Architecture Chantier

La prison se refait une Santé

Mots clés : Établissements pénitentiaires et judiciaires - Risque sanitaire

Datant du XIXe siècle, l’établissement pénitentiaire parisien s’offre une nécessaire cure de travaux.

Edifiée de 1861 à 1867, la prison de la Santé (Paris XIVe ) répondait aux critères modernes et progressistes des lieux d’enfermement. Son architecte, Emile Vaudremer, Grand Prix de Rome, conçoit un dispositif parfaitement intégré au site, en quasi-périphérie du Paris de l’époque.

Sur ce terrain de 2,8 hectares en forte déclivité, l’architecte conçoit deux bâtiments distincts selon deux concepts : le quartier haut est constitué de plusieurs bâtiments longitudinaux autour de cours, réservés aux condamnés, qui y partagent de nombreuses activités. Le quartier bas accueille un bâtiment en croix, formé de quatre ailes centrées autour d’une rotonde couverte d’un dôme : les prévenus sont à l’isolement quasi total en attendant leur jugement.

Plus d’un siècle après, la prison de la Santé devait se remettre aux normes. Au terme de discussions entre le ministère de la Justice, la mairie de Paris et l’architecte des bâtiments de France, le choix s’est porté sur la démolition du quartier haut et la conservation ainsi que la rénovation du quartier bas. En 2013, après un dialogue compétitif avec plusieurs groupements, le maître d’ouvrage a signé un partenariat public-privé avec le groupement Quartier Santé, emmené par GTM Bâtiment. Deux contraintes pesaient sur le site. La première était liée au sous-sol, constitué d’anciennes carrières sur deux niveaux. La seconde tenait à son extrême exiguïté, car l’établissement est bordé de toute part de rues passantes. Ainsi, sous le contrôle de l’Inspection générale des carrières, l’ensemble du site, après avoir été analysé, a été conforté (lire ci-dessous) .

Immense paquebot. Le quartier haut, une fois reconstruit, abritera divers espaces : des cellules individuelles, mais aussi tout un monde souterrain (salles communes, couloirs, équipements collectifs… ). En somme, le nécessaire à la marche de l’établissement, qui ressemble à s’y méprendre à un immense paquebot. Les parties en sous-sol, souvent de très grands volumes, comme le gymnase, sont réalisées avec des parois coulées en place de grande hauteur, presque 9 m de hauteur dont 7,5 m apparents. A cette démesure répond un système de poteaux-poutres précontraints (KP1) dont certaines ont presque 20 m de portée. Le quartier bas « historique » est, lui, constitué de près de la moitié des cellules individuelles de la maison d’arrêt, ainsi que de plusieurs salles de sports et parties communes.

La prison de la Santé accueillera aussi un quartier de semi-liberté, qui sera isolé du reste de l’établissement pénitentiaire, par un mur interne, et bénéficiera de sa propre entrée, le long du haut mur d’enceinte extérieur. L’architecture y sera plus urbaine, « ouverte » et moins austère, avec une typologie proche des immeubles alentour, malgré les hauts murs d’enceinte. L’ensemble de la nouvelle prison, de 50 000 m² au total, pourra accueillir 808 détenus à partir de la fin 2018.

2,8 hectares : superficie foncière.

50 000 m2 : surface des bâtiments.

40 000 m3 de béton en sous-œuvre et 20 000 m3 en surface.

PPP (maintenance sur 25 ans).

Contractants : affectataire : ministère de la Justice, direction de l’administration pénitentiaire. Mandataire du ministère de la Justice : Agence publique pour l’immobilier de la justice (Apij). Maîtrise d’ouvrage : société de projet Quartier Santé composée de GTM Bâtiment, Gepsa et 3 I / Adim Paris IdF (mandataire opérationnel).

Maîtrise d’œuvre : Vurpas Architectes (mandataire), AIA Architectes et AIA Studio Paysages. Constructeur : Bateg (Vinci Construction France). Durée : du 2e trimestre 2015 à juin 2018. Budget : 170 M€ TTC.

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Fondations - Du coulis de ciment à haute dose

Le site reposant sur deux niveaux de carrières, la première étape fut de combler le chemin de ronde afin d’assurer les rotations des camions de démolition. Le principe de comblement consistait à réaliser des forages, selon un maillage prédéfini, afin d’y descendre des tubes PVC qui permettent d’injecter gravitaire-ment un coulis de ciment. Puis, un clavetage sous pression a été réalisé pour combler les dernières parties de vide des carrières. Afin de contenir le coulis de ciment dans l’emprise du chantier, une barrière étanche a été réalisée sous le mur d’enceinte. Celle-ci consistait à resserrer le maillage des forages avant l’injection d’un coulis plus solide. Ainsi, le terrain a pu être comblé tout en maîtrisant les quantités de coulis de ciment (40 000 m3 au total).

