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Le bois prend enfin son envol

Mots clés : Bois - Maîtrise d'ouvrage - Technique de construction

Plusieurs signaux sont au vert : 2016 pourrait être l’année du décollage du marché de la construction bois. Ce procédé constructif est déjà jugé « indispensable » par certains maîtres d’ouvrage.

Que de bois ! Voilà ce que pourrait dire quiconque a parcouru les travées du Marché international des professionnels de l’immobilier (Mipim), qui s’est tenu à Cannes du 15 au 18 mars. Le bois est à la mode depuis plusieurs années, et chacun se demandait quand il allait enfin décoller dans l’immobilier. Il semble bien que ce moment soit venu, ou du moins que nous ayons franchi une étape importante. Car si le bois a longtemps pu faire office de matériau décoratif, notamment en façade, il est aujourd’hui considéré par plusieurs géants du secteur comme un concurrent sérieux en termes de mode constructif. Notamment en petit collectif.

Ce changement de braquet, Olivier Bokobza, directeur général du pôle résidentiel de BNP Paribas Immobilier, l’estime lié à la montée en puissance de la technique « bois lamellé-croisé » (cross-laminated timber), dite « CLT ». « En termes de structure, ce procédé vaut le béton », affirme le directeur, dont la société vient d’être lauréate du concours « Réinventer Paris » avec son opération « Ternes-Villiers », soit un ensemble immobilier de 18 000 m² qui fait massivement appel au bois. « Le CLT a permis de crédibiliser davantage le bois en structure, rassurant bureaux d’études et bureaux de contrôle », poursuit-il. Même son de cloche du côté de Paul Jarquin, P-DG de REI, promoteur spécialisé en bois basé à Montreuil (Seine-Saint-Denis), pour qui « la filière est à un tournant ». REI est bien placé pour constater ce dynamisme : il a livré, en 2015, une centaine de logements bois. En 2016, il en construira 250, et prévoit une forte croissance les années suivantes.
Pour autant, il ne faut pas perdre de vue que, s’il existe des perspectives de débouchés, c’est parce que les parts de marché actuelles du bois sont faméliques. Si l’on en croit les chiffres 2014 de l’enquête nationale sur la construction bois, publiée par l’interprofession France Bois Forêt, le matériau a une part de marché de 2,6 % en logement collectif et de 10,6 % en maison individuelle. Plusieurs observateurs sont pourtant convaincus que d’ici cinq à dix ans le bois pèsera 15 à 20 % dans la construction.

Un coût égal aux autres matériaux.

Certains aménageurs sont déjà engagés dans une réflexion à moyen terme. Pour des raisons écologiques bien sûr – le bois capte le CO2, ne produit quasiment pas de déchets sur chantier, est recyclable… Mais aussi pour des questions de coûts. « Le prix des matières premières va très probablement augmenter dans les dix ans à venir, explique Nicolas Ferrand, directeur général de l’Epamarne. Il y a notamment des tensions sur les sables, les métaux ferreux et non ferreux. Or, le prix du bois, lui, devrait rester stable sur la période. » La construction bois permettrait ainsi à l’Epamarne de maintenir le prix de ses logements à un niveau acceptable. « Aujourd’hui, nous arrivons à un prix de vente compris entre 4 300 et 4 600 euros/m2 pour les constructions bois. Nous souhaitons passer sous la barre des 4 000 euros/m2. »

Nicolas Viguier, directeur patrimoine de l’office public de l’habitat Angers Loire Habitat, précise, pour sa part, que son organisme sort des opérations bois économiquement équivalentes à des opérations classiques.

Une efficacité « redoutable » en termes de délais.

