Territoires Grande-Synthe

La transition énergétique, mode d’emploi

Les multiples actions mises en place par la Ville de Grande-Synthe (Nord) dans les domaines de l’énergie, de la mobilité, de la construction, de l’environnement, de l’économie circulaire ou encore de la démocratie participative concourent à faire de cette commune (22 000 habitants) de la communauté urbaine de Dunkerque (CUD) un mode d’emploi ouvert de la transition énergétique. Son maire emblématique, Damien Carême (EELV), qui fit récemment parler de lui en endossant la responsabilité de l’édification avec Médecins sans frontières d’un camp de migrants, se reconnaît d’ailleurs plus volontiers dans le Britannique Rob Hopkins, initiateur du mouvement des villes en transition, que dans l’Américain Jeremy Rifkin, chantre de la troisième révolution industrielle, dont la région a fait sa feuille de route. Alors qu’en 2009, Grande-Synthe préparait le dossier de candidature qui allait faire d’elle un an plus tard la première « capitale française de la biodiversité », la ville s’engageait concomitamment à faire sienne la règle des « 3 fois 20 », prônée par la Convention des maires. Objectifs à horizon 2020 : diminuer de 20 % ses émissions de gaz à effet de serre, réduire de 20 % sa consommation énergétique et intégrer 20 % d’énergie renouvelable dans cette consommation. Sept ans plus tard, tous les compteurs ont explosé : les émissions de CO2 ont chuté de 43 %, la consommation énergétique de 24 %, quant aux 250 bâtiments publics de la commune, ils se nourrissent à 68 % d’énergie renouvelable !

Solaire et gaz vert.

La municipalité achète chaque année à EDF 10 gigawattheures d’énergie certifiée d’origine naturelle. « Et dès que nous refaisons une toiture, nous y installons des cellules photovoltaïques », explique Damien Carême. Avec quelque 2 350 m2 de panneaux solaires, Grande-Synthe atteint le ratio de 11 watt-crête de production énergétique annuelle par habitant. En 2013, Grande-Synthe est également devenue la première ville française à s’approvisionner en biogaz, lequel est issu de l’usine de méthanisation de Sequedin, près de Lille. La transition à Grande-Synthe, c’est aussi l’arrivée toute récente de véhicules à hydrogène, après les modèles électriques ; la mise en place ce mois-ci d’un schéma directeur de pistes cyclables ; le démarrage simultané des travaux de viabilisation d’un écoquartier de 500 logements ; l’approvisionnement 100 % local des cantines scolaires ; et, bien sûr, un soin particulier apporté à la préservation de la nature en ville. « La guerre a détruit notre ville, la nature constitue notre capital, notre patrimoine », estime Damien Carême. 172 ha viennent d’être classés espace naturel régional.

Grande-Synthe peut compter sur 127 m2 d’espaces verts par habitant pour lutter contre les îlots de chaleur. « Dans une zone de polders, qui doit évacuer des millions de m3 d’eau par forte pluie, il est également important d’avoir des cultures qui respectent le sol et sa bonne filtration », ajoute l’élu. Son conseil municipal vient encore de mettre en place le premier budget participatif de la région (six projets d’habitants compris dans une enveloppe de 500 000 euros seront retenus en fin d’année). « Il y a dans notre commune une tradition de la participation, poursuit Damien Carême. Notre première réunion publique au quartier du Courghain [NDLR, qui a fait ces dernières années l’objet d’une spectaculaire opération de renouvellement urbain] date de 1974. La notion de vivre ensemble est un pilier de notre conception du développement durable. » Aussi, la commune a-t-elle fait appel à l’anthropologue Stéphane Juguet – auteur de travaux remarqués à Saint-Nazaire et en Gironde, ce qui lui vaut d’être sollicité sur certains dossiers par la Commission nationale de débat public (CNDP) – pour construire le récit de cette transition, du point de vue de la population. En attendant la tenue d’assises sur la question en fin d’année.

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La seule ville de la Communauté urbaine de Dunkerque qui gagne des habitants

Très sévèrement touchée par le chômage et la pauvreté, confrontée directement au problème des migrants, Grande-Synthe réussit pourtant le tour de force d’être en croissance démographique. La commune a gagné 200 habitants depuis le dernier recensement. « Sans compter les migrants », glisse malicieusement Damien Carême. Grande-Synthe est même la seule ville de la Communauté urbaine de Dunkerque (CUD) dans ce cas. Cette résilience n’est donc pas sans susciter de l’écoute de la part des autres communes de l’agglomération. Des synergies se mettent en place. La CUD a ainsi décidé d’instaurer la gratuité totale des transports en commun pour 2018. « Personne ne peut s’opposer au bon sens, réagit Damien Carême. On s’appuie encore sur notre tissu industriel mais il est urgent d’opérer la transition car les choses se corsent. La cohérence, c’est ça qui est important en politique. »

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