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Le Centre international d’art pariétal sort de terre à Montignac Le futur musée contiendra la reproduction intégrale de la grotte de Lascaux.

Mots clés : Manifestations culturelles - Musées - galerie

A Montignac-sur-Vézère, en Dordogne, au pied de la colline de Lascaux, le centre international de l’art pariétal Montignac-Lascaux, dit « Lascaux 4 », sort de terre. Pour répondre à l’exigence de la maîtrise d’ouvrage d’une intégration maximale dans le site, l’agence d’architecture norvégienne Snøhetta a conçu un bâtiment-paysage, dont seule la façade vitrée sera visible. En 2016, l’équipement proposera aux visiteurs une introduction à l’art pariétal grâce notamment à un cheminement à travers des salles d’exposition, un lieu d’orientation, une toiture-belvédère et une copie de la grotte de Lascaux.

« Nous avons pensé le bâtiment comme une incision, qui vient souligner la limite entre la vallée de la Vézère et la colline », raconte Pauline Thierry, architecte chez Snøhetta. La volonté de tirer parti du paysage et des aspérités du lieu a imposé le choix du béton pour les sols (intérieurs et extérieurs), les parois, la toiture-terrasse et le bandeau de façade. Au total, 15 000 m2 de béton architectonique seront mis en œuvre pour ce bâtiment de 150 m de longueur et 60 m de largeur.
« Snøhetta voulait un béton gris clair à l’aspect le plus brut possible avec une alternance de bandes lisses et sablées pour évoquer la roche. Cela nous a conduits à créer des prototypes et à couler en place 95 % des ouvrages », précise Alexandre Mouly, conducteur de travaux principal chez Sopreco, cotraitant de Lagarrigue, mandataire du macrolot gros œuvre.

Bandeau de façade d’un seul tenant.

Aujourd’hui, le chantier bat son plein avec 90 % du gros œuvre réalisé. Outre la mobilisation de 80 compagnons, le groupement a installé quatre grues, mis en œuvre deux types d’outils coffrants et créé une cellule travaux composée d’un directeur de projet senior, d’un conducteur principal, de trois conducteurs de travaux et de quatre chefs de chantier. Parmi les spécificités du chantier caractérisé par 90 % d’ouvrages structurels verticaux figure la forêt de voiles en béton architectonique de 30 cm d’épaisseur. D’une hauteur variant entre 8 et 13 m et une inclinaison oscillant entre 2 et 9°, elles composent le jardin de la grotte et la zone d’orientation. Pour obtenir cet effet, Lagarrigue a conçu avec le fournisseur Péri un coffrage mixte métal-bois, association des modèles Trio et Vario pour la clef de raccordement des différents angles. Le coulage (environ 60 à 70 m3 par phase) s’est fait avec un béton autoplaçant sur une durée de coulage de dix à douze heures. « Au total, dans cette zone, nous avons une quinzaine de banches spécifiques », précise Alexandre Mouly.

De 170 m de longueur et d’une épaisseur allant jusqu’à 50 cm d’épaisseur, le bandeau de façade architectural est un autre défi technique. D’un seul tenant, il s’accrochera à une structure métallique, elle-même posée sur deux poteaux de 6 m de hauteur. Elle supporte une toiture dont le niveau, au droit de la paroi arrière, correspondra à celui du terrain naturel. « Composée d’une charpente métallique et d’un bac collaborant, elle sera recouverte d’un complexe végétalisé qui a fait l’objet d’une Appréciation technique d’expérimentation (ATEx). En effet, il a fallu inventer un système de potelets et lisses pour retenir la terre, car la toiture a une pente supérieure à 5 % », explique Pascal Carlos, directeur régional de NGE Languedoc-Roussillon.
De son côté, pour limiter l’impact sur la colline de Lascaux, désormais sanctuarisée, Sud Fondations a « taillé » verticalement, en lisière de forêt, pour dégager l’emprise du bâtiment sans toucher aux arbres existants. Ainsi, la paroi « parisienne » (1 400 m², 104 pieux, 220 ml de développé, 63 tirants câbles définitifs) constitue le mur arrière de l’ouvrage. Compte tenu de sols faiblement porteurs, la filiale de NGE a posé 435 pieux de 70 cm de diamètre. A l’amont du chantier, également en lisière du bois, elle a fixé une paroi clouée (240 m², 350 ml d’ancrages) pour dégager la zone où se situera l’accès haut de la grotte, sur le modèle de l’entrée de la cavité originelle.

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ENCADRE

Maîtrise d’ouvrage : conseil départemental de la Dordogne. Maîtrise d’œuvre : Snøhetta, architecte mandataire et paysagiste ; Duncan Lewis Scape Architecture, architecte associé phase études ; SRA Architectes, architecte d’opération. Casson Mann, scénographe. Jangled Nerves, parcours virtuel. VPEAS, économiste de la construction. BET : Khephren Ingénierie (structure), Alto Ingénierie (fluides et VRD), RFR (façades et verrières), 8’18’’ (concepteur lumière), Commins Dblab (acoustique). Principales entreprises : Lagarrigue (mandataire du lot gros œuvre), SAS Coveris (mandataire du lot façades vitrées, verrières, menuiseries extérieures). Coût prévisionnel : 57 millions d’euros HT, dont 7,18 millions d’euros HT pour le fac-similé. Surface de plancher : 10 000 m2. Superficie du terrain : 53 065 m2. Livraison : été 2016.

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Béton projeté - Fac-similé de la grotte originelle

La société AAB, sous-traitant de Lagarrigue, réalisera la copie de la grotte de Lascaux. Elle a travaillé sur la base d’un fichier numérique 3 D qui a donné la géométrie de la grotte originelle. Puis, elle a découpé le fichier en tranches pour avoir les profils de la grotte tous les 20 cm, qui ont été reproduits en fils métalliques de 7 mm de diamètre et assemblés par modules. Ces mêmes modules (environ 300 au total) seront assemblés sur site fin août-début septembre pour recréer le volume général de la grotte. Une fois l’armature métallique à son emplacement définitif, AAB projettera trois couches de mortier de 10 cm d’épaisseur en tout, dont la dernière sculptée à la main. Cette opération sera finie début novembre. Entre-temps, l’Atelier des Fac-similés du Périgord aura réalisé en atelier les peintures pariétales sur des « voiles de pierre » (500 m2). Il s’agit en fait de coques en résine qui seront fixées à la coque en béton de 1 500 m2 au total. Une fois tout assemblé, AAB réalisera la patine finale pour assurer les raccords.

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Enveloppe - Des innovations pour les vitrages

La façade à ossature acier est haute de 1,50 à 7,10 m pour une surface totale de 420 m2. Les vitrages sont de toute hauteur avec un seul volume par trame de 2,250 m de largeur. Coveris a conçu et créé un nez en alu fixé sur les plats étirés en acier épais de 25 mm et profonds de 120 à 200 mm. L’ATEx a porté surtout sur le maintien des vitrages, de façon invisible, par des demi-clames filantes insérées dans un joint de scellement en retrait.
La seconde ATEx a porté sur la conception des deux verrières sur la zone d’orientation : une trentaine de trames (2,50 m de largeur et 2,60 à 5,30 m de longueur) pour une surface totale de 250 m². L’ensemble sans élément antisoulèvement car les vitrages, très épais (12 mm extérieurs et feuilleté 10 mm + 10 mm), ont un poids supérieur à l’effort de soulèvement potentiel du vent. L’ATEx concerne aussi les chevrons en acier.

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