Architecture Technique Maisons individuelles

La modularité en ligne de mire

Mots clés : Bâtiment d’habitation individuel - Maison individuelle

Les constructeurs de maisons individuelles adaptent déjà leurs bâtiments aux futures exigences sociétales et environnementales.

Evolution des modes de vie, complément de revenus par la location d’une chambre à un étudiant ou à des touristes de passage, arrivée de l’Internet des objets dans le bâtiment… Ces changements sociétaux ont des conséquences sur la façon de concevoir les logements. Les constructeurs de maisons individuelles sont déjà en train de les anticiper avec la modularité en ligne de mire. Ainsi, aux Demeures de la Côte d’Argent, une marque du groupe Geoxia en Aquitaine, la modularité des usages entraîne une modularité constructive. « Le principe est qu’une maison de 170 m² en R + 1 soit occupée à 100 %, qu’il s’agisse d’un couple sans enfant, d’une famille avec des adolescents épris d’indépendance ou de personnes âgées », indique Cécile Hervé, directrice commerciale de la marque. L’entreprise a donc mis au point la maison Cispéo, conçue pour évoluer avec les occupants tout en respectant l’intimité de chacun. « Le plan étant conçu pour être évolutif, tous les espaces de vie sont conçus sur une trame de 3 m », explique Rémi Fromaget, directeur technique et travaux chez Geoxia. Le rez-de-chaussée s’organise en trois modules, dont un espace tampon central qui assure un accès indépendant à chaque espace.

Pour agrandir la maison, il suffit d’ajouter des modules tridimensionnels pour former le R + 1. Ces nouvelles pièces disposeront d’une salle d’eau et d’un accès indépendant également. « Nous avons imaginé un système de connexion universel, appelé Bâti-clic, afin d’associer facilement des matériaux différents comme le bois, le béton ou le métal », précise Rémi Fromaget. Pour l’instant, ce concept a été proposé à des industriels comme Bio’Bric ou KP1, afin qu’ils s’en emparent.

Ajouter ou reconfigurer.

La modularité est aussi un thème fort pour Alliance Construction, dans les Pays de la Loire. Ainsi, la dirigeante Sophie Baron imagine la maison de demain comme une enveloppe de béton, dans laquelle il sera possible de jouer sur le nombre ou la configuration de modules préfabriqués. Le connecteur universel sera selon elle remplacé par des rails, pour y faire coulisser les modules. « On pourra ainsi ajouter un module pour créer une chambre d’enfant ou reconfigurer un espace en studio et assurer ainsi un complément de revenus au foyer », indique-t-elle.

Si les modules plug & play en logement ne sont pas pour tout de suite, certaines des idées qui les sous-tendent se retrouveront dans l’offre de maisons individuelles d’ici à 2020 au plus tard. Ainsi, chez IGC, constructeur dans le Sud-Ouest, la modularité passe par des espaces ouverts, faciles à reconfigurer. Si les cloisons mobiles et amovibles sont une réponse à ce besoin, cette entreprise travaille sur une modularité plus discrète, basée sur les nouvelles technologies. C’est le cas en particulier de la « douche sonore », ou son directif, qui permet d’avoir différentes ambiances sonores dans un même volume. « Aujourd’hui, cette technologie implique des amplificateurs et des dalles spécifiques à installer dans les parois, c’est-à-dire du matériel réservé aux professionnels », explique Olivier Desbree, directeur général adjoint d’IGC. « Des start-up travaillent pour rendre cette technologie accessible, nous avons d’ailleurs passé des accords de partenariat avec certaines d’entre elles », indique-t-il avant de préciser qu’ils incluent une clause de confidentialité.
Le constructeur travaille également sur la gestion des ambiances lumineuses grâce à la régulation des LED. « Les systèmes intelligents moduleront l’intensité lumineuse en fonction du nombre de personnes, de l’heure de la nuit et des habitudes des occupants », indique le directeur général adjoint, qui explore cette thématique avec Philips Eclairage et Delta Dore. La question de l’énergie concernera tous les équipements de la maison. Le préalable indispensable pour les Demeures de la Côte d’Argent est la sobriété : « Le choix des matériaux est essentiel, rappelle Rémi Fromaget. C’est pourquoi nous parions à moyen terme sur les matériaux à changement de phase et les isolants sous vide qui apporteront de l’inertie à nos modules 3D afin de construire des maisons à énergie positive. »
IGC va même au-delà. L’entreprise a passé un autre accord confidentiel avec une start-up issue du Commissariat à l’énergie atomique (CEA) et qui en exploite 22 brevets. L’objectif est de gérer globalement l’énergie d’une maison individuelle afin d’optimiser la production photovoltaïque en fonction d’usages aussi divers que le chauffage de l’eau chaude sanitaire, les cycles de lavage des appareils électroménager et les futurs tarifs de l’électricité. « Ce dispositif ne sera pas prêt avant cinq ans », estime toutefois Olivier Desbree.
L’enjeu réside donc dans le stockage de l’électricité. « Aujourd’hui, les capacités de stockage garantissent six heures d’éclairage par jour, y compris en hiver, poursuit le DG adjoint d’IGC. Or, ces capacités augmentent régulièrement à coût constant. » Certaines économies seront faciles à réaliser, estime Rémi Fromaget : « En matière d’autoconsommation, il suffira d’utiliser directement le courant continu produit par les panneaux photovoltaïques dans les équipements de la maison pour générer 5 à 7 % d’économie d’énergie. » Le courant alternatif sert en effet à limiter les déperditions lors du transport de l’électricité.
En attendant, des systèmes de régulation en matière de chauffage sont déjà sur le marché. Si les dispositifs existants présentent l’intérêt de sensibiliser aux économies d’énergie, ils ne réalisent pas encore une régulation fine des chaudières. Les constructeurs de maisons individuelles restent donc à l’affût de la prochaine solution technologique sur ce thème. C’est bien aujourd’hui que se conçoit la maison de demain.

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« Le verre est le matériau dont les capacités seront exploitées au mieux »

« Si les vitrages occultants seront réservés dans un premier temps à une clientèle aisée et technophile, le verre connaît déjà des mutations profondes. Nous proposerons bientôt des vitrages chauffants pour la salle de bains, à la place du miroir ou d’une petite fenêtre. Ces éléments apportent le même confort qu’un sèche-serviettes, tout en économisant de la place dans les petits espaces. Par ailleurs, une nouveauté, qui concerne déjà 20 % de nos 1350 livraisons par an, consiste à installer des vitrages différents en fonction de la localisation géographique de la maison et de l’orientation des façades. Nous pouvons ainsi installer des vitrages athermiques, qui vont empêcher la température intérieure d’atteindre des niveaux inconfortables en été. Enfin, une innovation qui sera au catalogue en 2016 va consister à afficher les informations du Web, directement sur un miroir de salle de bains. »

Olivier Desbree, directeur général adjoint chez IGC.

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