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La France va-t-elle se convertir aux tiltrotateurs ?

Mots clés : Matériel - Equipement de chantier

Travaux urbains. Les attaches rapides orientables séduisent de plus en plus d’entrepreneurs, notamment comme alternative au déport en haut de flèche, plus difficile à revendre. Néanmoins, seules 3 % des pelles françaises en sont équipées, contre 90 % dans d’autres pays.

Les attaches rapides orientables, en France, c’est encore un marché balbutiant. Dans les pays du nord de l’Europe, en revanche, c’est un standard. Là-bas, il ne viendrait à l’idée d’aucun conducteur de pelle de se passer d’un tilt rotator (« tiltrotateur », en français), à savoir une attache articulée qui permet de tourner et d’incliner son godet dans tous les sens. « Chez nous, en Suède, presque 100 % des pelles en sont équipées », confirme Micael Appelgren, rédacteur en chef du magazine professionnel Maskin Entreprenören, l’équivalent suédois du Moniteur Matériels. « L’opérateur travaille beaucoup plus vite, et cela lui revient même moins cher puisqu’il peut travailler seul au lieu d’avoir une ou deux personnes pour l’aider. » En France, les fabricants estiment qu’il se serait vendu en 2015 près de 300 tiltrotateurs. C’est un motif de satisfaction car ce marché a triplé en seulement cinq ans. Mais cela reste relativement peu au regard des 10 500 pelles et minipelles vendues sur la période. Seules 3 % de ces machines étaient équipées. Loin, très loin, des ratios suédois.

Attaches rapides fixes… pour commencer

Sur le papier, la solution paraît idéale. L’accessoire, dont l’agilité pourrait être comparée à celle que le poignet confère à la main, se place entre le balancier de la pelle et le godet. Il se compose d’une couronne de rotation, de vérins d’inclinaison et d’un système hydraulique de dépose et de préhension du godet que l’on peut, grâce à ce dispositif, tourner dans tous les sens et incliner à droite ou à gauche jusqu’à 45°. Plus besoin de déplacer la machine pour aborder un plan selon différents angles. Outre un godet, d’autres outils peuvent y être montés, comme une pince de tri par exemple, ou des fourches de manutention. Alors, comment expliquer le faible taux d’équipement des entreprises hexagonales ? « Une question de culture, croit deviner Daniel Thomas, responsable du marché français pour la marque Rototilt. Mais les mentalités évoluent. » Pour preuve, le succès des attaches rapides fixes. Plus simples et bien moins coûteuses, elles pourraient marquer un premier pas. « Aujourd’hui, c’est devenu un standard sur le marché français alors que ce n’était pas le cas il y a encore dix ans… », rappelle Patrick Régnier, directeur commercial d’Engcon France. « Plus personne ne sort de sa cabine pour changer d’outil, confirme François Darves, responsable marketing de Volvo Construction Equipment France, qui importe depuis six ans maintenant le Steelwrist (« poignet de fer », en français). Cette accélération résulte d’un effet de bouche à oreille sans doute, mais aussi d’une meilleure information relayée, entre autres, par des distributeurs comme Sami TP, concessionnaire Komatsu, qui a décidé de miser sur cet accessoire. « Vu la situation économique actuelle, il faut innover pour rester compétitif », défend Frédéric Hermant, directeur général de Sami TP. La question du coût n’est évidemment pas anodine. C’est même, comme ce dernier le reconnaît, la première question que les clients posent. Mais difficile d’y répondre avec précision. S’agit-il de proposer une machine neuve préparée en usine ou d’adapter l’attache sur une pelle existante ? Auquel cas plusieurs jours d’atelier seront nécessaires (et facturés en plus de l’achat de l’accessoire lui-même) pour adapter à la machine par le changement de ses joysticks, l’ajout de blocs d’électrovannes sur le distributeur hydraulique, l’installation de nouvelles lignes électriques et une modification du logiciel de bord. Il faut également modifier ses godets pour les rendre compatibles avec la nouvelle attache, voire en acheter d’autres. Cet ensemble peut renchérir le prix de la machine de 20 % ; un ratio plus élevé sur les petites pelles que sur les grosses. Reste que le tiltrotateur a ses points faibles : il alourdit et rallonge le balancier, ce qui a pour effet immédiat de réduire la force de cavage [d’environ 25 %, selon Micael Appelgren, NDLR]. Sur un forum de passionnés, un utilisateur témoigne : « J’ai essayé, sur une pelle Caterpillar M313D, un tiltrotateur qui pesait facilement 800 kg. Résultat : j’ai dû ajouter 1 t de masse arrière, ce qui, de mémoire, m’a coûté près de 6 000 euros en plus… » C’est là que les adeptes du déport en haut de flèche tiennent leur revanche, convaincus que, pour garder de la force, rien ne vaut ces pelles modifiées, « à moins de creuser dans du beurre » ! Pourtant, la tendance ne semble pas aller dans leur sens. Longtemps adeptes de ces machines, les entreprises bretonnes et normandes figurent aujourd’hui parmi les plus gros acheteurs français d’attaches rapides orientables. Daniel Thomas a une explication toute simple : « Les concessionnaires se sont rendu compte que la revente de ces machines était locale. On ne trouve pas preneur dans le sud ou le centre de la France, et encore moins à l’étranger, de machines avec déport en haut de flèche. Un tiltrotateur, lui, peut facilement être démonté puis remonté sur une autre machine, voire revendu séparément. »

