Architecture Technique Incendie

Le chantier, une phase à haut risque

De nombreux bâtiments partent en fumée à la fin des travaux. Les causes sont toujours les mêmes.

La liste des faits divers n’est pas exhaustive : le 19 janvier dernier, un feu ravage le dernier étage et la toiture de l’hôtel Ritz. Encore en travaux, le palace parisien devait rouvrir ses portes en mars prochain. L’enquête déterminera les causes exactes du sinistre. Le 15 juin 2015, l’incendie de la basilique Saint‑Donatien, à Nantes (Loire-Atlantique), détruit les trois quarts du toit de l’édifice. Des travaux de soudure sont à l’origine du sinistre. Le 10 juillet 2013, l’incendie de l’hôtel Lambert, à Paris, cause des dommages irréversibles à l’édifice du XVIIe siècle. Près de trois ans plus tard, le contentieux n’est toujours pas réglé.

« A chaque fois c’est notre patrimoine qui part en fumée », déplore Jean-Charles du Bellay, chef du département sécurité incendie et accessibilité handicapés à la Fédération française du bâtiment (FFB).
De nombreux monuments historiques ont été détruits par des incendies ces dernières années, avec un point commun : le feu se déclenche pendant les travaux. Ces monuments ne sont d’ailleurs pas les seuls touchés : rien qu’à Paris, la brigade des sapeurs-pompiers compte un incendie sur chantier tous les trois jours depuis janvier 2014. « Les enquêtes pour déterminer l’origine des sinistres mettent toujours en évidence les mêmes défauts », pointe Jean‑Luc Cochet, directeur de formation au pôle management incendie du CNPP. Dans la plupart des cas, le feu a pour origine des travaux par points chauds, tels que le chauffage des lés de bitume lors de la réalisation de l’étanchéité d’une toiture‑terrasse, ou d’une intervention sur des éléments métalliques, comme des tuyaux de chauffage ou de climatisation. « L’échauffement va se propager par conduction à travers le métal et atteindre un isolant combustible, poursuit-il. Comme ces matériaux sont mis en œuvre dans des espaces confinés, la combustion sera d’abord lente et difficilement détectable, du fait du manque d’oxygène. » Ces feux vont mettre plusieurs heures à se déclarer, d’où de nombreux départs d’incendie en début de soirée, quand les compagnons ont quitté le chantier.

Eviter les départs de feu.

« Ces sinistres pourraient être évités si la procédure de permis de feu était respectée », note Fabienne Tiercelin, déléguée générale de la SMABTP. Selon l’assureur, ce document fait défaut dans 80 % des cas. Le permis de feu (lire ci-contre) sert pourtant, justement, à éviter tout départ de feu. Outre le défaut de permis de feu, la malveillance est également la cause de nombreux sinistres, selon les compagnies d’assurance : « les voleurs de matériel ou de matériaux dissimulent leur larcin en mettant le feu aux déchets de chantiers, un combustible idéal », note Jean-Luc Cochet. Enfin, la dernière cause d’incendie sur les chantiers tient aux installations électriques provisoires. Les réseaux de chantiers, qui comportent plusieurs multiprises et rallonges peuvent également générer des départs de feu. Ce fut le cas sur le centre commercial Vill’Up à Paris, fin août 2015. Le feu, vraisemblablement d’origine électrique, s’est déclenché en pleine nuit et a ravagé une grande partie de l’édifice, à deux mois de son ouverture. Les travaux n’ont pu reprendre que six mois après l’incendie.

Vous devez être abonné au moniteur pour lire la suite de ce contenu
PAS ENCORE ABONNÉ
ENCADRE

Un incendie sur chantier tous les trois jours. C’est le chiffre des sapeurs-pompiers pour Paris.
Entre 30 et 40 % des incendies déclarés ont pour origine des travaux par points chauds.
25 % des incendies sur chantier sont d’origine électrique.

