Architecture

« La ville n’a jamais été aussi intéressante qu’aujourd’hui »

Mots clés : Manifestations culturelles

L’espace public est-il réellement devenu un enjeu ?

Jusqu’à récemment, son aménagement était considéré sous un angle purement technique. On fonctionnait sur des modèles établis depuis soixante-dix ans, dénués de qualité et on ne se préoccupait pas des besoins des usagers. Ces derniers, eux-mêmes, ne voyaient pas tellement l’intérêt du sujet.

Mais désormais, ils se posent de nouvelles questions et je crois que cela va nous mener tout doucement vers la création d’espaces plus sensitifs, plus émotionnels.

Alors, comme toute période de transition, cela provoque des frictions. Il faut arbitrer des conflits entre des attentes souvent contradictoires. Mais jamais la ville n’avait été aussi intéressante.

Le regard change-t-il aussi sur le mobilier urbain ?

Maîtres d’ouvrage et maîtres d’œuvre en ont encore une vision restreinte. Pour eux, ce sont des objets encombrants. Si bien qu’ils évacuent souvent ce « détail » difficile à gérer. Le vide qui en résulte se retrouve alors comblé par le privé, par exemple par les terrasses de cafés… qui sont des lieux payants. Pourtant, le mobilier urbain n’est pas un obstacle. Il joue au contraire le rôle de facilitateur, d’interface entre nous et la ville. Et puis, dans mobilier, il y a « mobile ». Quand bien même on se tromperait lors d’un aménagement, celui-ci est réversible. En 48 heures, on devrait pouvoir tout déplacer et trouver une disposition plus adaptée. C’est là une incroyable liberté ! Voilà vingt-cinq ans que je me bats pour le faire comprendre.

Pensez-vous être mieux entendu aujourd’hui ?

Mon travail, qui consiste à apporter davantage de poésie aux objets, rencontre en effet plus d’échos. Par exemple, je travaille depuis huit ans sur la céramique et la Fondation Bettencourt nous accompagne dans le cadre de la bourse de recherche Dialogue sur ce matériau à la fois traditionnel, solide et non polluant. La céramique peut nous permettre de développer des objets plus empathiques, poétiques et plus beaux.

L’espace public est souvent soumis à rude épreuve. Pensez-vous qu’un aménagement qualitatif est mieux respecté ?

Un jour, on m’a demandé de penser un mobilier qui « se défende », indestructible, pour des quartiers difficiles.

Moi qui suis issu des cités, je sais que les gens cassent quand ils pensent qu’on se fiche d’eux. J’avais donc préféré dessiner des objets en fonte, solides, mais surtout beaux et confortables. Et cela avait fonctionné…

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