Architecture Génie civil

La porcelaine, une affaire qui roule

Mots clés : Chaussée - Entreprise du BTP - Travaux publics

Le groupe Colas teste à Limoges un enrobé aux propriétés réfléchissantes remarquables, qui intègre des rebuts de l’industrie porcelainière.

La porcelaine ne sert pas qu’à fabriquer de la vaisselle ou des sanitaires. Le matériau entre dans la composition d’un enrobé testé actuellement sur une portion de route de 100 mètres à Limoges. Cette nouveauté prometteuse, qui présente les mêmes caractéristiques qu’un revêtement classique et utilise des ressources locales, a la propriété de réfléchir la lumière. Elle s’avère en outre aussi simple de fabrication qu’un revêtement standard : 30 % du granulat est simplement remplacé par de la porcelaine concassée en morceaux d’une taille d’un centimètre maximum. Le défi consistait à trouver le dosage d’« or blanc » suffisant pour amplifier la lumière de l’éclairage public, afin de faire baisser l’intensité de ce dernier, et donc la consommation d’électricité. A l’origine de cette expérience, la participation en 2014 de l’agglomération de Limoges au test du procédé Lumiroute développé par Malet, Thorn et Spie Batignolles Energie. La mise en œuvre de cet enrobé à granulat clair avec un éclairage led de faible intensité a dès ses premiers mois permis une économie de 60 à 70 % en éclairage public. Forte de ce constat, la collectivité a demandé à ses partenaires de développer un enrobé aux propriétés similaires en faisant appel aux ressources de son territoire.

Economie circulaire. « La porcelaine étant très lisse, le travail en laboratoire a consisté à tester les propriétés de ce nouvel enrobé en termes de glissance, et aussi de dureté », explique Jacques Sénant, chef de l’agence de Condat-sur-Vienne chez Colas, qui a piloté le projet avec l’agglomération de Limoges. Le défi a été relevé sur le plan technique mais aussi économique, puisque la porcelaine utilisée est issue des rebuts de l’industrie. « Il s’agit d’une économie circulaire, on réemploie un matériau qui n’était jusqu’alors pas valorisé », s’enthousiasme le responsable.

L’enrobé à base de porcelaine présente toutefois un coût de fabrication environ trois fois plus élevé qu’un enrobé standard. Par ailleurs, ses possibilités de développement sont limitées au stock de rebuts disponible, soit 200 à 300 tonnes annuelles. Chez Colas, on se veut cependant optimiste : « Non seulement la généralisation du procédé va mécaniquement faire baisser son prix, mais en outre le gisement de porcelaine peut être étendu à un périmètre plus large que l’agglomération de Limoges. »

Le procédé pourrait permettre d’économiser jusqu’à 50 % d’éclairage public.

Une surface polie par le trafic automobile. Le surcoût de fabrication ne semble pas effrayer la collectivité, qui espère le compenser – voire davantage – en faisant des économies d’énergie. En effet, les premiers résultats montrent qu’avec le passage des automobiles, la porcelaine qui se trouve à la surface de l’enrobé se polit et que sa blancheur réfléchit alors parfaitement la lumière. « Pour nous, c’est un plus en termes de sécurité, puisque cela signale la zone à l’automobiliste, mais aussi en termes de dépenses énergétiques, puisqu’à terme nous espérons économiser jusqu’à 50 % en éclairage sur les zones dotées de ce procédé », explique Carole Cheucle, directrice générale adjointe du pôle infrastructures et ressources techniques de Limoges Métropole.

Le revêtement ayant démontré son efficacité en matière de sécurité routière, l’agglomération vient de lancer un appel d’offres pour confirmer son potentiel sur le plan des économies d’énergie. Elle entend à partir de cet été équiper une route neuve de 500 mètres, en la dotant cette fois d’un éclairage constitué de lampadaires plus espacés à technologie led, dont l’intensité peut être ajustée beaucoup plus finement.

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Vers des revêtements à base de cristal photoluminescent ?

Depuis un an et demi, le groupe Colas à Limoges travaille avec une entreprise locale, la cristallerie de Saint-Paul, à Condat-sur-Vienne. A l’origine tournée vers l’industrie de la porcelaine pour laquelle elle fabriquait émaux et pigments, cette dernière a investi le secteur de l’innovation. C’est ainsi qu’elle a mis au point le procédé Soyer Lumin Max, consistant à ajouter à un cristal un pigment aux propriétés photoluminescentes. Colas y a vu des débouchés en matière de sécurité. Aussi est-il actuellement testé dans ses laboratoires en peinture de revêtement, petits pavés, gravillons et même granulat.

Le produit capte la lumière du jour et la restitue la nuit.

Il sera de fait proposé en test sur des portions dépourvues de tout éclairage public, telles les berges de rivières.

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