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« Le BTP aux avant-postes de la lutte contre le réchauffement climatique »

Mots clés : Entreprise du BTP

L’expert mondial en climatologie Jean Jouzel livre sa vision des défis qui attendent la construction.

Qu’attendez-vous de la COP21 ?

Que les 195 pays présents signent un accord universel, et si possible contraignant, pour limiter les émissions de CO2. Pour la première fois depuis l’existence de ces conférences annuelles, le texte de l’accord est caractérisé par deux objectifs chiffrés : limiter à 2 °C le réchauffement global de la planète par rapport à la période pré-industrielle, et allouer une enveloppe annuelle de 100 milliards de dollars aux pays en voie de développement pour leur permettre de lutter contre le réchauffement climatique et de s’y adapter. Investies par des fonds publics et privés, ces sommes apporteront de l’activité aux entreprises, en particulier au BTP.

Les pays s’accorderont-ils sur l’objectif de 2 °C ?

Dans un premier temps, j’en doute fort. A la COP de Copenhague en 2009, des objectifs de réduction des émissions avaient été fixés aux pays développés, sans succès. Cette fois, chaque pays annonce ses intentions de contribution. Plus de 160 pays ont fait part de leurs promesses. L’aspect négatif, c’est que toutes les contributions ne sont pas à la hauteur des enjeux. Si on les traduit en tonnes équivalent carbone (eq.CO2), on arrive à environ 56 milliards de tonnes eq.CO2 émises en 2030 (aujourd’hui, nous émettons 50 milliards de tonnes eq.CO2). Or, pour limiter le réchauffement à 2 °C, il faudrait descendre à 42 milliards. Ne rien faire nous ferait grimper à presque 70 milliards. Nous avons donc parcouru la moitié du chemin… Mais je reste optimiste car avec l’accord devrait être signée une clause de révision engageant les pays signataires à revoir leurs ambitions à la hausse tous les cinq ans.

Les entreprises ont-elles été associées aux discussions ?

Oui, il y a eu beaucoup d’échanges avec les porteurs de solutions. Les entreprises sont aussi un élément clé de la loi sur la transition énergétique pour la croissance verte (LTE), signée cet été. Cette loi ambitieuse est la traduction de la position française sur le réchauffement. Le facteur 4 (division par 4 des émissions de gaz à effet de serre en 2050 par rapport à 1990), notamment, apparaît noir sur blanc, ce pour quoi je m’étais battu en tant que corapporteur de l’avis du Conseil économique, social et environnemental sur la LTE. En fixant l’objectif de diviser par deux les consommations d’énergie, cette loi porte un formidable message : le développement économique est compatible avec la sobriété – la décroissance – énergétique. J’attends maintenant avec impatience que les décrets soient publiés, car c’est à partir de ces textes que l’on pourra juger des ambitions de la loi.

Peut-on imaginer une réglementation encore plus ambitieuse ?

Oui ! La construction a connu, lors du Grenelle, un bel élan sur la qualité environnementale globale des bâtiments. Puis, les RT 2005 et 2012 ont porté tous les efforts sur les seules performances énergétiques au détriment d’autres paramètres, comme la santé, les matériaux ou les émissions de CO2. Il faudra tendre vers une réglementation qui ne soit plus uniquement énergétique, mais plus globale en termes d’impact sur l’environnement.

Cela laisse un champ ouvert à l’innovation…

Nous n’avons pas eu de chance ces quinze dernières années car les seules vraies innovations de rupture concernent l’exploitation des gaz et pétrole de schiste ! Nous devons accélérer les efforts en direction du stockage de l’énergie. Dans le bâtiment, il faut trouver des solutions pour intégrer les énergies renouvelables au bâti. Du côté des infrastructures, la route solaire, présentée récemment par Colas, m’apparaît comme une très bonne solution en termes d’utilisation des surfaces disponibles. Et puis, pour élargir encore, je rêve qu’un jour on invente des matériaux de revêtement solaires pour la rénovation…

Quelle sera la météo de la France en 2050 ?

Si l’on s’en tient au scénario ambitieux d’une hausse des températures limitée à 2 °C, la canicule de 2003 aurait lieu un été sur quatre. A + 3 °C, ce serait un été sur deux. Si l’on ne fait rien (augmentation des températures de 4 à 5 °C), tous les étés seront plus chauds que celui de 2003, et les étés caniculaires seront de 7 à 8 °C plus chauds ! Mais quel que soit le scénario, le Sud sera exposé à des sécheresses intenses, faisant peser un risque sur les ressources en eau et accentuant le phénomène de gonflement-retrait des argiles. Sur la façade Atlantique, les hivers de plus en plus doux provoqueront plus d’inondations. Enfin, sur l’ensemble du littoral, le niveau de la mer s’élèvera.

Les infrastructures devront-elles être adaptées ?

Bien sûr. Prenons l’exemple des digues maritimes. La nécessité de les surélever pour faire face à la hausse du niveau de la mer dépendra du scénario. Si la hausse est contenue à 40 cm (scénario + 2 °C), on pourra les relever, sachant que, pour un niveau de protection égal, une hausse de 50 cm du niveau de la mer nécessite une surélévation de 1 m à 1,50 m ! En revanche, si l’on ne fait rien pour réduire le réchauffement, le niveau de la mer s’élèvera de 80 cm à 1 m. Contre une telle élévation, et plus aux siècles suivants, rien ne servira de rehausser les digues. Il faudra rendre des terrains à la mer et protéger ce que l’on pourra protéger.

Les bâtiments aussi devront évoluer…

Oui ! En outre, la lutte contre le réchauffement et l’adaptation à ses conséquences vont de pair : un bâtiment performant énergétiquement est pensé pour minimiser ses besoins hiver comme été, y compris pendant des épisodes caniculaires.

Le secteur du bâtiment se réjouit des mesures récentes du gouvernement en faveur de la construction de centaines de milliers de nouveaux logements. Mais est-ce une bonne nouvelle vis-à-vis du réchauffement ?

Oui, à condition que l’urbanisme qui en découle soit adapté à la société bas carbone. Il faut un urbanisme resserré et intelligent, qui intègre la réflexion sur les transports. Des densifications ont été menées avec réussite. Il ne s’agit pas forcément de construire des tours. Le modèle haussmannien est aussi efficace, et bien plus plaisant ! La ville du futur devra être sobre en énergie mais également agréable à vivre. C’est un défi pour les collectivités.

Quelles contributions peuvent apporter les collectivités ?

Si les collectivités territoriales n’avaient qu’une seule priorité, il faudrait qu’elles tiennent l’engagement, qui figure dans la LTE, de ne pas augmenter les surfaces artificialisées. Si elles arrivent à faire cela, ce sera déjà beaucoup ! Car il ne faut pas oublier que, du fait de l’étalement urbain, l’équivalent d’un département français disparaît tous les dix ans. Ce n’est pas tenable !

L’entretien complet sur : www.lemoniteur.fr/jouzel

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Ses 5 dates clés

1947 : naît à Janzé (Bretagne).
1995 : directeur de recherche au CEA.
2001-2008: directeur de l’Institut Pierre-Simon Laplace, qui étudie le climat.
2002 : reçoit la médaille d’or du CNRS.
2007 : avec le Giec, dont il est vice-président (de 2002 à octobre 2015), il reçoit le prix Nobel de la paix.

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