministère de la Cohésion des territoires (lire p. 16) . Regrouper les politiques publiques de l’habitat avec celles de la ville et de l’aménagement du territoire n’est évidemment pas dénué de sens. Reste que, compte tenu des subtils choix sémantiques opérés à l’occasion de ces nominations, l’absence d’un « ministre du Logement » au gouvernement est loin d’être anodine. Il suffit d’écouter les entreprises de TP qui réclament depuis des lustres un « ministère des Infrastructures » : poser un nom sur un dossier, une question, une action participe considérablement à sa visibilité.

L’absence d’un « ministre du Logement » au gouvernement est loin d’être anodine.

Prenez la « biophilie ». Quésaco ? Un mot récent pour un constat ancien : la proximité du végétal participe au bien-être. Les paysagistes en ont toujours été convaincus. Les architectes s’y convertissent. Les propriétaires d’immeubles de bureaux en prennent conscience, notamment depuis l’irruption de ce terme dans le vocable du bâtiment (lire p. 70) .

Mais il arrive aussi que les mots arrivent trop tard. Ces mêmes propriétaires du parc tertiaire ont dû patienter sept années pour voir publié le décret précisant leurs obligations en matière de rénovation énergétique (lire p. 1 2) . Fort heureusement, ils n’ont pas attendu le « Journal officiel » pour lancer des travaux, ayant intégré depuis bien longtemps que le prix de leurs mètres carrés était de plus en plus corrélé à leur performance énergétique. Résultat, les foncières ont pris de l’avance, les nouvelles obligations n’auront que peu d’effets. L’action privée a précédé l’injonction publique.

Les mots ont un sens. Ils ont aussi une vie. La « biophilie » gazouille à peine. Le « ministère du Logement », lui, a trépassé. Quant à l’ambition du « décret tertiaire », elle est mort-née.

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