ENCADRE

Organisation - Comment mieux programmer le chantier

Prévenir le risque d’incendie pendant le chantier peut aussi passer par le lean management. Si la technique a été mise au point dans l’industrie pour réduire tous les gaspillages, elle se décline aussi dans le bâtiment. « Deux éléments sont particulièrement utiles afin d’éviter les incendies, indique Florian Gayraud, consultant en lean construction chez Delta Partners : limiter les stocks et mettre en place un outil de planification spécifique. »
Afin de réduire les stocks, la société préconise la création d’une plate-forme déportée en amont. « L’idée est de gérer le stock de façon à alimenter le chantier en juste-à-temps », explique Florian Gayraud. En outre, le « système du dernier planificateur » (last planner system, LPS) consiste à mettre en place un planning, pour et avec les conducteurs de travaux. Il se décline en différents niveaux de détails ; le planning général concerne l’intégralité du chantier. D’autres vont porter sur des phases spécifiques, ou donner une vision des opérations à 15 jours. Formaliser les informations réduit les risques liés à la coactivité, et permet d’inclure les permis de feu et la sécurité afférente dans la gestion des opérations.

ENCADRE

Permis de feu - Un outil incontournable

Démarche rendue obligatoire par le Code du travail, le permis de feu reste très peu utilisé sur les chantiers. Pensé pour être facile à utiliser, le document est un imprimé A4 en trois exemplaires. Destiné au donneur d’ordre, à l’entreprise chargée des travaux et à l’agent en charge de la sécurité de l’opération, il recueille les informations nécessaires à la prévention des incendies et explosions. Le document engage les trois signataires : le maître d’ouvrage doit s’assurer que toutes les mesures de sécurité ont été prises avant la réalisation des travaux à risque. Il lui incombe, notamment, de fournir les renseignements sur la nature des matériaux en œuvre à proximité des opérations. L’entreprise s’engage à respecter les prescriptions du permis de feu, comme de protéger les matériaux ou installations combustibles, ou de disposer d’un extincteur à proximité. Enfin, l’agent de sécurité devra maintenir une surveillance rigoureuse pendant au moins deux heures après la fin des travaux. Pour faciliter son utilisation, la FFB a mis en ligne sur son site Internet un permis de feu pré-rempli et pédagogique. De son côté, la SMABTP envisage de dématérialiser le document d’ici à la fin 2016. En cas d’incendie sur un chantier, l’absence de permis de feu peut déboucher sur un contentieux avec la compagnie d’assurance.

ENCADRE

« Connaître les causes d’incendie permet de mieux les éviter »

« Les causes de départ de feu sur les chantiers étant bien connues, les solutions pour réduire les risques le sont donc aussi. Pour tous les travaux par points chauds, le permis de feu reste aujourd’hui la meilleure réponse. Le document est connu depuis plus de 40 ans par les entreprises. La procédure est simple, puisque schématiquement, il suffit d’analyser le travail prévu pour prendre les mesures de prévention nécessaires et prévoir les protections suffisantes. Souvent, un extincteur et un agent de sécurité en tenue de protection suffisent. Sur un budget de chantier, l’investissement est modique, surtout si on le compare aux coûts des pertes directes et indirectes d’un incendie. En revanche, il est vrai qu’il est parfois difficile de faire signer le permis de feu par toutes les parties prenantes. Lorsqu’il s’agit d’intervenir sur la toiture d’un établissement, le donneur d’ordre peut ne pas savoir bien appliquer cette procédure et ne pas disposer du personnel pour la surveillance et la protection. Le formulaire est alors perçu comme une paperasserie supplémentaire pour l’intervenant, alors qu’il s’agit d’un véritable outil de prévention du risque. »

Jean-Luc Cochet, directeur de formation au pôle management incendie du CNPP.

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies pour vous proposer des services et offres adaptés à vos centres d'intérêt. OK En savoir plus X