Les constructeurs peuvent, le cas échéant, compenser les éventuels surcoûts de matériau ou d’étude par la rapidité d’exécution des chantiers. « Un projet réalisé en vingt-quatre mois en filière classique peut être terminé en dix mois avec le bois : c’est d’une efficacité redoutable ! », s’enthousiasme Olivier Bokobza. Et c’est précisément ce que demandent les riverains des chantiers : être dérangés le moins longtemps possible, avec des nuisances a minima. « La construction bois génère moins de rotations de camions et dégage moins de poussières », appuie Alexandra Carpentier, directeur général adjoint du pôle stratégie, innovation et développement économique d’Euratlantique.
Les riverains semblent, par ailleurs, en meilleurs termes avec le bois qu’avec le béton. « Lorsqu’on leur annonce l’édification d’un immeuble en bois, ils réagissent mieux que si on leur annonce un immeuble en béton », témoigne un aménageur. Les donneurs d’ordres sont également sensibles aux avantages techniques du matériau. « Lorsque le terrain est mauvais, nous avons tendance à nous tourner vers le bois, qui offre plus de légèreté structurelle que le béton, explique Nicolas Viguier. La technique du mur-manteau nous permet d’atteindre d’excellentes performances thermiques. »

Le baptême du feu des IGH.

Alors que, de l’avis de la majorité des acteurs, les freins techniques et réglementaires à la construction bois ont tous été levés pour les bâtiments courants, l’acoustique reste un point à améliorer. « Pour atteindre de bonnes performances sur ce plan, il faut être extrêmement minutieux dans la mise en œuvre », reconnaît Nicolas Viguier. L’une des solutions les plus utilisées dans ce cas est la mixité bois-béton au niveau des planchers. Côté technique, il reste aussi à prouver que le bois a toute sa place sur le marché des immeubles de grande hauteur (IGH). La construction prochaine à Bordeaux de deux tours en bois de plus de 50 mètres, Hypérion et Silva, constitue un baptême du feu. « A un moment donné, nous craignions de ne pas recevoir assez de réponses à notre appel d’offres sur ce projet, se souvient Alexandra Carpentier (Euratlantique). Finalement, neuf équipes ont répondu, considérant ce défi comme un investissement en recherche et développement. »

Les deux IGH sont donc un moyen de lever les freins psychologiques à l’utilisation du bois comme système constructif, non seulement vis-à-vis du grand public, mais aussi des constructeurs. Mais la levée de cette appréhension, qui subsiste, ne se décrète pas. « La Cop21 a fait beaucoup pour responsabiliser les gens sur le plan écologique », estime Paul Jarquin. Et Emmanuelle Cosse, ministre du Logement, a récemment rappelé que le critère carbone serait incontournable dans la prochaine réglementation environnementale. Pour le bois, plus que jamais, tous les voyants sont au vert.

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12 millions m3 L’objectif d’extraction des forêts à l’horizon 2026.
6,5 Mds € Le déficit de la balance commerciale de la filière.

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La construction bois oui, mais avec quelles ressources ?

C’est l’un des paradoxes dont l’économie française a le secret : couvert de forêts (16,5 millions d’hectares en métropole) peuplées à 70 % de feuillus, le pays consomme massivement… des résineux ! Seul un tiers de la récolte commercialisée de bois d’œuvre et d’industrie se trouve ainsi être du bois de feuillus : 5 millions de m3 contre près de 16 millions de m3 pour les résineux. Et pour répondre à la demande, le pays importe allègrement du bois d’œuvre et d’industrie en résineux : 1,3 million de m3 en 2011 ! La tendance ne devrait pas s’inverser de sitôt avec l’explosion de la demande en bois CLT (cross laminated timber, « lamellé-croisé » en français) pour la construction de bâtiments de grande hauteur. Le marché européen a ainsi augmenté de près de 20 % par an, ces dix dernières années. 95 % de la production européenne se situe en Europe centrale, dont 63 % en Autriche, 26 % en Allemagne et 6 % en Suisse, selon une étude de 2012 du Pôle interministériel de prospective et d’anticipation des mutations économiques (Pipame). L’implantation de ce type d’exploitation en France, est pour l’instant freinée par le montant de l’investissement requis : le finlandais Stora Enso a par exemple déboursé 23 millions d’euros en 2011 pour une unité de production en Autriche.

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