Architecture Technique Patrimoine

La villa Cavrois ressuscitée

Mots clés : Conservation du patrimoine

A Croix (Nord), l’œuvre de Mallet-Stevens ouvre le 13 juin après travaux.

Bâtie en 1932 sur un chemin de Croix, dans le Nord, la villa Cavrois a connu un long calvaire avant de ressusciter dans son état d’origine. Au bout de douze ans de chantier, elle ouvre ses portes aux adorateurs de l’architecture du Mouvement moderne, et au grand public, à compter du 13 juin. L’architecte parisien Robert Mallet-Stevens (1886-1945) a conçu cette résidence en 1929 pour un riche industriel de la région, Paul Cavrois (1890-1965). Il réalisa pour lui et sa famille nombreuse une demeure dont le programme était « air, lumière, travail, sport, hygiène, confort, économie ».

D’une surface habitable de 1 840 m², prolongée par 830 m² de terrasses extérieures, la villa est aujourd’hui entourée d’un parc de 17 600 m² (5 ha à l’origine). Elle comporte des espaces de réception et de vie privée répartis dans deux volumes parallélépipédiques, construits à l’est et à l’ouest d’une tour cylindrique contenant un escalier en marbre et un ascenseur. Les façades sont parées de briques pleines de couleur jaune, spécialement fabriquées pour le lieu.

Au bord de la ruine

Excepté pendant la Seconde Guerre mondiale où l’armée allemande avait pris possession de la bâtisse, la famille Cavrois a habité la villa jusqu’au milieu des années 1980. En 1988, elle a été vendue à un promoteur immobilier, qui projeta un temps de la détruire et de lotir le parc. Le bâtiment est classé monument historique en 1990, ce qui ne le protège pas des mains des pilleurs, vandales et autres squatteurs. C’est un édifice au bord de la ruine que l’Etat acquiert en 2001. La direction des affaires culturelles du Nord-Pas-de-Calais commande alors à Michel Goutal, architecte en chef des monuments historiques, un projet de restauration du clos et du couvert, ainsi que des structures. En 2007, le bâtiment retrouve l’aspect extérieur qu’il avait sur les photographies prises au début des années 1930. Idem pour le parc en 2013, grâce au travail de la paysagiste Aline Le Cœur. La facture, pour l’ensemble des travaux, s’élève à 23 millions d’euros. Au Centre des monuments nationaux d’être à présent le gardien de ce temple rénové de l’architecture moderne.

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Chantier - A la recherche du mobilier et des décors intérieurs disparus

Abandonnée entre 1988 et 2001, la villa Cavrois a été déshabillée de ses matériaux précieux, mettant à nu ses murs en brique. La restauration des décors intérieurs, d’une durée de trois ans et d’un budget de 14 millions d’euros, a mobilisé plus de 230 ouvriers. Dix-huit corps de métiers sont intervenus sur ce chantier minutieux, dont la maçonnerie, la plâtrerie, la marbrerie, l’ébénisterie, la parqueterie, la menuiserie bois et métal, la vitrerie, la peinture, l’électricité, la plomberie, l’horlogerie ou encore la création de luminaires.
Le Centre des monuments nationaux (CMN) souhaitait présenter au public les espaces intérieurs tels que les avait conçus l’architecte Robert Mallet-Stevens, c’est-à-dire comme un lieu de résidence pour la famille Cavrois. « Avec ses meubles, ses rideaux, ses objets de décoration, le bâtiment redevient une maison, une maison habitée, une maison avec une âme », estime Danièle Déal, directrice de la conservation des monuments et des collections au CMN. Grâce à une tablette numérique, les visiteurs auront accès à différents contenus audiovisuels, ainsi qu’à une promenade architecturale en réalité augmentée.

Le souci du détail.

Des médiateurs du patrimoine ne manqueront probablement pas l’occasion de raconter comment la salle à manger des parents (photos ci-contre) a retrouvé son aspect d’antan, dans le respect de la version originale. Les panneaux en marbre vert de Suède qui revêtent le sol et les murs de la pièce proviennent de la même carrière de pierre que ceux posés initialement. Le souci du détail ayant été poussé jusqu’à positionner les veines du marbre conformément au dessin d’origine. Le mobilier intégré a été fidèlement reproduit grâce à la méthode de photogrammétrie et à la comparaison avec d’autres réalisations. « Certains puristes nous attaqueront peut-être sur le fait de l’avoir reconstitué, craint Philippe Bélaval, président du Centre des monuments nationaux. Mais, sans lui, l’œuvre d’art totale de Mallet-Stevens ne serait pas lisible, le mobilier faisant corps avec son architecture. »

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Démarche historique - « Restituer la villa et le parc tels qu’en 1932 était une évidence »

Questions à Danièle Déal, directrice de la conservation des monuments et des collections au CMN

Pourquoi avoir choisi de restituer la villa dans son état d’origine ?

D’habitude, le Centre des monuments nationaux (CMN) restaure le patrimoine existant. Or, à la villa Cavrois, les décors d’origine avaient en grande partie disparu. Il nous paraissait ici évident de restituer l’édifice et son parc tels qu’ils étaient à la livraison en 1932, afin que le visiteur comprenne à quel point cette habitation était une œuvre d’art totale.

Comment avez-vous procédé pour retrouver les matériaux et les couleurs ?

Bien que l’architecte Robert Mallet-Stevens ait fait détruire ses archives après sa mort, il avait détaillé chaque pièce de la maison dans un ouvrage intitulé « Une demeure 1934 », illustré de photographies en noir et blanc. A l’aide de ce document, nous avons mené une course folle pendant deux ans pour retrouver tous les matériaux, en France et à l’étranger. Sur place, nous avons également accompli un travail archéologique en sondant les murs de l’édifice à la recherche de traces de peinture. Enfin, les descendants des anciens occupants de la maison ont partagé avec nous leurs souvenirs d’usagers.

Pourquoi avez-vous laissé une pièce non restaurée ?

Nous avons remis en état ce qui pouvait l’être et reconstitué ce qui manquait. Toutefois, nous avons fait le choix de laisser une pièce dans l’état ravagé dans lequel nous l’avons trouvée. Il s’agit de la chambre des garçons située au premier étage, dans l’aile ouest. Elle témoigne auprès des générations futures du délabrement de la villa Cavrois lors de son acquisition par l’Etat en 2001, ainsi que du travail de restitution effectué depuis 2008 par le CMN.

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