Enjeux

La route sort de l’impasse

Mots clés : Réseau routier

Après deux ans difficiles, le ciel se dégage pour les entreprises de l’industrie routière. Les indicateurs sortent du rouge.

«Après la pluie, vient le beau temps », dit le dicton populaire. Dans son dernier bulletin de conjoncture économique (avril 2016), la Fédération nationale des travaux publics (FNTP) a annoncé une légère embellie dans le ciel, jusque-là encombré, des entreprises de TP. Après avoir chuté de plus de 15 % ces deux dernières années, leur activité a progressé de 2,7 % depuis le début de l’année. Autre signe positif : les marchés conclus en avril 2016 augmentent de 10,3 % par rapport à avril 2015. Sur les cinq premiers mois de l’année, les prises de commandes progressent elles aussi (+ 11,5 %), ce qui laisse présager, selon la FNTP, « une consolidation de la reprise d’activité ces prochains mois ». Dans ce contexte porteur pour les entreprises de travaux publics, comment se comportent les industriels de la route ? Quelques jours après le salon Interoute & Ville – organisé à Paris, du 14 au 16 juin dernier -, les professionnels semblent renouer avec un optimisme mesuré (voir page ci-contre). Pour l’exercice 2016, le chiffre d’affaires du secteur ne devrait reculer que de 1 %, contre 6 % en 2015 – et 35 % depuis 2009. La tendance de fond semble donc être au ralentissement de la baisse, avant une inversion prochaine de la courbe ? « Après une période de réorganisation et d’attentisme, due notamment à la réforme territoriale, les élus investissent à nouveau pour l’entretien de leurs réseaux, ce qui est encourageant pour nous », analyse Pierre Calvin, directeur Prospective, Commercial et Marketing de Colas.

Inversion de la courbe.

Outre les besoins en rénovation – de plus en plus prégnants -, d’autres « chantiers » devraient mobiliser les entreprises routières à court, moyen et long termes. Ainsi, les « nouvelles mobilités » (covoiturage, transports doux, autocars « Macron », voitures électriques, véhicules autonomes, etc.) devraient générer un surcroît d’activité dans les mois et les années à venir. Avec son lot de travaux d’aménagement urbain, de création et de réfection de voiries, de construction de « nœuds multimodaux », de préparation des terrains constructibles, de déviations des réseaux, etc., le Grand Paris offre également des opportunités intéressantes pour la communauté routière. « Nous ne disposons pas pour l’heure de chiffres précis, mais l’impact du Grand Paris ne peut être que positif », résume Jacques Tavernier, président de l’Union des syndicats de l’industrie routière française (Usirf). D’ici là, les entreprises routières devraient bénéficier de toute une série de mesures prises récemment. Parmi elles, le plan de relance autoroutier, obtenu de haute lutte en septembre 2015. « Aujourd’hui, 10 % des 3,27 milliards d’euros prévus ont déjà été engagés dans le cadre des premiers appels d’offres concernant des missions de maîtrise d’œuvre et de travaux préparatoires », fait savoir Jean Mesqui, le tout nouveau président de l’Association des sociétés françaises d’autoroutes (Asfa). Vingt-six opérations sont prévues d’ici à 2024 (voir carte). Les premiers chantiers démarreront d’ici la fin de l’année.

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Les opérations du plan de relance autoroutier entre 2016 et 2024


1 et 2 – A16/RN42/A26. Aménagement d’un échangeur, réalisation d’une bretelle, création d’un demi-échangeur. Fin 2021. 80 M€. 3 – A29. Création d’une bande d’arrêt d’urgence. Septembre 2018. 33 M€. 4 et 5 – A13. Mise à 2 x 3 voies, aménagement d’une bretelle, complément d’un échangeur. Juin 2020. 172,9 M€. 6 et 7 – A13. Complément d’un échangeur, création d’un demi-échangeur. 2020. 9,9 M€. 8 – A13. Modification d’un échangeur. 2016. 4 M€. 9 – A13. Création d’un échangeur. 2022. 12,9 M€. 10 – A13. création d’un nouveau viaduc. Fin 2019/début 2020. 47 M€. 11 – A14. Création d’une issue de secours, complément d’un échangeur. 2017. 6,8 M€. 12 – A4. Complément d’un échangeur. 2018. 26 M€. 13 – A4. Mise à 2 x 3 voies du contournement nord-est de Metz. Fin 2021/début 2022. 16 M€. 14 – A4/A35. Raccordement vers le contournement ouest de Strasbourg. 2019. 43 M€. 15 – A10. Mise à 2 x 4 voies, aménagement d’une bifurcation. 2024. 219 M€. 16 – A36/N1019/D437. Réalisation d’un dispositif d’échanges. 2020. 120 M€. 17 – A10. Aménagement d’un terre-plein central (2019), mise à 2 x 3 voies (2023). 305 M€. 18 – A71/N79. Réalisation d’un dispositif d’échanges. 2021. 90 M€. 19 – A406/N79. Amélioration de la connexion à la RCEA. 2020. 39 M€. 20 – A75. Mise à 2 x 3 voies. 2021. 170 M€. 21 – A48/A480. Traversée de Grenoble, mise à niveau technique et environnementale. 2022. 300 M€. 22 – A63. Mise à 2 x 3 voies. 2020. 313 M€. 23 et 24 – A61. Mises à 2 x 3 voies. 2021. 200 M€. 25 – A57. Mise à 2 x 3 voies. 2024. 600 M€. 26 – A9. Mise à 2 x 3 voies. Fin 2019/début 2020. 180 M€.

