Territoires Aquitaine Limousin Poitou-Charentes

« La région ne financera plus hors de sa compétence »

Alain Rousset, président de la région Aquitaine Limousin Poitou-Charentes

Le président PS de la grande région issue des trois anciennes collectivités fusionnées évoque les atouts de la nouvelle entité mais aussi les soucis budgétaires rencontrés.

Quels sont les atouts de la nouvelle région que vous souhaitez développer en priorité ? La formation est-elle un enjeu de votre mandat ?

La première richesse de la région, c’est sa diversité, aussi bien naturelle qu’économique. Aux grandes filières aéronautique, agroalimentaire, nautique, s’ajoutent le bois, le tourisme, et des filières émergentes, que nous avons anticipées et soutenues : la silver économie, le numérique (50 % de l’e-santé est située dans la région Aquitaine), l’optique et le laser, que nous avons développés avec le CEA et qui sont au XXIe siècle ce que l’électronique était au XXe.
Un des critères sur lesquels on peut agir est la compétitivité ; sur la base d’un cas concret qui est l’usine Turboméca de Bordes que l’on a reconstruit, qui a investi et s’est développée. L’usine du futur, ce n’est pas seulement un bâtiment, c’est une communauté d’hommes et de femmes. Si les conditions de travail sont améliorées, la productivité explose, parce qu’elle est modernisée, numérisée, robotisée, parce qu’on a réfléchi au process. Nous avons dégagé 20 millions d’euros et déjà aidé 220 usines du futur. Nous en sommes au troisième appel à manifestation d’intérêt. Cette région a un vrai avenir industriel.

La région Poitou-Charentes a connu quelques soucis de budget. Quelle conclusion tirez-vous de l’audit financier ?

L’audit financier confirme le constat de mes équipes : 132 millions d’euros de factures impayées, qui ont à ce jour été réglées, la présence de prêts structurés, qu’il va falloir très vite renégocier avec l’aide de Bercy. L’accumulation de politiques volontaristes, séparément intéressantes, ont produit une bulle qu’on ne peut financer. S’y ajoute la croissance des frais de fonctionnement internes, qui ont contraint Poitou-Charentes, privée de capacité d’autofinancement, à s’endetter.
Nos choix sont simples : arrêter les politiques spécifiques de Poitou-Charentes qui ne sont plus soutenables, comme par exemple le programme 10 000 toitures (passé à 19 000), ou le fonds d’initiative locale d’aide aux petites communes qui est passé de 9,3 millions d’euros en 2014 à 25 millions en 2015.
Notre budget 2016 recourt un peu plus à l’emprunt, mais nous avions un airbag d’autofinancement, et une capacité de désendettement de trois ans en Aquitaine. En absorbant la dette poitevine, notre capacité de désendettement passe à 4,5 années, en incluant leur crédit-bail sur vingt ans des TER.
Notre intervention est un fusil à un coup. Je ne suis pas bien sûr que les élus poitevins aient eu toute l’information sur cette dérive. Courant 2016, nous aurons élaboré un plan pluriannuel d’investissement, et d’ici à 2017, nous aurons reconstitué une capacité d’épargne, et donc de financement de l’investissement. Les lycées, les centres de formation d’apprentis (CFA), la formation professionnelle et les TER restent une priorité pour nous. Mais la région ne financera plus ce qui est hors de sa compétence.

Quelle est votre stratégie de commande publique ?

En matière de commande publique, nous pratiquons l’allotissement. Les macros lots, les partenariats public-privé (PPP) ne s’adressent qu’aux grands groupes. Or toute notre politique soutient d’abord les PME. L’ETI du bâtiment est une entreprise essentielle, non délocalisable, avec des compétences, une capacité d’innovation. Derrière l’exigence environnementale et de bien-être, il y a des technologies qui forment les entreprises aux métiers de demain. Ajoutons le côté exemplaire, avec le premier lycée à énergie positive de France à Bègles, suivi de celui de Bergerac.

Avez-vous une idée pour le nom de la grande région ?

Mon souci est de ne pas brutaliser le choix du nom. Prenons le temps. J’ai mis en place un groupe indépendant d’élus, de communicants, d’enseignants, présidé par une historienne, pour aller sur le terrain, consulter, apporter quelque chose de logique. L’histoire de cette région, c’est le périmètre du duché d’Aliénor d’Aquitaine. Il est vrai que dans les milliers de réponses sur le site que nous avions créé, le nom d’Aquitaine revient.

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La capacité d’investissement demeure

« Les soldes intermédiaires de gestion consolidés des trois régions figurent parmi les meilleurs de France », nous apprend l’audit financier des trois régions fusionnées. Mais le péril est ailleurs : « Entre 2013 et 2015, l’épargne de gestion s’est dégradée de – 17 % et la capacité de désendettement passe de 2,3 ans en 2013 à 4 ans en 2015, 4,5 années en prenant en compte les crédits-bails de la région Poitou-Charentes. La situation consolidée souligne une progression des dépenses de fonctionnement et d’investissement dans un contexte de baisse des recettes, notamment des dotations de l’Etat (DGF). La nouvelle région devra prendre les mesures nécessaires pour maîtriser cette dégradation : l’effet ciseau entre les dépenses et les recettes de fonctionnement ne pourra se poursuivre au-delà de deux à trois ans sans que les ratios n’atteignent des seuils critiques. » La capacité d’investissement demeure, avec 773,9 millions d’euros de dépenses d’investissements cumulées en 2015.

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