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« Nous avons gagné entre 15 et 20 % de temps »

Benoît Ecomard, gérant de l’entreprise Ecomard Benoît

« Depuis que nous nous sommes équipés, il y a un an, nous avons gagné entre 15 et 20 % de temps sur nos interventions, qu’il s’agisse de faire de l’assainissement, du terrassement ou du nivellement de terrain. En une seule journée, il nous est même arrivé de creuser jusqu’à 440 trous ! Pour 3 euros de plus par jour, nous n’avons pas hésité, même s’il est vrai que, pour amortir cet investissement, il est préférable que la machine travaille plutôt que d’être immobilisée à cause des intempéries. »

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Retour d'expérience - Chez Sami TP, c’est devenu la norme pour les pelles de moyen tonnage

Ramasser une balle de golf, faire une rotation inversée etla déposer délicatement dans un panier, le tout chronométré! Les conducteurs de pelles assistant à la démonstration organisée par Sami TP ont le sourire aux lèvres. Non, ils ne rêvent pas, c’est bien une minipelle qui s’est chargée de l’opération et non un caddie la personne qui, sur un parcours de golf, s’occupe notamment de porter le sac du joueur. Durant deux mois, le concessionnaire Komatsu a convié les utilisateurs de minipelles à découvrir l’agilité d’une PC26 (modèle de 2,5t) équipée d’un RT10 de chez Rototilt une attache pesant autour de 80kg. SamiTP fait partie des précurseurs. Voilà déjà sept années que l’entreprise vante les mérites de cet équipement additionnel. «Vendre des minipelles comme tout le monde ne suffit plus.Il faut nous différencier, être force de proposition avec de nouveaux concepts de travail associés à des solutions de financement attractives. L’idée majeure est de démocratiser cette nouvelle façon d’appréhender les chantiers. Nous sommes d’ailleurs les seuls à proposer systématiquement cet équipement aux acheteurs de pelles compactes destinées aux milieux urbains», confie Frédéric Hermant, directeur général. Aujourd’hui, 80% des pelles de 12à 14t de Sami TP sont équipées d’un Rototilt. C’est devenu un vrai standard malgré le surcoût que ce type d’équipement engendre. «On ne vend plus un prix mais un confort de travail inégalable, et surtout des gains de productivité», insiste Frédéric Hermant. Responsable commercial, Jean-François Leroux détaille : «Sur les pavés des centres-villes aussi bien que sur le gazon des greens de golf, moins la machine se déplace, mieux c’est! Or l’utilisation d’une attache orientable réduit le nombre de déplacements ». Les manœuvres de l’engin étant aussi source d’accidents, l’usage de ce type d’accessoire est facteur de sécurité autant que de gain de productivité.

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« Nos clients apprécient »

David Anthony, conducteur d’engins chez Binet Travaux publics.

« Cela fait trois ans que nous sommes équipés. Les grands groupes comme Vinci, Eiffage ou Colas, qui sont nos clients, apprécient, car cela nous permet de travailler plus vite et de moins nous déplacer. Nous fonctionnons à 90 % de notre temps en location. J’ai notamment une Volvo à volée variable (ECR145), montée sur chenilles en caoutchouc, équipée d’une double attache que je peux décrocher pour monter un marteau hydraulique. J’ai également plusieurs godets et une pince que l’on peut facilement installer sans avoir à descendre de la cabine. »

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Retour d'expérience - Une pelle de 18 t en double attache

C’est dans les années 2000, lors d’une visite au salon Intermat, à Paris, que Denis Marais a découvert l’attache rapide orientable. « Mon patron de l’époque s’était équipé. D’abord sur une machine, puis deux. Du coup, lorsque j’ai monté mon entreprise, j’ai décidé de continuer à en utiliser. Cela fait huit ans maintenant. Aujourd’hui, j’ai un Engcon qui équipe une pelle de 2,8 t Takeuchi TB 125 avec une pince de tri, un godet de curage, un autre de terrassement et un godet pour tranchée », détaille celui qui est aujourd’hui le gérant de Marais TP. L’entreprise possède aussi une Doosan DX180 de 18 t avec un tiltrotateur en double attache, permettant de déposer rapidement le godet qui lui est couplé ou de déposer tout aussi rapidement l’attache orientable elle-même. L’intérêt ? Revenir à une prise directe pour retrouver un maximum de force. « Pratique et surtout recommandé lorsqu’il s’agit d’arracher de grosses souches d’arbre ou pour faire tomber de grosses fondations. » Car, comme le souligne Denis Marais, « même si ce type d’utilisation ne représente que 10 % du temps de travail de la machine, cela permet d’éviter l’usure prématurée du matériel ». Même précaution lors du travail au brise-roche, dont les vibrations risquent d’endommager l’attache orientable. La pelle de 2,8 t, en revanche, conserve son tiltrotateur tout le temps. La machine est compacte et permet de creuser au raz d’un mur. « Avec un godet fixe, celui-ci partirait en biais », détaille Denis Marais. En revanche, au-delà de 1,50 m ou de 2 m de profondeur, on atteint les limites. Pour autant, l’entreprise y trouve plus d’avantages que d’inconvénients, à commencer par le gain de temps. « Au lieu d’avoir deux suiveurs derrière la machine, il n’y en a plus qu’un seul. » Et le choix du déport en haut de flèche comme alternative ? Denis Marais n’a pas hésité longtemps. « Globalement, cette solution technique coûte le même prix. Alors, à choisir… »

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