Autres Performance énergétique

La RT 2012 à l’épreuve du réel

Mots clés : Efficacité énergétique - Réglementation thermique et énergétique

La réglementation affiche des objectifs calculés de consommation d’énergie rarement atteints. L’écart avec la performance réelle suscite le malentendu.

Les bâtiments de nouvelle génération dits « à haute performance énergétique » sont-ils aussi performants qu’attendu ? Si les constructions soumises à la RT 2012 sont encore trop récentes pour qu’on puisse juger de leur performance énergétique réelle, les retours d’expériences sur des bâtiments labellisés basse consommation (BBC), qui anticipaient la RT 2012, ne sont pas toujours concluants. Où sont les 50 kWh/m².an de consommation annoncés ?

L’écart entre la performance calculée et la performance réelle mesurée peut atteindre 40 kWh/m².an pour les cinq usages pris en compte par la réglementation (chauffage, eau chaude sanitaire, rafraîchissement, ventilation et éclairage), annonce le Centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement (Cerema), qui a réalisé une étude sur une soixantaine d’opérations. Les experts ne s’en étonnent pas : l’étude thermique réglementaire n’est pas destinée à prévoir la consommation future d’un bâtiment. Les conditions météorologiques et le mode d’occupation réels diffèrent généralement des données conventionnelles du calcul, sans parler des défauts de mise en œuvre ou d’exploitation.
L’étude du Cerema avait pour objectif d’évaluer l’écart entre théorie et réalité, mais aussi la part imputable aux défauts du bâtiment et des équipements d’une part, et celle due aux comportements des exploitants et des occupants d’autre part. Pour cela, les bâtiments ont été instrumentés et leur performance énergétique réelle a été mesurée pendant deux ans. Ce suivi technique a été complété par des observations et des enquêtes sociologiques auprès des exploitants et des occupants pour mieux connaître leurs modes d’occupation. Comme le note Christophe Beslay, sociologue, il est parfois difficile de définir la part technique et la part sociale dans les écarts de consommation.

Les raisons du grand écart.

Pour chaque opération, la consommation a été recalculée en fonction des conditions réelles d’occupation et de la météorologie. Malgré ces corrections, les performances attendues à la conception ne sont pas atteintes. La consommation totale d’énergie primaire pour les cinq usages réglementaires varie de 50 à 90 kWh/m².an dans les immeubles de bureaux, de 70 à 110 kWh/m².an dans les logements collectifs et de 40 à 80 kWh/m².an en maison individuelle. Les auteurs de l’étude ont cherché à expliquer l’écart qui subsistait entre le résultat calculé corrigé et la consommation mesurée. « Le niveau d’isolation thermique réel des bâtiments étudiés n’atteint pas tout à fait le niveau calculé mais se situe à un bon niveau, tandis que l’étanchéité à l’air de l’enveloppe est globalement bien réalisée », constatent-ils. Du côté des équipements se pose le problème du dimensionnement des installations. Les besoins de chauffage étant réduits, les pompes à chaleur ou les chaudières fonctionnent souvent en sous-régime, ce qui dégrade leur efficacité et réduit leur durée de vie. Une fois la consommation recalculée en tenant compte de la performance mesurée du bâti et des installations techniques, il reste encore un écart qui, lui, n’est pas modélisable. Il dépend des pratiques des utilisateurs qui éprouvent des difficultés à piloter ou entretenir les équipements ou ressentent un inconfort qui les amène à modifier les consignes. Un facteur humain qui, selon l’étude, ne serait pas assez pris en compte dans les projets.

Cette étude sur un échantillon réduit de bâtiments est riche d’enseignements, mais comment évaluer la performance réelle de l’ensemble des bâtiments construits selon la RT 2012 ? Le problème, c’est que l’on est aujourd’hui incapable de mesurer avec des outils simples le degré d’isolation de l’enveloppe d’un bâtiment. On ne sait que le calculer dans des conditions idéales de mise en œuvre, à partir des caractéristiques des matériaux qui la composent, mesurées en laboratoire. Mais comment évaluer l’éventuelle diminution de la performance avec le temps ? Le casse-tête est similaire pour les appareils : on connaît leurs performances théoriques mesurées dans des conditions normalisées mais on ne dispose pas d’outils accessibles à tous pour estimer leur rendement réel une fois installés dans le bâtiment. Tout au plus est-on capable d’évaluer la consommation d’énergie du bâtiment. Mais encore faut-il faire la part entre les cinq usages réglementés et les autres postes de consommation (électroménager, audiovisuel, informatique…), et connaître l’utilisation que font du bâtiment ses occupants et ses exploitants.
Il existe bien des logiciels de simulation énergétique dynamique capables de modéliser le fonctionnement énergétique du bâtiment et d’évaluer ses consommations en intégrant le comportement des occupants, qui apportent une prévision très proche de la consommation réelle. Mais de tels outils ne sont pas à la portée de tous les bureaux d’études pour tous les types de constructions.

De nouvelles méthodes d’ici un an.

La priorité est donc aujourd’hui de mettre au point des outils de mesure globale de la performance des bâtiments, indépendamment des conditions d’occupation, pour identifier les écarts avec le calcul théorique et les réduire grâce à des démarches d’autocontrôle. C’est l’une des missions du Programme d’action pour la qualité de la construction et la transition énergétique (Pacte) lancé en février 2015 par la ministre du Logement de l’époque, Sylvia Pinel. L’un de ses premiers appels à projets vise à développer une méthode de mesure globale de la performance énergétique intrinsèque (enveloppe et équipements techniques) d’un bâtiment neuf ou rénové à la réception des travaux, par des mesures in situ de grandeurs physiques. « Une première méthode de mesure de l’isolation thermique de l’enveloppe sera développée d’ici un an, promet Nicolas Cailleau, chef de projet Pacte à l’Agence Qualité Construction. Après des tests sur le terrain, des outils méthodologiques (guides, référentiels, protocoles de mesure) seront développés. » Autre initiative du programme d’action : élaborer une méthode commune de suivi instrumenté des bâtiments pour mesurer leurs performances réelles, à partir des retours d’expériences nombreux et dispersés basés sur des méthodes différentes. Enfin, le Pacte devrait lancer, avec l’Union sociale pour l’habitat, une étude statistique portant sur 90 000 logements neufs et 40 000 à 50 000 logements rénovés du parc social, pour mesurer leur performance réelle et la comparer à la performance conventionnelle.

