Architecture Technique Equipement culturel

La Comédie de Béthune, acte II

Mots clés : Architecte - Manifestations culturelles - Salles d'audition, de conférences, de réunion, spectacles ou à usages multiples

L’architecte Manuelle Gautrand a procédé à l’extension du théâtre qu’elle avait construit en 1999.

Manuelle Gautrand est revenue sur la scène de ses débuts. Dans le Pas-de-Calais, l’architecte a eu l’occasion de venir agrandir et restructurer la Comédie de Béthune, un théâtre qu’elle avait construit une quinzaine d’années auparavant. Pour la première fois, elle a eu cette chance, plutôt rare, de pouvoir s’interroger sur son propre travail et d’imaginer la meilleure façon de l’achever.

En 1994, l’agence de Manuelle Gautrand existait depuis trois ans et livrait ses premières réalisations quand elle a remporté le concours pour la construction de ce centre dramatique national. Le projet a alors dû se contorsionner sur une parcelle en « S ». A l’angle du terrain se dressait en effet une maison qui, si elle était vouée à disparaître à terme, était alors bien enracinée sur le carrefour. Quand le théâtre est livré en 1999, Manuelle Gautrand a enveloppé la cage de scène dans un grand coffre de béton. Et si elle a pris soin d’arrondir les angles et d’inclure dans ses murs les vestiges du Palace, un cinéma des années 1930 dont ne demeurait plus que la façade, elle n’a pas cherché à camoufler son arrivée. Au contraire, elle a souligné la présence de son bâtiment en le recouvrant d’un vernis pourpre. Quant aux espaces d’accueil du public, ils étaient logés dans un petit bâtiment qui, par l’arrière de la parcelle, venait se connecter au bloc monumental rouge.
Dix années avaient passé quand l’angle du terrain s’est trouvé libéré. « Ce fut long, remarque Manuelle Gautrand, mais, en un sens, cela a donné du temps au temps. Béthune n’est pas une ville riche et, à l’origine, elle n’aurait pas eu les moyens nécessaires pour réaliser l’intégralité du programme. » En 2009, l’heure est finalement venue de doter la Comédie de Béthune de la salle de répétition qui lui fait défaut et de lui donner une véritable entrée. Des travaux d’extension qui sont aussi l’occasion d’une remise aux normes – d’accessibilité et de sécurité incendie, notamment – du bâtiment existant.
Désignée dans le cadre d’une procédure négociée pour mener ce chantier, Manuelle Gautrand s’est interrogée : fallait-il prolonger l’esprit du projet de 1999 ou marquer une rupture ? « Même si la première tranche n’avait rien de désuet, j’ai eu envie de reprendre ma liberté, de faire autre chose », raconte-t-elle. Le nouveau bâtiment qui s’est élevé à la hauteur du grand théâtre curviligne et rouge sang est un volume droit et noir. L’architecte avait, entre-temps, appris à apprécier « la puissance et la richesse » de cette couleur à travers l’œuvre du peintre Pierre Soulages. Depuis que cette seconde phase a été livrée, en septembre 2014, les deux façades se répondent pourtant. Le bardage métallique de l’extension a été posé en bandes croisées et fait ainsi écho aux croix de Saint-André, peintes en noir sur le béton pourpre, qui, dès l’origine, ont évoqué l’appartenance nordiste du projet.

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ENCADRE

Maîtrise d’ouvrage : Artois Communauté urbaine. Maîtrise d’œuvre : Manuelle Gautrand Architecture, architecte mandataire. BET : Bati-Scène (scénographie), Khephren (structure), Jean-Paul Lamoureux (acoustique), Hexa Ingénierie (fluides et économie), HD Project (OPC). Principales entreprises : Ramery (gros œuvre), Diter (façades), C4M (cloisons, plafond), Vandendriessche (peintures, revêtements), Bonnel (CVC-plomberie), Eiffage Energie (électricité, réseaux), Caire-Manganelli (équipements scéniques). Coût de l’extension-restructuration : 3,6 millions d’euros TTC. Surface totale : 2 820 m², dont extension : 720 m². Calendrier : Livraison du bâtiment initial : 1999 ; chantier de l’extension : 2013 ; livraison du nouveau théâtre : 2014.

ENCADRE

Aménagement intérieur - Un outil de création agrandi et remis aux normes

Si la seconde vie de la Comédie de Béthune s’affiche ostensiblement en façade, elle n’est pas surjouée dans les espaces intérieurs. Le chantier, mené entre 2013 et 2014, avait surtout vocation « à offrir un outil performant », rappelle l’architecte Manuelle Gautrand. A la scène d’origine sont venus s’ajouter une salle de répétition de 200 m², des bureaux supplémentaires et de nouveaux lieux pour le public, dont un hall stratégiquement situé sur le carrefour. Cette extension de 750 m² a ainsi permis de fluidifier l’entrée des spectateurs et d’améliorer l’accueil. Surtout, l’équipement été restructuré en profondeur, au point que le passage des espaces d’origine aux nouvelles installations n’est pas perceptible.
Le bâtiment a, dans le même temps, bénéficié d’une remise aux normes complète, et tous les espaces du théâtre sont désormais accessibles aux personnes à mobilité réduite. Enfin, l’intervention a autorisé un repentir. Sous la courbe du toit de béton construit en 1999 existait un volume inoccupé, car quasiment inaccessible. L’extension a permis de créer des circulations pour desservir cet espace résiduel. Désormais aménagés, ces 175 m² peuvent aussi servir de lieu de répétition, voire d’exposition.

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