Technique et chantier

La location de matériels reste solidement ancrée

Mots clés : Gestion immobilière - Situation économique

Économie. Bien installée dans les habitudes du marché, la location à la française solidifie sa place sur les chantiers tout en cherchant de nouveaux modèles de développement.

Si les professionnels se plaignent de la santé morose de la location de matériels de BTP, le secteur ne va pourtant pas si mal. La profession a enregistré un chiffre d’affaires de 3,58 milliards d’euros en 2015, soit un niveau comparable à ce qu’il était avant la crise de 2008. Tous les secteurs ne peuvent pas en dire autant ! Dans un contexte dépendant de la bonne santé du bâtiment et des travaux publics, l’activité se concentre autour de deux grands acteurs que sont Loxam et Kiloutou, mais elle compte encore plus de 1 000 entreprises indépendantes, dont quelques belles PME régionales. Sur l’activité de la location de matériels de BTP en France, Bertrand Carret, nouveau président de la Fédération nationale des distributeurs, loueurs et réparateurs de matériels de bâtiment (DLR), et longtemps en charge de la commission location, est formel : « Depuis plus de dix ans, les prix de la location ont fortement chuté quand celui des matériels continuait d’augmenter sous l’effet des nouvelles normes et d’une technologie accrue. » Et de déplorer : « Nos marges souffrent. L’équation est immuable. Même si la conjoncture du bâtiment frémit à la hausse, la commande publique se raréfie. » Fragilisé, le secteur est en prise à un mouvement de concentration autour de Loxam et de Kiloutou qui multiplient les rachats. Le plus emblématique a eu lieu l’année dernière avec le rachat du numéro trois, Hertz Équipement, par le numéro un, Loxam. « À court terme, la conjoncture morose réduit l’activité et n’aide pas les loueurs. Mais, à plus longue échéance, elle incite les entreprises à louer plutôt qu’à acheter, et à avoir une flexibilité dans les charges. Au final, la crise aura été favorable à la location », développe Olivier Colleau, directeur général de Kiloutou. « Il existe un point d’équilibre en deça duquel il n’est pas intéressant d’acheter », reprend Éric Frèche, de Frèche Location, PME située dans les Bouches-du-Rhône. Mais, pour les loueurs aussi, l’augmentation du prix d’achat des matériels s’est fait sentir. La mise aux normes environnementales des moteurs a eu pour conséquence de mettre sur le marché des machines plus coûteuses. Sur des moteurs devenus très complexes, les problèmes de maintenance sont récurrents. Mais c’est paradoxalement de cet argument que les loueurs tirent leur épingle du jeu. D’après eux, mieux vaudrait louer des machines conformes aux nouvelles normes que d’en supporter l’acquisition. Un discours bien rodé par Kiloutou, qui vient d’engager 120 millions d’euros dans une grosse opération de renouvellement du matériel. « La plus importante en trente-cinq ans. On parie sur la fin de crise », dévoile Olivier Colleau.

Diversité salvatrice

Force est de constater que les loueurs ne sont pas en voie de disparition, même si la part des défections augmente. « L’activité reste rentable à partir d’une taille critique d’environ 1 million d’euros de chiffre d’affaires. On assiste également à l’émergence de PME régionales en bonne santé », développe Bertrand Carret. C’est le cas de Frèche Location qui enregistre 25 millions d’euros de chiffre d’affaires et fait le pari de la diversification en intervenant auprès des artisans comme des multinationales. « Aujourd’hui, tout se loue, du très petit jusqu’au très gros », assure éric Frèche. Le gros matériel se loue bien à condition d’être très spécialisé. Stéphane Henon, directeur général de Loxam, vise davantage le développement de la location de petits matériels. « L’électroportatif, par exemple. Il faut faire du volume, mais cela permet de fidéliser un nombre croissant de clients. » Les agences généralistes du groupe ont d’ailleurs tendance à se réduire en France, pour s’organiser autour du pôle spécialiste. Stéphane Hénon relève également que la typologie de la clientèle a évolué au fil des ans. Le secteur du bâtiment ne représente plus qu’un tiers du portefeuille du loueur (contre 38 % en 2012), et celui des travaux publics est passé de 37 % à 27 % en quatre ans. Le secteur hors construction progresse, lui, représentant presque 40 % du chiffre d’affaires actuel. « La location de camions et d’outillages s’est généralisée. De même que l’élévation dans le secteur de l’industrie. » Autre donnée qui sécurise le secteur, la revente de leur matériel d’occasion s’effectue relativement bien. « C’est un bon complément, souvent indispensable », admet éric Frèche. Cette valeur de revente est même au cœur de certains modèles économiques, comme celui de Bergerat Monnoyeur Services qui revend ses matériels Caterpillar âgés en moyenne de dix-huit mois pour moins de deux mille heures d’utilisation  des produits très prisés par les acquéreurs. L’exemple du distributeur Caterpillar, pour qui la vente de matériels neufs, leur location ou la vente de matériels d’occasion sont les différentes facettes d’une même offre globale, n’est pas suivi par tous ses concurrents. Encore aujourd’hui, la location reste l’affaire des loueurs. « Même si les métiers de distributeur et de loueur se sont rapprochés, ils relèvent de circuits bien différents », constate éric Frèche. Ce modèle d’enseignes, à la fois loueurs et distributeurs, prévaut dans certains pays comme l’Allemagne ou l’Italie. Mais la France s’est structurée autrement, et il est peu probable qu’elle fasse machine arrière.

