Architecture Technique Equipement

La GTB travaille son offre

Mots clés : Gestion technique du bâtiment

La gestion technique du bâtiment se démocratise. Des fonctions élaborées deviennent abordables.

Lorsqu’il a présenté le bilan annuel du Syndicat des automatismes du génie climatique et de la régulation (ACR), le 23 mars dernier, Dan Napar, son indéboulonnable président, a expliqué à l’assistance comment sa perception avait évolué sur l’un des sujets récurrents du secteur : « Quand on me parlait de bâtiment connecté, je ne comprenais pas. Comment les murs pouvaient-ils dialoguer ? C’est lors d’un séminaire avec des membres de la Commission européenne que j’ai compris. L’idée revient à utiliser les données du système pour créer de nouveaux services. » La formule résume idéalement le programme de la gestion technique du bâtiment (GTB) pour les années à venir. La dynamique est déjà bien amorcée. Les acteurs de la filière n’offrent plus seulement des appareils de contrôle performants. Ils proposent à moindre coût des applications Internet de suivi des consommations ou de télécommande virtuelle.

Les interfaces de comptage et de pilotage simplifiées ne datent pas d’hier. Cependant, elles nécessitaient auparavant l’installation de logiciels sous licence, voire un développement sur mesure. Seuls les clients les plus fortunés pouvaient acquérir de tels produits. Depuis une décennie, cette conjoncture évolue avec l’apparition d’automates de GTB intégrant un serveur Web. Outre la commande du génie climatique, des stores et de l’éclairage, ce boîtier peut aussi héberger un système d’exploitation, tel que Niagara de l’Américain Tridium ou doMoov de la société toulousaine Newron System.

Des interactions insuffisantes

. A partir de ces produits, un informaticien peut concevoir des pages Web. Il peut y présenter les données des compteurs enregistrées par la machine, sous une forme intelligible, ou bien créer des icônes au moyen desquelles l’occupant pourra régler la température de son bureau. Le tout accessible depuis un ordinateur de bureau avec un navigateur. Un téléphone portable ou une tablette peuvent aussi faire office d’interface de contrôle. « Cet usage commence à se généraliser, remarque Laurent Le Gall, directeur commercial au sein de la filiale française de Kieback & Peter. Il représente une économie en termes de télécommande murale et de piles. » Newron System et B.tib, le distributeur de Tridium en France, ont poussé la démarche jusqu’à commercialiser des logiciels qui mâchent le travail. L’intégrateur – le programmeur de la GTB – n’a plus de lignes de code à entrer, mais construit sa plate-forme de supervision avec une bibliothèque d’éléments déjà écrits. Le temps et donc le coût de l’opération s’en trouvent réduits.
Si elle gagne en accessibilité, la GTB demeure encore cloisonnée. Elle interagit peu avec les autres systèmes informatiques. Les grands constructeurs ont entrepris quelques actions en ce sens. Siemens a lancé l’an dernier en France Desigo CC, un logiciel qui ajoute aux fonctions traditionnelles le contrôle d’accès et la sécurité incendie. Il donne la possibilité de créer des liens entre ces différents domaines. La communication entre plusieurs bâtiments semble aussi lointaine. Dans le domaine, l’ensemble Hikari à Lyon (lire p. 79) fait figure de pionnier.

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Acteur - « On ne peut plus proposer une offre monolithique »

Serge Le Men, président de Newron System.

Quel regard portez-vous sur le secteur de la GTB ?

Vingt ans après l’arrivée d’Internet, la GTB n’a pas bougé. Il ne viendrait à personne l’idée d’acheter la totalité de son réseau informatique chez un même fabricant. C’est encore une pratique courante dans notre secteur. A l’heure du bâtiment intelligent, où le nombre d’équipements connectés se multiplie, une entreprise ne peut plus proposer une offre monolithique provenant d’un unique constructeur. Elle n’y trouverait pas tous les produits nécessaires à un chantier.

A vos yeux, quelles devraient être les caractéristiques essentielles d’une installation contemporaine ?

Aujourd’hui, l’information doit pouvoir sortir de l’enceinte de la construction. Cela requiert une convergence entre le réseau informatique et le réseau technique du bâtiment, par l’intermédiaire de serveurs d’automation sous IP. En outre, un maître d’ouvrage doit plus se questionner quant à la connectivité d’un équipement. Il est donc nécessaire d’employer des protocoles ouverts pour les équipements de terrain, mais également pour les logiciels de supervision et d’hypervision [des programmes informatiques qui rassemblent la supervision de plusieurs métiers, ou de plusieurs sites, NDLR].

