Architecture Exposition

La musique des paraboloïdes hyperboliques

Mots clés : Architecte - Manifestations culturelles

« Résonances », à l’Espace Callot (Paris VIe ), met en lumière trois projets de Iannis Xenakis, ingénieur, architecte et compositeur.

« L’architecture, la musique, les mathématiques, la nature, le cosmos et la philosophie étaient réunis en permanence dans son esprit », confie Mâkhi Xenakis, fille du compositeur et architecte d’origine grecque Iannis Xenakis (1922-2001). A son arrivée en France en 1947, celui-ci intégra l’atelier de Le Corbusier avec qui il réalisa, entre autres, le couvent de la Tourette à Eveux-sur-l’Arbresle (Rhône), le palais de l’Assemblée à Chandigarh (Inde) et la Maison de la culture et de la jeunesse à Firminy (Loire). En parallèle, il s’investit dans la création d’œuvres musicales.

Ses recherches sur les sons « à variation continue » l’orientèrent en architecture vers des structures géométriques générées par des lignes droites, des surfaces dites « réglées ». Trois de ses projets, particulièrement emblématiques, sont actuellement présentés à l’Espace Callot (1). Ils ont été sélectionnés par trois étudiants de l’école d’architecture Paris-Malaquais, Ava Rastegar, Elsa Lebrun et Alexandre Atamian, qui ont passé un été chez Mâkhi Xenakis à scanner 4 000 documents issus de ses archives.

Commandé à Le Corbusier pour l’Exposition universelle de Bruxelles en 1958, le pavillon Philips doit révéler au grand public les dernières innovations audiovisuelles. Son créateur propose de créer un volume sculptural où se mêlent « lumière, couleur, image, rythme, son et architecture ». Projections de photos, éclairages et diffusion d’une œuvre électroacoustique ( via 350 haut-parleurs disposés sur l’enveloppe intérieure) offrent au visiteur une expérience immersive. Xenakis joue un rôle fondamental dans sa conception. Il utilise des surfaces réglées à double courbure inversée, transcription spatiale des glissandi de sa partition « Metastasis ». Avec leurs lignes directrices en tiges d’acier et leurs lignes génératrices en fil blanc, les maquettes élaborées par les étudiants pour l’exposition traduisent ce processus. Formé de paraboloïdes hyperboliques (PH) autoportants, le pavillon Philips est construit en voiles minces de béton précontraint, épais d’à peine 5 centimètres. Le Corbusier commande un « Poème électronique » à Edgar Varèse et un interlude musical à Xenakis, « Concret PH », pour accompagner l’entrée et la sortie du pavillon.

Un projet pour la Cité de la musique. En 1978, les visiteurs se pressent pour assister au spectacle sonore et visuel imaginé par le compositeur dans le Diatope, un pavillon itinérant installé sur le parvis du Centre Georges-Pompidou pour son ouverture. Trois paraboloïdes hyperboliques sont dressés à l’aide d’une toile plastifiée rouge tendue sur une ossature métallique où sont accrochés 1 680 flashs, 400 miroirs et quatre faisceaux lasers contrôlés par un ordinateur qui pilote également la diffusion musicale.

Face aux maquettes du pavillon Philips et du Diatope, tous deux démolis, on regrette que l’époustouflant projet élaboré en 1984 par Xenakis et Jean-Louis Véret pour la Cité de la musique, à Paris, n’ait pas été retenu. Aboutissement de ses recherches sur les lieux d’écoute, cette Cité déploie, sous une structure en voiles minces de béton armé, une vaste salle de concert « patatoïde », expérimentale et flexible, avec un sol à relief modifiable, des dispositifs scénographiques modulables, des panneaux acoustiques pivotants et une rampe de circulation en hélice. S’opposant à la tradition de la salle à l’italienne, en écoute frontale, elle aurait permis aux spectateurs d’être immergés dans l’œuvre musicale…

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