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« Nous ressentons un regain d’activité »

« La conjoncture économique reste difficile pour nous. Toutefois, depuis le début de l’année, notre chiffre d’affaires cumulé est en progression de 1 à 2 % par rapport à l’exercice précédent. En mai, notre activité a bondi de 10 % par rapport à mai 2015. Nos prises de commandes, quant à elles, ont progressé de plus de 25 % en comparaison à l’année dernière. Pour l’exercice 2016, nous tablons sur une stabilité de notre chiffre d’affaires par rapport à 2015, soit environ 12 milliards d’euros. Notre activité est avant tout portée par les travaux d’entretien curatif, avec des montants moyens par chantier de l’ordre de 85 000 euros. Nous ressentons un certain regain d’activité à l’heure actuelle, notamment parce que les élus décident de réinvestir. Les mesures gouvernementales en faveur des collectivités territoriales représentent également un bol d’oxygène. »

Pierre Calvin, directeur Prospective, Commercial et Marketing de Colas

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« Une stabilisation de la baisse »

« Après une baisse continue de notre activité depuis 2007, nous sentons actuellement un infléchissement et une stabilisation de cette baisse. Les maîtres d’ouvrage publics lancent plus de dossiers, les études se multiplient. Nos carnets de commandes sont à six mois. La situation reste assez contrastée selon les zones géographiques où nous intervenons : assez satisfaisante dans le Vaucluse, problématique dans les Bouches-du-Rhône avec la mise en place de la métropole Aix-Marseille, compliquée dans le Var. Dans le Gard, nous avons la chance de réaliser en groupement le chantier d’extension du TCSP de Nîmes. Notre inquiétude porte sur la réduction des budgets d’entretien routier par les collectivités qui privilégient le court terme et les dépenses réduites au minimum. »

René Braja, directeur général du groupe Braja-Vésigné (Orange, Vaucluse), 120 M€ de chiffre d’affaires, 550 personnes.

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« Nous entrevoyons le bout du tunnel »

Jacques Tavernier, président de l’Union des syndicats de l’industrie routière française (Usirf).

Quelle est la conjoncture actuelle pour les entreprises routières ?

Même si elle perdure, la baisse d’activité ralentit. Depuis le début de l’année, l’activité est en très léger repli de 0,8 %, comparée à 2015. Mais on revient de loin. Depuis 2009, le chiffre d’affaires des entreprises routières avait chuté de 35 %, avec une baisse nette de 11,9 % en 2015 par rapport à 2014. Nous entrevoyons donc le bout du tunnel. Un autre signe encourageant, parmi d’autres : à la fin du mois de mai, les prises de commandes étaient en progression de 5 % par rapport à mai 2015. Si bien que, pour l’exercice 2016, le chiffre d’affaires du secteur (en volume) devrait être en très légère baisse, de l’ordre de 1 %, contre 6 % en 2015. Les effets des intempéries et des grèves dans les raffineries, qui ont surtout impacté la région Rhône-Alpes, se mesureront au cours du mois de juin.

Comment l’activité évoluera-t-elle dans les prochains mois ?

Plusieurs mesures annoncées récemment par François Hollande pourraient avoir un réel « effet psychologique » auprès de nos clients publics et nous offrir ainsi une bouffée d’oxygène dès 2017. La réduction de un milliard d’euros de l’effort financier demandée aux communes, l’augmentation du Fonds de soutien à l’investissement public local à 1,2 milliard d’euros, le plan de relance autoroutier de 3,27 milliards d’euros, l’enveloppe supplémentaire de 120 millions d’euros pour l’entretien des routes débloquée au début de l’année, les élections municipales de 2019, etc., créeront un contexte économique plus favorable qui devrait soutenir notre activité jusqu’en 2018 au moins. Les acteurs publics représentent désormais 66 % de notre clientèle, contre 70 % en 2008. Mais l’activité des acteurs privés, elle, reste bien orientée.

Quels sont les leviers de croissance ?

L’entretien du réseau reste notre cœur d’activité. Quelques opérations de modernisation sont réalisées, mais elles restent hélas très limitées. Il faut compter sur l’innovation technique qui permet de mieux répondre aux attentes des collectivités : faire mieux avec moins. Les projets de route solaire ou de « cinquième génération » sont porteurs d’avenir, à la condition toutefois qu’ils restent financièrement abordables. Enfin, les problématiques liées au développement durable sont des opportunités pour les années à venir, notamment en matière de recyclage.

Propos recueillis par A. Laurent
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