Architecture

Le comportement au feu des câbles

Le polychlorure de vinyle (PVC) n’apprécie pas les flammes. Sous l’effet de la chaleur, ce plastique, qui enrobe nombre de câbles électriques et de communication, projette des gouttelettes de matière fondue et dégage une fumée épaisse chargée d’acide chlorhydrique. D’autres isolants plus résistants au feu existent. Cependant, connaître les propriétés exactes de ces produits peut se révéler ardu, les étiquetages et les méthodes

de contrôle variant d’un pays à l’autre. L’Union européenne a décidé d’y remédier par le biais du Règlement produits de construction (RPC). En vigueur depuis le 1er juillet 2013, ce texte exige l’établissement de protocoles d’évaluation communs pour tout le matériel incorporé dans un bâtiment ou un ouvrage de génie civil, depuis les fondations jusqu’aux extincteurs. Tout constructeur ou importateur qui commercialise ce type de biens sur le marché européen devra réaliser ces tests. En parallèle, il devra informer les clients des résultats au moyen d’une déclaration de performance (DdP), envoyée à l’acheteur ou disponible sur leur site web, et d’un marquage CE apposé sur l’objet.

Les Euroclasses et leurs critères

Pour le comportement au feu des câbles, l’harmonisation est fin prête. La norme hEN 50575, parue au « Journal officiel de l’Union européenne » le 10 juin 2016, décrit l’ensemble des dispositions relatives à l’application du RPC. Elle deviendra obligatoire en juillet 2017. Ce document renvoie à la norme de classification EN 13501-6 pour le détail des différentes classes de réaction aux flammes, et à la norme EN 50399 pour la description des essais à réaliser. L’équipement sera rangé dans l’une des sept Euro-classes existantes (voir tableau page 79). A noter que la classe E ne concerne que les câbles électriques, la classe D les câbles de communication, et la classe A les rares câbles minéraux.

– Comportement au feu

Le potentiel thermique constitue le critère essentiel de catégorisation. Il croît avec l’alphabet. « Un câble classé E contribuera 5 à 10 fois plus au développement d’un incendie qu’un câble classé C . Cependant, il coûte environ 10 % moins cher. Cette différence de prix rebute encore les clients, explique Franck Gyppaz, responsable du groupe R & D Sécurité incendie au sein du centre de recherche du fabricant Nexans. Nos équipements restent les parents pauvres de la sécurité incendie. Pourtant, un bâtiment de bureaux contient environ 100 kg de câbles par m². Si un feu se déclenche, il va se propager rapidement par les gaines techniques. » Obligatoire, le test de propagation de flamme consiste à observer le comportement au feu d’un câble seul. L’essai de

propagation en nappe verticale adopte une configuration plus proche d’une gaine technique. Dans ce protocole, quatre câbles, déroulés côte à côte à la verticale, sont exposés à une flamme. Outre un potentiel ther-mique adéquat, les composants autres que F et E verront leurs résultats à cette épreuve publiés, tout comme la valeur de dégagement thermique.

– Propriétés de la fumée

D’autres exigences sont prises en compte. Exceptés les groupes F et E , peu résistants, les produits devront passer une batterie de tests élargie, renseigner des informations additionnelles sur les émissions de fumées, de gouttelettes enflammées et d’acidité (voir tableau ci-dessous). « Ces caractéristiques se révèlent capitales lors d’une évacuation, observe Roland Bail, délégué général adjoint du Syndicat professionnel des fabricants de fils et câbles électriques et de communication (Sycabel). La RATP , qui ne propage pas l’incendie et ne dégage pas de fumées toxiques. Ses installations gagnent ainsi en sûreté. »

– Attestation de conformité

Dernière facette de l’évaluation, les catégories C , B2 et B1 seront l’objet d’un système d’attestation de conformité noté 1 +. Un organisme indépendant notifié par un Etat membre effectuera un audit sur des échantillons prélevés au hasard avant la mise sur le marché. Il inspectera ainsi les usines et le contrôle de la production mis en place par le fabricant.

Ces mesures de contrôle se répéteront durant la commercialisation du produit. « C’est une démarche volontaire de la filière, souligne Roland Bail. Nous souhaitions mettre en avant ce problème. Dans ce domaine, les réglementations avancent très lentement, sauf en cas d’incendie grave. Ces procédures aideront aussi à déceler de mauvaises copies. » Le marquage CE et la DdP des câbles contiendront l’Euroclasse ainsi que les trois critères additionnels (fumée, gouttelettes et acidité) si nécessaire. Les services de la répression des fraudes et les douanes pourront exiger à tout moment de consulter ces documents.

Adaptation aux usages

Pour faciliter la compréhension de ces nouvelles dispositions, le Sycabel a édité un guide intitulé « Le Règlement produits de construction appliqué aux câbles » qui développe ses préconisations pour chaque type de bâtiment. Ainsi, le syndicat recommande des câbles d’Euroclasse « C -s1, d1, a1 » pour les immeubles de grande hauteur et d’habitation, les locaux à risques et les tunnels routiers. Tous les hôtels, crèches, hôpitaux et maisons de retraite, ainsi que les autres établissements recevant du public qui accueillent plus de 300 personnes devraient aussi recourir à des équipements similaires. Le document pointe également la dangerosité des gares souterraines et des tunnels ferroviaires. Il y requiert du matériel de niveau « B2 – s1a, d1, a1 ». Les constructions restantes peuvent utiliser des produits E et D.

Par ailleurs, la base de données du Sycabel, Cable-Base, reprendra bientôt les Euroclasses associées aux produits de ses adhérents.

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