Régions GRAND OUEST

Le casse-tête de l’amiante naturel dans les revêtements routiers

Mots clés : Air - Réseau routier

Utilisée de 1970 à 1995 sous une forme industrielle pour améliorer la qualité des revêtements, l’amiante fait son retour sur les routes en version naturelle et donc difficilement contrôlable.

A Saint-Brieuc, le chantier de la première tranche de transport est-ouest (TEO) avait bien commencé. En novembre 2013, premiers coups de pioche pour cette ligne de 8 km (investissement : 51 millions d’euros). Las ! Anticipant une réglementation sur les risques d’exposition à l’amiante, la Carsat des Côtes-d’Armor exige que les morceaux de chaussée retirés soient stockés dans des centres pour déchets dangereux. Soit un surcoût conséquent. « Nous nous sommes appuyés sur le guide des investigations préalables qui est un document tout à fait officiel. Pour la voirie communale, ce document indique clairement qu’aucun prélèvement ne doit être fait », rappelle Claude Ribieras, directeur général adjoint des services de Saint-Brieuc Agglomération.

Surcoût de chantier

Qu’à cela ne tienne : l’EPCI accède à la demande du préventeur. Une série de carottages est effectuée. « Le laboratoire d’analyses mentionne “ la présence de traces de fibres d’amiante et ajoute qu’il ne peut les quantifier », poursuit le responsable. Plus précisément, il s’agit d’actinolite (amiante naturel) retrouvé dans les granulats. D’où la recherche en urgence d’une entreprise habilitée et la mise en œuvre d’un nouveau mode opératoire. « La Carsat a demandé l’arrêt des rabotages et des sciages des chaussées. L’entreprise procède dorénavant selon la technique du décroûtage : elle casse la chaussée avec une pelle, le tout sous eau pulvérisée. Les morceaux sont ensuite mis en big bag avant d’être évacués vers un centre d’enfouissement de classe II », détaille Claude Ribeiras. C’était sans compter sur le revirement de position de la direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (Dreal). A l’origine de ces préconisations, la Dreal estime, depuis, que les gravats doivent être évacués dans un centre pour déchets dangereux. Soit, selon Claude Ribeiras, un coût à la tonne qui passerait de 150 euros à plus de 500. Au total, un surcoût de 600 000 euros sur un chantier initialement prévu à 4 millions d’euros.

Pas de panique !

« Doit-on considérer l’amiante naturel comme l’amiante industriel ? » s’interroge Jean-Baptiste de Prémare, délégué général de l’Union des syndicats de l’industrie routière de France. D’où l’envoi, le 7 mars dernier, par Saint-Brieuc Agglomération d’un courrier aux ministres concernés, à savoir Michel Sapin, (Travail, Emploi et Dialogue social), Cécile Duflot (Egalité des territoires et du Logement) Philippe Martin (Ecologie, Développement durable et Energie) et Marisol Touraine (Affaires sociales et Santé). En attendant que cette question soit tranchée, sur le terrain, les fédérations professionnelles demandent à leurs entreprises de ne pas céder à la panique. « Il faut garder la tête froide et travailler ensemble avec discernement », déclare Jean-Christophe Louvet, président de la fédération des travaux publics des Pays de la Loire. La première étape est le recensement. Le BRGM commence à dresser une cartographie des matériaux avec des traces d’amiante naturel. Certaines collectivités, comme Cherbourg ou le conseil général de Loire-Atlantique, font désormais réaliser un diagnostic amiante avant chaque chantier tout en se lançant dans une cartographie de leur réseau, comme Rennes qui vient d’attribuer un marché de 100 prélèvements. « Cela va certainement initier des changements dans la profession, mais il faut garder en tête que c’est avant tout un problème de santé du personnel », insiste Jean-Christophe Louvet.

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