Ces systèmes sont-ils accessibles à tous les projets ?

Il existe encore un terrain vague entre 2 000 et 8 000 m². Pour intégrer la GTB à ces opérations, il faut casser les prix. Nous devons proposer des postes de supervision à 5 000 euros. L’allégement des coûts suppose de proposer des logiciels de gestion légers, en format Web. Il implique aussi d’adopter une nouvelle méthode d’ingénierie informatique, où la programmation d’une GTB ne s’effectuerait plus en tapant des lignes de code, mais en quelques clics.

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Hôtel au Havre - Une tablette à tout faire

Pas de téléphone portable à l’hôtel Nomad du Havre, mais des tablettes. Inauguré le 24 mars dernier, l’établissement a doté chacune de ses 106 chambres d’un de ces écrans tactiles. Avec cet appareil, l’usager peut contrôler la climatisation, l’éclairage, les stores et le vidéoprojecteur qui fait office de télévision. Une fois émises, les consignes de l’utilisateur aboutissent au serveur de gestion du site.
Selon la nature de la demande, l’ordinateur central choisit entre deux circuits de transmission en format BACnet IP. Les directives qui concernent le chauffage et la climatisation parviennent à une télécommande Intelligent Touch Manager, de l’entreprise Daikin. Ce produit héberge un logiciel de supervision du génie climatique. Il tient aussi lieu d’automate de régulation. Les autres ordres sont traités par 29 automates de marque Crestron, programmés par la société Technidream. En moyenne, un appareil administre quatre chambres. Il enregistre aussi les consommations d’eau.

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Informatique - Hikari, premier pas vers les quartiers connectés à Lyon

Inauguré en septembre 2015 à Lyon, le complexe immobilier Hikari préfigure sans doute l’organisation future des réseaux de GTB. Il se compose de trois bâtiments d’une surface totale de 13 200 m². Au centre, Minami abrite 32 logements. Il est encadré par Higashi, qui contient des bureaux, et Nishi, un édifice mixte tertiaire et résidentiel. Chacun accueille en rez-de-chaussée des commerces. L’ensemble est équipé de panneaux solaires et d’une cogénération. Le groupe Toshiba avait la charge de concevoir un système de gestion de l’énergie commun aux trois immeubles. La firme a divisé cette opération en deux lots techniques, l’un portant sur les logements, le second sur les bureaux.
Du côté tertiaire, l’entreprise Arcom Sud-Est (anciennement Iris Régulation) a conçu une structure à partir d’équipements Distech Controls. Elle présente la particularité de rassembler pas moins de quatre protocoles de terrain différents : le Dali, destiné au pilotage de l’éclairage, le Modbus réservé aux compteurs, ainsi que le LonWorks et le BACnet MS/TP pour les autres appareils. Les informations sont transmises via une supervision NiagaraAX vers les serveurs de Toshiba. Elles y rejoignent les données issues des appartements. Ces derniers possèdent une installation de domotique complète sous protocole KNX, conçue par la société Indéa. Chaque consigne d’un habitant transite par la supervision centrale avant de revenir dans le logement.

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Bureaux parisiens - Les occupants reprennent la main

Les utilisateurs des bureaux Qu4drans pourront piloter leur équipement avec leur téléphone portable. Ce projet d’immobilier tertiaire prévoit la construction de quatre bâtiments à Paris XVe, près du ministère de la Défense. Axa Real Estate, l’investisseur, a confié sa réalisation aux promoteurs Sodéarif et Icade. Bouygues Bâtiment Ile-de-France tient le rôle d’entreprise générale. Deux édifices ont déjà été inaugurés le 26 novembre dernier. Ils possèdent une surface de 20 000 m² et 25 800 m², répartie sur sept niveaux.
Les deux immeubles sont dotés d’une gestion technique du bâtiment conçue par le constructeur Kieback & Peter. « Bouygues Bâtiment souhaitait une application de contrôle adaptée aux téléphones mobiles et aux tablettes. C’était une première pour nous », indique Laurent Le Gall, directeur commercial au sein de l’entreprise. Quand un occupant modifie un paramètre, la consigne est transmise par Wi-Fi jusqu’à des bornes dispersées dans tout le bâtiment. A chaque étage, un serveur réceptionne l’ordre et le traduit selon les normes du protocole LonWorks. Dans ce nouveau format, il arrive jusqu’à un contrôleur d’éclairage, de stores ou de génie climatique. Pour ceux qui ont oublié leur appareil, les ordinateurs hébergent aussi la télécommande.

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