Territoires Monaco

La Principauté lance son extension en mer à deux milliards d’euros

Sept ans après l’abandon d’un précédent projet en raison de la crise (15 ha, 250 000 m² de plancher, un coût de 5 milliards d’euros), Monaco s’apprête à engager une nouvelle urbanisation en mer, au droit de l’Anse du Portier. Le traité de concession, après un an et demi de discussion et mise au point avec Bouygues TP, associé à plusieurs entreprises monégasques, a été signé fin juillet. L’ambition affichée aujourd’hui par la Principauté, qui a déjà gagné plus de 40 ha sur la mer, est celle d’une extension limitée (6 ha), s’intégrant harmonieusement à la façade littorale et prenant fortement en compte les contraintes environnementales. « Le site retenu n’empiète ni sur la réserve marine du Larvotto, ni sur l’aire protégée du Tombant coralligène des Spélugues. La forme de l’extension sera aussi adaptée à l’écoulement du courant près de la côte », relève le ministre d’Etat, Michel Roger. Idem pour la future plate-forme : si sa conception reste traditionnelle – un terre-plein en remblais, protégé par une ceinture de caissons -, sa réalisation doit en faire un chantier modèle. Il sera essentiellement réalisé par voie maritime, avec beaucoup de précautions au niveau du dragage des sédiments et du remblaiement, afin de limiter la turbidité.

Respect du trait de côte

Le programme immobilier comporte 60 000 m² de plancher, sous la forme de logements de très grand luxe, de commerces et d’équipements publics : extension du Grimaldi Forum sur 3 500 m², création d’un parking public et d’un petit port de plaisance d’une trentaine d’anneaux. Là encore, beaucoup de soin a été apporté à la conception urbanistique du projet, avec de grands architectes dans le groupement : Renzo Piano, Denis Valode et Michel Desvigne, associés au Monégasque Alexandre Giraldi. « Tout notre travail a consisté à faire de cette extension quelque chose qui ait l’air naturel », avance Denis Valode. De fait, le bâti s’organise sur le tracé du rivage en une succession d’îlots, dont la hauteur des bâtiments augmente progressivement : des villas au sud, puis des petits immeubles face à la mer, et enfin, un immeuble de grande hauteur (60 m) dans la zone du port. « Ce sera un bâtiment fragmenté, léger et transparent, semblant flotter sur l’eau », note Renzo Piano. Ces constructions vont se fondre dans des jardins et un parc végétalisé d’un hectare, en forme de colline et en connexion avec la ville.

Dix ans de travaux.

Les travaux devraient démarrer à l’automne 2016 pour un achèvement de l’infrastructure en 2020. Les premiers bâtiments seront livrés en 2022 et l’achèvement complet du projet est prévu en 2025. Signe de la valeur du foncier à Monaco, le financement sera totalement pris en charge par le groupement avec un coût évalué à deux milliards d’euros, dont un milliard d’euros pour la seule plate-forme. « Le traité prévoit que l’Etat monégasque récupère les équipements publics, soit un demi-milliard d’euros plus une redevance financière forfaitaire », précise Michel Roger. Il restera ensuite au groupement à se rémunérer avec la vente des programmes immobiliers, réalisés sur ces précieux terrains gagnés sur la mer…

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ENCADRE

Des mesures environnementales fortes

« Nous allons mettre en œuvre sur cette opération toute l’expérience acquise dans nos grands projets d’extension en mer, comme Hong Kong et Tanger », souligne le P-DG de Bouygues Construction, Philippe Bonnave. Essentiellement réalisée par voie maritime, l’infrastructure va nécessiter la construction de 18 caissons à Fos-sur-Mer de 26 m de haut et 10 000 t chacun dans une structure métallique flottante (un caissonnier), avant d’être remorqués jusqu’à Monaco. Les travaux de dragage de vases polluées seront réalisés à l’aide d’une pelle hydraulique, équipée d’une benne étanche, et les sédiments seront aspirés sans rejeter l’eau pour contrôler la turbidité. Les matériaux de remblaiement (1,5 million de m3) issus de carrières seront stockés et lavés dans le port de Toulon avant d’être acheminés par navire, puis déposés au fond de l’eau. Pour le remblaiement du terre-plein (600 000 m3 de sable venu de Sicile), l’eau de décantation sera également repompée par la drague.

ENCADRE

Maître d’ouvrage : Sam Anse du Portier. Constructeurs : Bouygues TP, Bouygues Bâtiment Sud-Est, Engeco, JB Pastor et Fils, Michel Pastor Group, Smetra, Satri. Concepteurs : Alexandre Giraldi, Denis Valode, Michel Desvigne, Renzo Piano. BET : Egis, Elan, Tractebel Engineering, Andromède Océanologie, Danish Hydraulic Institute.

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