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« La rénovation énergétique est le levier de réduction du CO2 le moins coûteux »

Mots clés : Efficacité énergétique

Entretien avec Louis-Gaëtan Giraudet, chercheur à l’École des ponts ParisTech et au Centre international de recherche sur l’environnement et le développement (Cired).

Depuis les années 1990, la réglementation sur les performances énergétiques des bâtiments se renforce. Louis-Gaëtan Giraudet étudie les politiques publiques de maîtrise de l’énergie en vigueur dans le secteur de la construction, sous un angle économique. Il revient sur les motivations des gouvernements successifs et les choix qui en découlent.

D’un point de vue économique, quels arguments justifient une intervention publique en faveur des rénovations énergétiques ?

En tout premier lieu, la lutte contre le changement climatique. Des études ont été menées pour évaluer le coût des différents leviers de réduction des émissions de CO2. Parmi les plus abordables figure la rénovation énergétique des bâtiments. Les pouvoirs publics doivent donc agir en priorité dans ce domaine. Cependant, malgré la rentabilité de ces opérations, leur rythme est bien inférieur aux attentes. Dans ce secteur, l’État intervient sur deux fronts simultanément. En cohérence avec sa politique environnementale, il soutient les rénovations énergétiques. Toutefois, pour que ce soutien soit efficace, il doit également résoudre les défaillances du marché de l’efficacité énergétique (concurrence déséquilibrée, information imparfaite des consommateurs et des entreprises…).

A vos yeux, ce défaut d’information du client est souvent sous-estimé

Prenons l’exemple d’un chantier d’isolation. Sans un recours à un audit de contrôle, le client ne peut pas évaluer la qualité de la réalisation. Dans ce contexte d’incertitude, son principal critère de choix sera le prix. La concurrence pousse donc l’artisan à rogner sur la qualité de son offre pour soumettre un devis moins onéreux. Ainsi, en l’absence de toute régulation, les performances des rénovations demeureront inférieures aux attentes des propriétaires, et certains renonceront à investir.

Quelles mesures pourraient combler cette lacune?

Conditionner le versement des aides publiques à la possession d’un label « reconnu garant de l’environnement » (RGE) est une approche intéressante. Elle concilie les objectifs environnementaux et la résolution des problèmes d’information. Les certifications signalent les bonnes compétences de l’artisan, à condition que celles-ci soient contrôlées régulièrement. Le Plan Bâtiment durable réfléchit aussi à deux systèmes de garanties contractuelles. La garantie de performance énergétique intrinsèque (GPEI) porte sur une consommation d’énergie conventionnelle qui est calculée à la fin des travaux à partir de mesures de contrôle. La garantie de résultat énergétique sur l’usage (GRE), elle, porte sur la consommation réelle après réception. Elle introduit une incertitude pour le professionnel : comment être certain qu’un occupant ne dépasse pas délibérément les limites ? Il est donc nécessaire d’introduire dans le contrat une clause équivalente aux franchises des contrats d’assurance, avec un partage des frais entre les parties en cas de surconsommation. Ainsi, la GRE semble plus adaptée au secteur tertiaire, où le comportement des usagers est moins susceptible de changer après une rénovation. 

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ENCADRE

265 000 logements du parc privé ont connu une rénovation thermique en 2013.

5 210 euros par logement ont été investis en moyenne dans ces opérations.

1,4 million de ménages ont reçu une aide à la rénovation en 2013.

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