Sous les bâtiments existants, les forages ont été exécutés, pour partie, en biais depuis l’extérieur afin de couvrir l’ensemble de la surface et d’optimiser les cadences de comblement. Après cette opération, le mode constructif imposait de fonder l’ensemble des bâtiments nouveaux sur des pieux : 492 pieux d’environ 20 m ont été réalisés sous les bâtiments du quartier haut et 73 micropieux en zones réhabilitées.

Il aura fallu près de cinq mois pour démolir l’ensemble des bâtiments de l’ancien quartier haut, puis environ six mois pour réaliser l’ensemble des fondations profondes. Le quartier bas, a lui aussi dû être consolidé en sous-œuvre, par l’injection de coulis de ciment. Il a fait l’objet de reprises de certaines de ses fondations, notamment sous les murs périphériques, afin de permettre la création de locaux en sous-sol intégrant l’ouverture de baies en façades. Quatre mois par aile de bâtiment ont été nécessaires à ces opérations.

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Voûte sarrasine - La lumière puisée à la source

Deux ailes du quartier bas ont un dispositif de nef particulier : en effet, une grande voûte sarrasine s’étend sur toute la longueur, jusqu’à une rotonde centrale, cœur névralgique du système. Cette longue voûte, construite en briques, s’amincit dans sa partie centrale et accueille à intervalles réguliers des puits de lumière.

Afin d’améliorer l’apport en lumière naturelle, l’un des points directeurs du projet architectural, plusieurs puits complémentaires ont été créés. Les voûtes ont été évidées en leur centre sur 2 m environ, puis les tympans ont été réalisés en structure à ossature bois, ce qui a permis l’intégration de nouveaux châssis vitrés. Enfin, l’ensemble de la voûte a été enduit de plâtre parfaitement blanc, ce qui donne au lieu une impression de grande clarté et un très grand volume.

En effet, pour des raisons de sécurité et de surveillance, chaque bâtiment s’élève de fond en comble jusqu’à la voûte, l’œil n’est arrêté que par les coursives donnant accès aux niveaux de cellules.

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Cellules - Des ouvertures sur tabourets

La réhabilitation du quartier bas impliquait de nouveaux gabarits pour les cellules des détenus, de 7 m² auparavant, à 9,5 m², permettant une amélioration du confort. Ainsi, trois cellules ont été regroupées pour n’en constituer que deux individuelles, avec en plus, la création d’un petit local technique (uniquement accessible au personnel pénitentiaire) entre les deux. Chaque cellule étant séparée par un mur de refend, et non par une simple cloison, les équipes ont dû recréer des linteaux en béton armé. La démolition sommaire d’une petite partie d’un mur a été suivie par la mise en place de plusieurs tabourets métalliques de 40 cm de hauteur environ, et séparés d’autant, afin de reprendre les charges des étages supérieurs. Cela a permis d’ouvrir le mur de refend afin de réaliser les poutres de reprise. Le ferraillage a pu être réalisé entre ces tabourets, puis, après coffrage, la poutre en béton a pu être coulée. Cette dernière, reprenant toutes les charges, a permis d’évider le mur du dessous et de mettre en liaison les anciennes cellules entre elles pour les agrandir.

Ce système, bien que classique, a nécessité de grandes précautions, du fait de la qualité des anciens murs (de la meulière) et de leur épaisseur, (60 cm par endroits) hors norme. Plus spectaculaire a été son emploi en sous-sol, afin de créer de grandes salles communes pour le sport : les poutres se développent sur toute la longueur des murs de refend et de façades. En complément, il a fallu décaisser sur près de 2 m une grande partie des sous-sols, au début manuellement puis à l’aide d’une petite pelle sur chenilles, pour obtenir une hauteur acceptable dans ces nouveaux locaux. Une opération délicate menée sur quelques mois afin de réaliser plusieurs centaines de nouvelles poutres, à la fois entre les cellules et en sous-sol.

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« Créer des lieux de respiration et des ouvertures vers le ciel »

« Ce site a traversé le temps, il a près de 150 ans. Quelle démarche apporter pour trouver cette même durabilité, avec une économie de matériaux, une simplicité… Quelle pouvait en être la traduction architecturale pour rester dans ces valeurs ? Les espaces sont pensés pour conserver les volumes simples de la prison du XIXe siècle, répartis le long des deux axes principaux répondant à la trame urbaine et au mur d’enceinte.

Nous avons souhaité créer des lieux de respiration et des ouvertures vers le ciel et les arbres, si proches malgré les contraintes de gabarits et de sécurité. C’est aussi ce qui a guidé le choix des matériaux : des façades en panneaux de béton teintés, offrant trois rendus différents. Un béton au ton de pierre, des panneaux en béton sablé pour les cours et les chemins de ronde, et un béton plus brut. Couleur et éclairage changent, ce qui enrichit la perception des lieux. »

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