Territoires Urbanisme

« La méthode participative est devenue incontournable pour faire la ville »

Mots clés : Urbanisme - aménagement urbain

Questions à Alain Juppé, maire (LR) de Bordeaux, président de Bordeaux Métropole

L’ancien Premier ministre administre la ville depuis 1995 (avec une interruption en 2004-2006). Après la reconquête des quais – son « Guggenheim » -, il poursuit en tant que président de la Métropole le développement de l’agglomération sur ses deux rives. En convoquant de grands urbanistes qui inventent la ville de demain.

Où en sont les projets urbains de la rive droite ?

Le temps de la rive droite est venu. Le nouveau quartier Brazza démarre en 2017. L’urbaniste Youssef Tohmé va y expérimenter des « volumes capables » dont on attend beaucoup. Sur Bastide-Niel, j’ai inauguré les archives municipales, les autres projets suivront. Nous discutons avec Winy Maas, pour aérer un peu son premier projet, très dense. Sur Garonne-Eiffel, nous venons d’attribuer le Belvédère à Nexity, Cogedim et Pitch Promotion. En 2017, tous ces secteurs de la rive droite seront entrés en phase opérationnelle. Je souhaite que sur l’ensemble de ces opérations, il y ait une mise en cohérence des opérations d’urbanisme, menées par de fortes personnalités. Ce sera la mission de l’Atelier Garonne, coordonné par Bruno Fortier, d’harmoniser sans la brider la créativité des architectes, d’harmoniser les volumétries, les hauteurs, les matériaux.

Que pensez-vous de l’évolution des Bassins à flot ?

Le projet n’est pas suffisamment avancé pour porter un jugement, mais je pense que cela va réussir, avec une centralité autour des bassins pour en faire un lieu de vie. Les opérations de logements sont assez denses, mais on peut le comprendre. Refuser l’étalement urbain, c’est accepter une certaine densité. En revanche, l’Unesco va sans doute nous faire abandonner le projet de tour, dont la hauteur a été ramenée à celle des silos avoisinants. Mais il y aura une vie autour des bassins, avec la Cité du vin, le musée maritime de Norbert Fradin et la base sous-marine, qui est devenue un lieu extrêmement attractif. Le port y a des projets, mais j’ai posé comme conditions l’absence de nuisances et la continuité de la promenade entre les quais, le tour des bassins et le lac.

Votre avis sur l’écoquartier Ginko ?

Je suis partagé et, quand j’écoute les témoignages, ils sont également partagés. Les habitants apprécient le cadre de vie, le lac, le lien en tram avec la ville. De l’autre côté, il y a une densité un peu forte et une certaine hétérogénéité architecturale. Nous ferons une évaluation auprès des habitants, confiée à un organisme extérieur. Je suis également préoccupé par la qualité de la construction. Je l’ai dit à Bouygues, qui y joue un peu sa réputation ; il y a beaucoup de petites malfaçons à l’intérieur des immeubles, des fuites. Me dire qu’on a du mal à trouver du personnel qualifié ne me satisfait pas, c’est à eux de former leur personnel et de trouver des gens qui savent travailler. Il y a là un point d’interrogation.

La participation est-elle au cœur du projet urbain ?

Elle est devenue tout à fait incontournable. En direction des promoteurs, des constructeurs, des bailleurs sociaux et surtout des utilisateurs. J’ai soutenu cette méthode, alors que Vincent Feltesse présidait la CUB, pour la préparation du projet de pont Jean-Jacques-Bosc, avec une très forte association des riverains. L’aménagement du pont en boulevard très urbain a fait consensus. C’est aussi le sens des maisons du projet aux Bassins à flot et sur l’îlot Armagnac.

Votre charte des 50 000 logements fixe un prix de 2 500 euros/m2. Est-il tenable, l’offre doit-elle évoluer ?

Je trouve bonne la méthode d’Euratlantique, qui consiste à lancer des appels d’offres qui ne portent pas sur le foncier, dont le prix est fixé. La concurrence porte uniquement sur la qualité du projet, son inventivité. J’ai aussi demandé à La Fab d’intervenir pour constituer des réserves foncières. L’autre aspect est comment concilier prix et qualité, je n’ai pas forcément la réponse. Il y a sans doute des rationalisations à apporter dans le processus de production. Il faut également garder un équilibre entre logements à loyer maîtrisé et logements à prix libres, parfois trop coûteux. Je voudrais calmer la vente aux seuls investisseurs. Et orienter l’offre des promoteurs vers les grands logements évolutifs pour les familles.

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