Architecture Technique Spectacle

La Salle Pleyel change de ton

Mots clés : Bruit - Manifestations culturelles

Conçue pour le classique, la salle s’accordait mal aux sons électroniques. Sa rénovation a nécessité un savoir-faire pointu en matière acoustique. Tout en respectant le style Art déco de l’ensemble.

Selon l’usage souhaité, la conception acoustique, la scène, les accrochages, la technique et l’ambiance d’une salle de concert diffèrent fondamentalement. Plus particulièrement, les fines tonalités de la musique instrumentale doivent être réfléchies pour emplir tout l’espace. Alors que l’amplification phonique et les basses du son électronique doivent être cassées par les volumes et absorbées dans les matériaux. Avec l’ouverture de la Philharmonie de Paris (parc de la Villette), où se tiennent désormais bon nombre de manifestations de musique symphonique dans la capitale, la Salle Pleyel, autrefois temple du classique, a vu sa programmation modifiée. Désormais destinée à accueillir des spectacles contemporains, concerts rock ou techno, comédies musicales, récitals et one man shows, elle a dû être reconfigurée.

Les agences d’architecture DVVD et Daniel Vaniche et Associés (DVA) se sont vu confier ce projet d’envergure. Après avoir déjà pris en charge la rénovation de l’AccorHotels Arena de Bercy (20 300 places), des Arènes de l’Agora d’Evry (3 200 places) et de la grande salle d’Italie 2 (900 places), ils connaissent la musique.
La façade de 1927, les structures d’accueil, les circulations générales et les équipements techniques (chauffage, ventilation, fluides), déjà rénovés en 2005-2006, n’ont pas été modifiés. Les travaux se sont concentrés sur la grande salle, le restaurant du premier étage, ainsi que les salles Chopin (400 places en rez-de-chaussée, avec un gradinage amovible) et Debussy (200 places en sous-sol), destinées aux manifestations plus confidentielles. Ces salles avaient été supprimées en 2006 au profit d’espaces professionnels et de vestiaires.

Evolution multicontemporaine.

« Tous les matériaux, les revêtements, les tonalités, la dimension et l’orientation de la scène, la forme et le volume, les courants scéniques doivent fondamentalement être revus, met en avant Daniel Vaniche. A Pleyel, c’est un travail complexe, car il faut respecter l’histoire et le style Art déco de la salle dans son évolution multicontemporaine. » La configuration de la grande salle, qui date de 2006, a été revue dans son volume : les 160 gradins en fond de scène, prévus pour accueillir un chœur ou des spectateurs selon les besoins et assurer une meilleure propagation du son, ont été supprimés. La nouvelle disposition prévoit une nouvelle scène en fond de plateau. Sa profondeur passe de 8 mètres à 15 mètres, afin d’installer des équipements musicaux et scéniques tels que des écrans géants ou des jeux de lumière. Le parterre a été nivelé pour accueillir une fosse, très attendue par les artistes actuels. La jauge, de 1 913 spectateurs auparavant, est passée à 2 000 personnes assises ou 2 800 avec des spectateurs debout.

L’ambiance est plus intimiste ; la blancheur des murs et des plafonds a été remplacée par les teintes chaudes du bois foncé avec des variations de gris beige. Les fauteuils rouges ont été remplacés par des sièges plus foncés tirant sur le carmin. Enfin, les plafonds sont désormais équipés d’un système de cintres et de circulation technique. Les travaux ont été réalisés de haut en bas, jusqu’au sol également recouvert d’un parquet du même bois que les parois verticales.
Comme pour toute rénovation de salle de concert, le planning était extrêmement serré : la livraison devait impérativement intervenir avant le 22 septembre au plus tard. Dès le lendemain, Benjamin Biolay entrait en scène, suivi par Bernard Lavilliers, Patrick Bruel et Mickey 3D. 

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ENCADRE

Un son amorti par des absorbants

Les murs hauts et les balcons sont recouverts de lamelles de bois d’angélique posées verticalement et destinées à casser le son. Ils protègent une sous-couche absorbante, adaptée aux moyennes fréquences, composée de tissu « trans-sonore » et de 10 cm à 40 cm de laine de roche. Les murs bas sont habillés de panneaux métalliques perforés au motif inspiré des décors initiaux de la salle, dans des tonalités cuivrées. Les murs de fond de salle et de fond de scène traitent spécifiquement les basses fréquences au moyen de pièges acoustiques (« bass traps ») épais. Le plafond est configuré pour casser les hautes fréquences avec une toile de verre simplement peinte.

ENCADRE

Maîtrise d’ouvrage : Fimalac. Architecte : DVVD Ingénieurs Architectes Designers et Daniel Vaniche et Associés. Maîtrise d’œuvre et ingénierie : DVVD Ingénieurs Architectes Designers. Chef de projet : Nicolas Petit. Cocontractant acoustique : Cabinet Lamoureux. Bureau d’études fluides : Alto Ingénierie. Gros œuvre : GTPR (Générale de travaux, de projets et de réhabilitations). Shon : 7 620 m² (salle principale de 1 200 m²). Travaux : de janvier à septembre 2016 (grande salle) et novembre 2016 (salles Chopin et Debussy). Budget : 7,5 M€.

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