Architecture Technique Infrastructures

La route solaire entre en piste

Mots clés : Chaussée - Electricité - Réseau routier

Des projets de recherche français et internationaux visent à produire de l’électricité via les chaussées.

Et si la route produisait de l’électricité renouvelable ? Il semble aujourd’hui que les besoins des populations mondiales en énergie soient si élevés qu’il faille désormais utiliser les infrastructures de transport pour produire de l’énergie électrique.

En complément des indispensables politiques et démarches – collectives et individuelles – de réduction de la consommation énergétique, plusieurs projets alternatifs de production d’énergie « durable » émergent depuis quelques années. Parmi eux : la « route solaire ». L’un des objectifs de cette infrastructure de nouvelle génération est de capter l’énergie naturelle du soleil pour produire de l’électricité en utilisant la surface disponible offerte par les chaussées. Au milieu des années 2000, un couple d’Américains, originaires de Californie, Julie et Scott Brusaw, créait une start-up, dénommée « Solar Roadways ». La route solaire était née. Leur invention ? Une route constituée de trois couches : une surface en verre résistante, translucide et imperméable ; des panneaux solaires connectés entre eux ; et, sous ce dispositif, une couche isolante en matériaux recyclables. Les époux Brusaw espèrent – toujours – récolter plus d’un million de dollars pour développer leur innovation. Ils misent notamment, pour ce faire, sur le financement participatif, via la plate-forme en ligne Indiegogo. En 2009, le ministère américain des Transports, qui a officiellement donné son aval au concept « Solar Roadways », a apporté aux inventeurs californiens un soutien financier de 100 000 dollars.

Piste cyclable photovoltaïque.

En Europe aussi les projets de route solaire fleurissent. Depuis novembre 2014, une piste cyclable photovoltaïque est en phase de test à Krommenie, au nord-ouest d’Amsterdam (Pays-Bas). Baptisée « SolaRoad », cette voie de 70 m de long, constituée de modules en béton recouverts de panneaux solaires, affiche un rendement annuel moyen de 70 kWh/m². L’expérimentation court jusqu’en 2017.

En France, Colas a lancé, en octobre dernier, sa solution Wattway : des dalles photovoltaïques très fines (des éléments de 1,7 m par 70 cm, constitués d’une feuille de silicium polycristallin) protégées par un revêtement routier spécial (composé de débris de verre recyclés mélangés à une résine translucide). Collées directement sur la chaussée, ces dalles sont capables, selon la filiale routière de Bouygues, de supporter tous les types de trafics, tout en affichant un rendement énergétique proche de celui des panneaux solaires classiques (15 %). « D’ici la fin de l’année 2017, nous aurons lancé cent chantiers expérimentaux à travers le monde pour tester notre innovation dans différentes conditions et pour divers usages, sur des surfaces de 20 à 100 m² », indique Jean-Charles Broizat, directeur de l’entité du groupe dédiée au développement et à la commercialisation de Wattway.

Route solaire hybride. Avec son réseau routier d’un million de kilomètres, la France se prend à rêver du déploiement massif de la route solaire. C’est en tout cas le souhait de Ségolène Royal. Lors de la COP21, en décembre dernier, la ministre de l’Environnement avait annoncé le lancement officiel d’un « plan national des routes » visant notamment, en cinq ans, à couvrir 1 000 kilomètres de routes françaises de panneaux photovoltaïques.

L’Institut français des sciences et technologies des transports, de l’aménagement et des réseaux (Ifsttar) a également fait de la « route à énergie positive » l’un de ses axes prioritaires de recherche. L’institut travaille actuellement au concept de route solaire hybride, photovoltaïque et thermique. L’idée est d’optimiser l’utilisation de l’énergie solaire pour produire à la fois de l’électricité et de la chaleur. Le plus par rapport à la route solaire ? Une couche d’enrobé poreux, parcourue par un fluide et placée sous le dispositif capteurs solaires/enrobé semi-transparent, permet de collecter la partie non utilisée du rayonnement solaire sous forme d’énergie thermique. Une idée lumineuse ? L’avenir le dira…

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« La route solaire est une fausse bonne idée aujourd’hui »

Richard Robert, directeur de Paris Tech Review, spécialiste des politiques publiques

Que pensez-vous du concept de route solaire ?

Par rapport à d’autres technologies destinées à capter l’énergie du soleil pour produire de l’électricité, le concept de route solaire n’en est encore qu’au stade expérimental. Il s’agit d’une technologie émergente. Plus exactement, sa généralisation sur le réseau routier reste problématique à l’heure actuelle. La route solaire pourrait avoir un intérêt dans vingt ans, mais pas dans l’immédiat. Elle s’avère en effet six fois plus chère que d’autres technologies aujourd’hui matures et elle ne répond pas vraiment à l’urgence climatique. A contrario, des ombrières photovoltaïques installées sur des parkings peuvent produire de l’électricité tout en luttant contre l’effet d’îlot de chaleur urbain. De même, les fermes photovoltaïques, en plus d’avoir une empreinte surfacique réelle marginale, peuvent contribuer à protéger des surfaces dévolues à l’élevage et au maraîchage, par exemple. Elles peuvent aussi, quand elles flottent sur des plans d’eau, limiter l’évaporation des réserves d’eau douce et la prolifération des algues vertes. On le voit, avec l’énergie solaire, la gestion de l’espace disponible devient une vraie question.

Que pensez-vous des 1 000 kilomètres de route solaire annoncés par Ségolène Royal ?

S’il s’agissait d’une décision politique destinée à créer une véritable filière photovoltaïque sur le long terme en France – avec un intérêt à l’export notamment -, ces 1 000 kilomètres de route solaire auraient du sens. Mais ce n’est pas le cas. Pour preuve, le ministère de l’Industrie a été court-circuité dans cette affaire… En réalité, ces 1 000 kilomètres ne répondent qu’à une logique d’affichage – autrement dit un coup de communication ministériel -, davantage qu’à une logique politique.

Quelle aurait été, selon vous, une décision politique appropriée ?

Dans le contexte actuel de pénurie d’argent public, les arbitrages politiques sont déterminants. Pour répondre à l’urgence climatique, il conviendrait plutôt de mobiliser les fonds disponibles pour le déploiement rapide de solutions efficaces à très court terme. Dans cette optique, la route solaire est une fausse bonne idée. Au fond, ce n’est pas cette dernière qui pose problème, c’est la décision politique. D’autres technologies, peut-être moins spectaculaires mais plus intéressantes d’un point de vue à la fois environnemental et industriel, existent aujourd’hui.

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