Enjeux Grand Prix spécial

La mémoire pétrifiée dans le béton

Mots clés : Béton

Le Mémorial du camp de Rivesaltes est un manifeste contre l’oubli d’une histoire française enfouie.

Un bâtiment « puissant ». Un programme « incomparable ». Une maîtrise d’ouvrage et une maîtrise d’œuvre « engagées ». Le jury a décidé de décerner un Grand Prix spécial au Mémorial du camp de Rivesaltes, à Salses-le-Château (Pyrénées-Orientales). L’édifice a été réalisé par les agences d’architecture Rudy Ricciotti et Passelac & Roques pour la région Occitanie et la SAEM Roussillon Aménagement. Le camp de Rivesaltes, conçu à l’origine pour accueillir des militaires, a rassemblé, hébergé et enfermé des milliers de juifs étrangers, républicains espagnols, tziganes et harkis entre 1941 et 1964. « Il faut remercier les maîtres d’ouvrage qui ont rappelé ce morceau d’histoire de France, et féliciter Rudy Ricciotti qui a traduit le projet avec force sur le site », a souligné l’architecte Marc Mimram lors de la remise du prix.

Le Mémorial ambitionne d’être un espace de référence de l’histoire des déplacements contraints de populations au XXe siècle et jusqu’à nos jours. Pour cela, il dispose de deux salles d’exposition, d’un auditorium et d’ateliers pédagogiques. Le tout est abrité dans un monolithe de béton de 250 m sur 20 m, implanté sur une ancienne place de rassemblement et entouré par les ruines des baraquements. « J’ai voulu excaver le sol pour ensuite faire ressortir cette mémoire enfouie, explique Rudy Ricciotti. Et j’ai pétrifié tout ça dans un ouvrage en béton, car le béton est une matière mémorielle, il ne pardonne pas. » L’édifice émerge lentement d’une terre ocre dont il épouse la teinte en suivant une pente à 0,4 %, comme une pierre de Baalbek. « Aucunes fenêtres démocratiques, aucun travail de transparence, quelle impudeur ! », assène l’architecte, mais, précise-t-il, « pas de prise en otage des visiteurs » non plus, l’intérieur affichant une certaine « tendresse » avec des patios et des revêtements en bois et en terre cuite. Le jury a regretté que l’intérieur ne soit « pas le reflet de la force architecturale extérieure » qui, elle, est « manifeste ». Jean Roque, conseiller départemental des Pyrénées-Orientales, indique que le Mémorial transmet « une émotion, une violence » mais qu’il est surtout « un lieu éducatif pour les générations futures ».

Maîtrise d’ouvrage : région Occitanie/SAEM Roussillon Aménagement. Maîtrise d’œuvre : Rudy Ricciotti/Passelac & Roques (architectes) ; In Situ (paysage) ; Grontmij (ingénierie) ; Cholley Minangoy (économie) ; Thermibel (acoustique) ; Koya (scénographe) ; Studio Totem (mobilier). Principales entreprises : Colas (terrassement, VRD), Fondeville (gros œuvre), Carayon (menuiserie extérieure), Vidal (menuiserie bois), SNP (cloisons, doublages, plafonds et faux plafonds). Surface : 3 590 m² Shon. Coût travaux : 14,6 M€ HT.

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