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Le Cirque d’Hiver retrouve son lustre

Mots clés : Architecte - Architecture - Manifestations culturelles

Depuis fin 2007, la façade du Cirque d’Hiver, à Paris, a retrouvé l’aspect qui était le sien lors de son inauguration, le 11 décembre 1852, par Napoléon III. Après plus d’un siècle et demi d’existence, l’un des plus anciens cirques construits en dur en Europe, inscrit à l’Inventaire supplémentaire des monuments historiques depuis 1954, n’avait jamais fait l’objet de travaux importants. Sa célèbre façade était fortement menacée de délabrement. Des pierres tombaient, les statues s’abîmaient, les frises se dégradaient, les hauts-reliefs se désolidarisaient de leurs supports et certaines parties s’effritaient dangereusement. Après rénovation, les cavaliers et amazones qui galopent sur les bas-reliefs, mêlant scènes de cirque et mythologie, ont retrouvé leurs volumes et leurs couleurs, les lions qui avaient disparu du sommet du bâtiment rugissent à nouveau, les deux statues de cavaliers antiques sont de retour de part et d’autre de l’entrée, les grilles et les lanternes de fonte, repeintes en vert et bronze, ont retrouvé tout leur lustre.

Le Cirque d’Hiver a été conçu par l’architecte Jacques-Ignace Hittorff à qui nous devons également la gare du Nord. Son commanditaire était Louis Degean, le propriétaire du Cirque d’Eté au rond-point des Champs-Elysées – devenu le Théâtre du Rond-Point – qui voulait faire construire un pendant à cet établissement. Situé rue Amelot (Paris XIe), le Cirque d’Hiver se présente comme un polygone à vingt côtés percé de quarante fenêtres, mis en valeur par des bas-reliefs de James Pradier. Il a été construit avec relativement peu de moyens : la plus grande partie du budget a été consacrée à la façade avant, l’arrière, non visible, ayant été délaissé. Le diamètre du bâtiment, 42 m, a été guidé en partie par celui de la piste qui devait permettre aux chevaux de galoper à vitesse constante. Lors de son inauguration, le bâtiment fut également admiré pour le développement donné à l’espace intérieur grâce à sa charpente en bois d’une grande portée, sans support intermédiaire.

Un travail d’architecte et d’archéologue

Les travaux de restauration ont débuté en janvier 2007. « Il faudrait plutôt parler de sauvetage », estime Romain-Louis Pérouse de Montclos, de l’agence Anthony Bechu. « Les travaux ont duré dix mois au lieu de huit, le bâti étant dans un état plus grave qu’on ne l’imaginait. »

Des techniques bien particulières ont dû être mises en place. On a ainsi effectué 40 prélèvements stratigraphiques, analysés en laboratoire, sur les enduits afin de retrouver les pigments d’origine. Les bas-reliefs en plâtre ont posé un réel problème. Recouverts d’une peinture plastifiée empêchant l’évacuation des eaux de pluie, ils s’effritaient. Il a été fait appel à Georges Barthes, éminent spécialiste de la restauration d’ouvrages en plâtre. On a utilisé une peinture microporeuse qui a étanchéifié le parement sans l’empêcher de respirer et injecté du silicate d’éthyle pour reformer le calcin afin de protéger la pierre. Un mélange de plâtres gros et fin a été choisi pour restituer les bas-reliefs abîmés.

Cette restauration a permis de faire quelques découvertes. C’est le cas de la statue de la cavalière qui surplombe l’entrée sur la gauche. Il s’agissait à l’origine d’une Marianne écuyère. Son casque est en réalité un bonnet phrygien auquel on a rajouté un cimier. La francisque qui avait disparu a été refaite d’après des gravures. Explication : entre le début et la fin des travaux, Louis-Napoléon Bonaparte ayant remis sur pied l’Empire, il a été jugé plus prudent de ne pas rappeler des symboles de la République. A contrario, la tête et le couronnement de l’aigle qui domine la porte d’entrée ont été martelés pour fêter la chute de Napoléon III. Pour le reconstituer, l’architecte s’est inspiré de photos de 1860 qu’il a retrouvées. La grande plaque de marbre Vert de Mer sur laquelle était gravé le nom de « Cirque d’Hiver » a été enlevée car, friable, elle se délitait. Ce marbre venait d’une carrière dont l’exploitation a été arrêtée il y a 60 ans. Il a fallu trouver le matériau le plus approchant et, après recherches, le choix s’est porté sur le Patricia, plus pérenne. Ces interventions font dire à M. Pérouse de Montclos qu’à son « travail d’architecte s’est ajouté un véritable travail d’archéologue ».

Au total, le coût de cette rénovation s’élève à 1,82 million d’euros HT, un montant trop élevé pour la famille Bouglione, propriétaire du bâtiment, qui a investi 250 000 euros. Malgré les aides de la Drac, de la Ville de Paris et de la région, il manquait 340 000 euros. Cette somme a été apportée, in extremis, par Total via la Fondation du patrimoine. Dans l’avenir un autre chantier de restauration devra être mené à bien. Il portera sur le plafond au ciel étoilé. En attendant, Francesco Bouglione peut afficher sa satisfaction en évoquant son arrière-grand-père et ses frères qui avaient acheté l’établissement en 1954 après l’avoir géré depuis 1934. « S’ils voient quelque chose depuis là-haut, dans le ciel, ils doivent être heureux de cette rénovation. »

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