Edito Coup de griffe

La ville est mâle faite

La ville durable, c’est un peu le paradis urbain : sillonnée de pistes cyclables et de transports en commun, elle est douce et propre. Toutefois, cet Eden dont on a chassé la voiture est moins tendre pour Eve que pour Adam. Pour le géographe Yves Raibaud, la ville est souvent source d’inégalités entre les hommes et les femmes, et les aménagements durables ne font que les creuser : « Pour se déplacer à vélo, mieux vaut ne pas avoir d’obligations domestiques », de courses à faire ni d’enfants à accompagner à l’école. Donc… il ne faut pas être une femme, « puisque ces tâches leur restent majoritairement dévolues », glisse Yves Raibaud.

L’analyse est franchement irritante. Sous couvert de dénoncer une inégalité, l’universitaire n’est-il pas en train de perpétuer la vision – la plus sexiste qui soit – de la femme aux fourneaux ? On s’agace. Il rétorque que son travail n’est pas idéologique mais scientifique, et qu’il se fonde notamment sur des statistiques. Or les chiffres sont têtus : dans le couple, la femme assume deux tiers des corvées.
Si cette disparité relève de la sphère privée, elle se retrouve donc ici étalée dans l’espace public. « En effet, les hommes dominent les instances de décision qui fabriquent la ville », remarque encore Yves Raibaud, qui a publié en 2015 un parlant petit ouvrage intitulé « La ville faite par et pour les hommes ». La ville durable et ses bienfaits pour la planète ne sont évidemment pas remis en cause. Le géographe rappelle simplement « qu’elle ne peut pas être qu’écologique et technologique, elle doit aussi être sociale ». Les femmes ont bien des choses à apporter sur ce plan. Il serait bon de mettre cette question à l’agenda. Mais pas uniquement à la page du 8 mars.


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