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Lafarge France : le temps du démantèlement ?

Mots clés : Établissements industriels, agricoles, ICPE - Industriels du BTP

La filiale française du géant LafargeHolcim ferme deux cimenteries et recentre sa stratégie sur les stations de broyage.

Le président de l’Unicem, la grande fédération des industriels des matériaux de construction, aura désormais du mal à tenir le même discours que lors de son dernier point presse, courant janvier. Il se targuait alors des efforts de la filière pour sauvegarder l’emploi et l’outil industriel, malgré les surcapacités et une contraction d’un tiers du marché français du ciment depuis le début de la crise économique. Début février, Lafarge France, premier cimentier de l’Hexagone, a annoncé la fermeture de deux cimenteries, à La Couronne (Charente) et au Havre (Seine-Maritime), ainsi que leur transformation en centres de broyage. 202 postes seront supprimés par ce projet et plus d’un millier d’emplois indirects impactés. La direction de Lafarge France se dit contrainte d’« ajuster son réseau de cimenteries au marché » et s’engage à reclasser 153 salariés dans ses différentes branches – Ciments, Granulats ou Bétons. Pour continuer de fournir le marché domestique, la filiale du géant suisse LafargeHolcim ne disposera alors plus que de sept cimenteries. Elle recentre ainsi sa stratégie sur le broyage, avec bientôt six usines : quatre de clinker et deux de laitier. Selon une porte-parole, cette concentration « permet au groupe de construire un Lafarge Ciments plus robuste en France et y pérennise sa présence industrielle ».

L’ombre de Frangey.

Au-dessus des usines de La Couronne et du Havre plane désormais l’ombre de Frangey, du nom de cette cimenterie de l’Yonne dont Lafarge avait annoncé la fermeture en 2011. Mais la justice avait retoqué le plan de sauvegarde de l’emploi, et l’industriel avait été contraint de reconvertir l’usine en station de broyage. Aujourd’hui, une vingtaine de salariés (sur 74) continue de faire tourner le site. La même destinée attend-elle les unités de La Couronne et Le Havre ? C’est ce que craignent les représentants des salariés du cimentier. « Il y a déjà des surcapacités en France dans le broyage, constate Sylvain Moreno, délégué central CGT chez Lafarge Ciments. Ces sites ne vont pas être pérennes, ils finiront par être fermés comme la direction voulait le faire à Frangey. » « A terme, le groupe n’aura plus de cimenteries en France mais seulement des stations de broyage », analyse pour sa part Johan Guet, délégué central Force ouvrière. Une stratégie qui se justifierait par la baisse structurelle du marché du ciment en France mais qui aurait des conséquences lourdes en termes d’emploi, une station de broyage nécessitant quatre fois moins de main-d’œuvre qu’une cimenterie classique.
La direction de Lafarge France, elle, assure que ces deux sites restent « indispensables pour continuer à servir les marchés locaux en ciments. La Couronne est un important producteur de sacs et dispose d’ateliers d’ensachage nécessaires au dispositif. Concernant Le Havre, nous souhaitons continuer de profiter de son positionnement multimodal et de sa capacité à approvisionner le marché parisien par barges », argumente la porte-parole. Un investissement de 15 millions d’euros est envisagé sur ces deux sites, couplé à une promesse d’injecter 80 millions d’euros pour la modernisation de la cimenterie de Martres-Tolosane (Haute-Garonne) d’ici à 2018. « Cette somme avait été promise à la cimenterie du Havre il y a quelques années et au final, elle va être fermée, dénoncent les syndicats. La direction a fait croire aux salariés que les usines étaient pérennes et, aujourd’hui, elle déshabille Pierre pour habiller Paul. » Pour Dominique Barjot, professeur d’histoire économique à l’université Paris-Sorbonne, la désindustrialisation dans la filière matériaux de construction en France est « inéluctable ». « Ce qui se passe actuellement dans le ciment, Lafarge l’a déjà fait il y a quelques années dans le plâtre : la chasse systématique aux coûts. Or l’on ne peut pas gagner une compétition économique uniquement en réduisant les coûts. Si l’on compare Lafarge avec un autre cimentier mondial, Cemex, on s’aperçoit que Cemex est certes moins profitable mais qu’il continue de conquérir des marchés. »

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