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Les chiffres clés de 2015

1 – Chiffre d’affaires

3,58 milliards d’euros

Les pessimistes noteront que le chiffre d’affaires des entreprises de location a encore diminué pour la troisième année consécutive. Les optimistes verront qu’il reste au niveau de 2007, année faste pour toute l’économie. Contrairement aux ventes, la location ne s’est jamais effondrée lors des crises, prouvant qu’elle tire ses marrons du feu même quand la conjoncture est morose.

2 – L’âge du parc

5 ans et 4 mois

Conséquence du gel des investissements, l’âge moyen du parc a augmenté sensiblement en 2015. Les matériels ne sont pas pour autant obsolètes et, puisque l’activité tourne au ralenti depuis trois ans, leur compteur horaire aussi. Plus vieilles en années, pas forcément en heures travaillées… Reste que la valeur comptable d’une machine demeure fondée sur son âge. Un parc qui vieillit, c’est une dépréciation d’actifs à inscrire dans le bilan.

3 – Achats de matériels

495 millions d’euros

S’il est un domaine où 2015 est à marquer d’une pierre noire, c’est bien l’investissement en nouveaux matériels. Celui-ci a baissé de 26% par rapport à l’année précédente, ce qui s’est fait durement ressentir chez les fournisseurs. Les opérations de fusion/acquisition menées en 2015 n’ont pas arrangé les choses : quand une enseigne en rachète une autre, elle récupère un parc de matériels qui la dispense d’acheter du neuf.

4 – Nombre d’agences

2 934 sites

Le nombre de points de location en France s’est stabilisé autour de 3 000. Les créations d’agences sont compensées par les fermetures, surtout au sein des grandes enseignes nationales qui rationalisent leur réseau. Un autre facteur explique cette stabilité du nombre d’implantations : de gros progrès dans la logistique et sa gestion informatique permettent à une agence de rayonner plus loin qu’elle ne le faisait auparavant.

ENCADRE

Trois questions à...Bertrand Carret, président du DLR « Les loueurs portent l’investissement dans le BTP »

Quelle est votre analyse de la conjoncture actuelle ?


La faiblesse de l’activité dans le BTP a engendré une baisse de l’investissement des loueurs. Cela laisse des traces. L’investissement s’est élevé en 2015 à 495 millions d’euros, ce qui représente une baisse de 26 % par rapport à 2014. Le parc a tendance à vieillir – le matériel est âgé de soixante-quatre mois en moyenne -, ce qui baisse sa valeur globale, actuellement estimée à 6,3 milliards d’euros. En France, ce sont les loueurs qui portent l’investissement, puisque les entreprises de BTP n’investissent plus comme avant. Nous achetons pour leur compte, avec les risques que cela comporte. La France fait-elle figure d’exception ?
Il est certain que le modèle hexagonal est atypique. Le marché se structure en France, côté fournisseurs, autour de grandes marques industrielles, et, côté clients, autour de grands groupes de taille mondiale. C’est la principale différence avec les autres pays européens où la clientèle est composée d’entreprises locales et régionales. Dans ce contexte, le loueur français est pris comme dans un étau par ces très grosses structures, avec pour interlocuteurs des acheteurs spécialisés dans la réduction des coûts, à l’image de ce qui se pratique dans la grande distribution. Sur quoi le DLR se mobilise-t-il actuellement ?
Une fédération, pour être entendue et regrouper autour d’elle tout son écosystème, doit atteindre une certaine taille critique. L’objectif du DLR est de l’atteindre en fédérant des professions proches des nôtres. Les accords récents que nous avons conclus avec les loueurs de grues à tour, de grues mobiles et de constructions modulaires sont prometteurs. Il faut encore encourager de nouvelles entreprises à nous rejoindre. L’idée est de parler d’une même voix pour se faire entendre, et rappeler que nous sommes un rouage indispensable au secteur de la construction.

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