Architecture Technique Restructuration

La résurrection d’une icône moderne

Au terme de quatre ans de gestation, la Cité de Refuge de l’Armée du Salut retrouve des couleurs…

L’octogénaire est à nouveau pimpante ! Emblématique de l’œuvre de Le Corbusier, la Cité de Refuge (1933) est un impressionnant paquebot de 11 niveaux où « toutes les misères ont la certitude d’être accueillies ». Véritable « machine à guérir », elle proposait notamment – et c’est toujours le cas – hébergement et travail. Pour augmenter sa capacité d’accueil, le Centre Espoir (Candilis & Verrey, architectes), adossé au pignon nord de la Cité, a été ajouté en 1978. L’obsolescence de l’ensemble a amené leur propriétaire à envisager fin 2007 une réhabilitation globale nécessaire à la poursuite du projet social, dans le respect de sa dimension patrimoniale. « Plus qu’une simple restauration à l’identique, il s’agit d’une réadaptation des lieux à l’usage – inchangé – avec de nombreuses contraintes inconnues de Corbu (sécurité, accessibilité, normes d’habitabilité). C’est là tout l’enjeu d’une « conservation active » qui permet de comprendre, valoriser, hiérarchiser et surtout effectuer des choix », estime François Gruson, architecte mandataire de l’opération avec son confrère François Chatillon (ACMH). Lancée en 2011, l’opération visait notamment : la restructuration des dortoirs et des sanitaires collectifs, la création de logements en phase avec les besoins actuels (studios pour célibataires et couples, logements accessibles aux PMR, appartements de trois ou quatre pièces pour des familles) et la restitution des parties inscrites en 1975 à l’Inventaire supplémentaire des monuments historiques (couvertures, hall et escaliers).

Quand corbuséen rime avec cornélien.

Dix-huit mois de travaux auront ainsi été nécessaires pour que le bâtiment retrouve cohérence et lisibilité. Mais, corbuséen rime ici avec cornélien : quelle façade restituer sachant que Corbu lui-même a relooké l’édifice en substituant en 1952 une façade monochrome au mur-rideau vitré (plein sud !) d’origine, abîmé par un bombardement en août 1944 ?

En choisissant de restaurer l’attique dans sa version 1933 avec la façade polychrome version 1961 (châssis vitrés sur allèges pleines et brise-soleil en béton), les architectes ont créé une quasi-chimère qui superpose deux états qui n’ont jamais coexisté. A l’intérieur, les anciens dortoirs ont été transformés en espaces collectifs et en chambres individuelles, avec des modifications parfois inéluctables sur la distribution des lieux. Afin de préserver la structure initiale de Le Corbusier tout en répondant aux exigences du programme, des cloisons-baïonnettes ont été installées. La trame qui en résulte n’est plus d’une fenêtre par chambre, mais de trois fenêtres pour deux chambres, les « cellules » de 11 mètres carrés devenant des studios de 16 mètres carrés avec sanitaires et kitchenette. Corbu oblige : une chambre témoin, mémoire du projet originel, a toutefois été conservée…

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L’ œil de la rédaction.

Toucher à une icône majeure de Corbu est un exercice risqué. Sa restauration, fruit de choix esthétiques et techniques délicats, suscitera la controverse…

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Maîtrise d’ouvrage : Résidences sociales de France (3F). Direction d’établissement : Fondation de l’Armée du Salut. Maîtrise d’œuvre : Opéra Architectes, mandataire (François Gruson et Lynn Pennec), François Chatillon, architecte ACMH. BET : Cotec. Entreprise : Groupement Bateg-Sicra . Surfaces : 5 565 m (Centre Espoir), 7 154 m (Cité de Refuge) . Hébergement : 282 places . Coût total : 29,584 millions d’euros HT.

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Une monographie pour décortiquer la Cité de Refuge

L’importance patrimoniale de la Cité de refuge dans l’architecture du XXe siècle – et dans l’œuvre de Le Corbusier – ainsi que l’ampleur et la complexité du chantier de restauration, rendaient indispensable cette monographie. Ses auteurs, Olivier Chadoin et Gilles Ragot, ont mené un important travail de recherche dans les archives de la Fondation pour raconter ici l’histoire architecturale et sociale du bâtiment et documenter, pas à pas, sa lente renaissance afin d’expliciter les choix effectués par les architectes qui y ont présidé.

« La Cité de Refuge. L’Usine à guérir », par Olivier Chadoin et Gilles Ragot, 22 x 28 cm, 244 pages, 245 illustrations, 35 €. Editions du Patrimoine.

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