Enjeux

La guerre des chiffres est déclarée

Mots clés : Bâtiment d’habitation individuel

L’objectif de 500 000 logements construits par an est-il toujours pertinent ? La réponse est complexe. Explications.

Il existe des objectifs qui sont des chimères. La construction annuelle de 500 000 logements neufs – chiffre calculé par l’économiste Michel Mouillart à la fin des années 1980 – est de ceux-là. Jamais atteint, mais toujours repris par les gouvernements. Dans leur rapport « d’évaluation de la politique du logement » rendu public début janvier par les médias, l’Inspection générale des finances (IGF), l’Inspection générale des affaires sociales (Igas) et le Conseil général de l’environnement et du développement durable (CGEDD) remettent en cause l’objectif des 500 000. « L’absence de connaissances précises des besoins peut sans doute conduire à surestimer le nombre de logements à construire », signalent les auteurs du document, qui préfèrent s’appuyer sur une étude du Commissariat général au développement durable (CGDD) publiée en 2012. Le document évalue les besoins en logements neufs entre 330 000 et 400 000 par an jusqu’en 2030.

Déficit structurel de 1 million de logements.

La France doit construire 330 000 logements selon le CGDD, 500 000 selon les professionnels. Voilà pour le flux. Côté stock, 1 million de logements manqueraient à l’appel selon la Fondation Abbé-Pierre. Les professionnels acquiescent. N’en jetons plus, et revenons aux modes de calcul. L’évaluation des besoins de logements prend en compte le solde migratoire (+ 100 000 par an*), le taux de fécondité (entre 2,00 et 2,01), le taux de logements vacants (6,7 %*), les besoins de renouvellement du parc (50 000 par an*), la nécessité de rattraper le déficit de logements, le taux de décohabitation lié aux séparations des couples, le taux de désaffection de logements, les besoins en résidences secondaires… Des données difficiles à agréger. Sylvain Leplâtre, de l’Association de coordination des moyens d’intervention pour le logement (Acmil), se cramponne à l’objectif des 500 000 dans une étude rendue publique le 3 mars. « Il faut réaliser entre 450 000 et 460 000 logements par an, voire 500 000, si l’on veut résorber le déficit. Chaque année, le marché a besoin de 10 000 habitats intermédiaires, 280 000 habitations destinées à l’accession à la propriété, 60 000 logements destinés à l’investissement locatif et 150 000 HLM. »

400 000 emplois en jeu.

Les professionnels s’arcboutent aussi sur l’objectif. « La construction annuelle de 350 000 logements répond au besoin immédiat des familles, mais ne résorbe pas le déficit structurel, rappelle Jacques Chanut, président de la FFB. Nous ne devons pas avoir une vision binaire du marché en construisant seulement dans les zones tendues et périurbaines. Il faut raisonner par bassin de vie, afin de ne pas créer la pénurie. » En outre, l’atteinte de l’objectif des 500 000 logements construits « permettrait de créer 320 000 à 400 000 emplois et de gagner 1 à 1,5 point de PIB », indique Pierre Gattaz, président du Medef, lors de la présentation de son livre blanc pour le logement corédigé avec la FFB, la FPI et la FNAIM. Les Français ont-ils besoin de 500 000 logements construits ? En tout cas, le BTP, oui.

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* Source : rapport de l’IGF sur la politique du logement (2015)

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