Ces avancées devraient contribuer à rassurer les professionnels de la construction, inquiets de voir leur responsabilité engagée depuis la publication de la loi sur la transition énergétique et son article 31, qui évoque l’impropriété à la destination des bâtiments en cas de « surconsommation énergétique ne permettant l’utilisation de l’ouvrage qu’à un coût exorbitant ».

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La RT 2012 est la première réglementation thermique imposant un niveau maximum chiffré de consommation.
50 kWh/m².an Consommation conventionnelle maximale d’énergie primaire.
28 octobre 2011 La RT 2012 s’applique aux immeubles de bureaux.
1er janvier 2013 La RT 2012 s’applique aux autres bâtiments.

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« Le calcul et la mesure à la réception sont complémentaires »

« Nous travaillons sur une méthode de mesure de l’isolation réelle de l’enveloppe qui pourrait être demain utilisée systématiquement. Des tests sur les équipements du bâtiment pourraient aussi être déployés d’ici un à deux ans. La mesure de la performance à la réception, déjà testée sur des logements, pourrait se généraliser d’ici cinq ans. La RT pourrait à terme se rapprocher de la réglementation acoustique qui n’impose pas de méthode de calcul mais un résultat constaté par une mesure à la réception. Mais n’oublions pas que la mesure présente des imprécisions. Et qu’elle constate mais n’explique pas. Il faut associer calcul et mesure, la simulation expliquant la mesure. »

Jean-Christophe Visier, directeur énergie environnement du CSTB

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« Le particulier achète un concept »

« Le calcul RT n’est pas une méthode de conception mais plutôt de calage pour qualifier et comparer les bâtiments. Personne ne dit à un client particulier qu’il consommera 50 kWh/m².an. Le discours est plutôt basé sur un bâtiment efficace, permettant de faire des économies. C’est ce que souhaite l’acquéreur, qui ne connaît pas sa consommation d’énergie ! C’est peut-être aussi la raison du faible intérêt pour le contrat de garantie de performance énergétique (GPE) passé entre le constructeur et le particulier. En revanche, une maison labellisée est une garantie qui suffit à l’acheteur. On peut comparer l’achat d’un logement à celui d’une voiture, le particulier connaît sa consommation théorique mais sait que tout dépendra de son usage. »

Yann Dervyn, directeur du collectif Effinergie

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« Il faut accompagner la prise en main du bâtiment »

« L’idée même de prévoir un niveau de consommation est erronée. On ne peut pas garantir ce qu’on ne maîtrise pas. Par exemple, la température de consigne de 19 °C du calcul réglementaire est rarement appliquée. Or, 1 °C de plus peut augmenter la consommation de 15 à 20 % ! Plutôt qu’une garantie de performance, il vaudrait mieux imposer une obligation de moyens : des équipements conformes au calcul, des débits d’air bien réglés, une mesure de la performance à la livraison qui supprimerait déjà le doute sur les écarts liés à la différence entre l’objet conçu et l’objet réalisé. Enfin, le post-commissionnement consistant à accompagner les exploitants pendant la prise en main du bâtiment aiderait à faire mieux fonctionner celui-ci. »

Olivier Sidler, dirigeant du bureau d’études Enertech

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La garantie de performance énergétique ne fait pas recette

« La garantie de performance énergétique (GPE) est peu employée dans les marchés de travaux, constate Olivier Ortega, avocat associé du cabinet Lefèvre Pelletier & Associés. En revanche, des fournisseurs de matériels (chaudières, par exemple) ou des prestataires de service se mettent à vendre une GPE avec leurs produits ou services. Des bureaux d’études investissent aussi le créneau, proposant à leurs clients une GPE sur l’ouvrage qu’ils ont conçu, à condition de pouvoir en contrôler les travaux de réalisation. En cas de défaut de performance, les clients bénéficieront d’une indemnisation ou de travaux supplémentaires. Ainsi, en pratique, la GPE s’installe par petites briques, par compartiments, elle est assez peu offerte par le titulaire du marché de travaux lui-même. C’est plutôt le fait d’opérateurs petits et innovants, qui veulent se démarquer. »
Le peu d’appétit des maîtres d’ouvrage pour la GPE, le cabinet de courtage spécialisé dans l’assurance construction Chevreuse Courtage l’a découvert à ses dépens. « Nous avons lancé, en 2012, un produit d’assurance garantissant la performance énergétique des immeubles de bureaux neufs ou rénovés d’au moins 3 000 m², se souvient son président Evrard de Villeneuve. Ça a été un flop total, zéro contrat vendu ! Car il n’y avait aucune contrainte ni même incitation pour les acteurs. Ils n’avaient pas envie de dépenser plus pour avoir cette garantie. Notre produit est sans doute arrivé trop tôt sur le marché, mais la situation est en train de changer, et les assureurs vont s’y mettre les uns après les autres… Toute la difficulté en matière de GPE est d’avoir une métrologie suffisante, et de gérer la question complexe du comportement des utilisateurs. L’analyse comportementale est encore insuffisante… »

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