Technique

Le contrôle actif trouve sa place

L’émission d’un son pour réduire un autre son est efficace contre les basses.

Un soir de lassitude, quand les bruissements du monde raclent les nerfs auditifs, qui n’a pas rêvé d’obtenir le silence par la simple pression d’un bouton ? La jeune entreprise américaine Celestial Tribe a bien cerné ce désir. Elle a lancé en juin 2016 une campagne de financement participatif pour soutenir la conception d’un boîtier antibruit baptisé Muzo. L’appareil, fixé à une paroi, pourrait créer une zone sans bruit. Le procédé reste énigmatique, mais devrait reposer en partie sur du contrôle actif du bruit, une technique qui consiste à réduire un son par l’émission d’un autre son en opposition de phase. La société avait fixé un objectif de 100 000 dollars. Un mois après le lancement de l’opération, elle en avait récolté cinq fois plus !

Des limites connues. Le monde de l’acoustique a accueilli la nouvelle avec un fort scepticisme. Certes, les promesses de Celestial Tribe s’appuient sur de solides fondements scientifiques. Le contrôle actif est étudié depuis plus d’un siècle.

Toutefois, ces années de recherche ont aussi établi les limites du procédé : « Nous savons aujourd’hui ce que nous pouvons faire ou pas, explique Philippe Herzog, directeur de recherche au sein de laboratoire de mécanique et d’acoustique du CNRS à Marseille. Le contrôle actif ne peut pas traiter les hautes fréquences. Dans ce domaine, des isolants (contrôle passif) ou de masquage du bruit s’avèrent efficaces et peu coûteux. En revanche, les performances de ces derniers restent médiocres face aux basses fréquences, zone où le contrôle actif est le plus efficace. Il existe donc une complémentarité naturelle entre actif et passif » (lire p. 75). Il est donc probable que le boîtier Muzo n’annulera pas les nuisances, mais les masquera.

La ventilation et la menuiserie déjà équipées. S’il ne relève pas de la solution miracle, le contrôle actif peut néanmoins s’intégrer dans certaines installations du bâtiment. Depuis une vingtaine d’années, la société française Technofirst, spécialisée dans cette technologie électronique, développe des appareils destinés aux réseaux de ventilation. Ils se substituent avantageusement aux silencieux, des tronçons de gaines qui contiennent des absorbants acoustiques (lire p. 74).

La fenêtre apparaissait aussi comme un débouché évident. Cependant, la conception d’un produit commercial s’est révélée complexe. Le constructeur de menuiserie Technal y travaille depuis cinq ans. « Nous avons tout d’abord testé le contrôle actif sur une fenêtre fermée. Il s’est révélé qu’il ne serait jamais aussi compétitif qu’un vitrage, observe Patrick Lahbib, directeur de l’innovation du groupe. Nous avons donc changé d’angle d’attaque en 2014 avec une fenêtre qui affaiblit les bruits extérieurs même lorsqu’elle est ouverte. » L’industriel devrait commercialiser ce système de blocage en début d’année prochaine (lire ci-contre).

Dans le domaine des ouvrants, Technofirst n’est pas en reste. La société a déposé l’an passé cinq brevets sur le sujet. Elle étudie aussi la question des murs antibruits, dont les arêtes augmentent la portée des sons. Un système de contrôle actif, posé au bon endroit, diminuerait cette nuisance.

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