Territoires Eurométropole Strasbourg

La chaleur se met en réseau

Entre l’électricien et le gazier historiques, le vainqueur est… les deux. Plutôt que de concourir l’un contre l’autre à la délégation de service public du réseau de chaleur du quartier de Hautepierre, ES et Réseau GDS – les héritiers d’Electricité de Strasbourg et de Gaz de Strasbourg – ont réuni leurs compétences dans une même offre qui l’a emporté auprès de l’Eurométropole, fin mars. Leur groupement exploitera jusqu’en 2022 la chaufferie de 149 MW qui alimente 17 700 équivalent-logements. Pour se lancer dans ce nouveau métier, les deux énergéticiens locaux se sont alliés à des spécialistes, respectivement Dalkia dans ES Services énergétiques et le Suisse EBM dans la société Réseaux de chaleur urbains d’Alsace (RCUA).

Si les travaux à Hautepierre se limiteront à 4 millions d’euros avec une cogénération, le site joue un rôle pivot dans la constitution d’un vaste réseau de réseaux de chaleur dans l’agglomération, qui impliquera la pose de nombreux kilomètres de tuyaux.

Un vaste maillage.

L’objectif sera inscrit dans le schéma directeur des réseaux de chaleur de l’Eurométropole, qui sera adopté en fin d’année. « Le maillage entre un maximum d’installations de production fait sens, mais il faudra en vérifier la pertinence au cas par cas. Poser des réseaux en milieu urbain n’est jamais un chantier neutre », commente Françoise Bey, vice-présidente de l’Eurométropole en charge des réseaux de chaleur. Dans le scénario maximal, Hautepierre se relierait aux centrales de l’Elsau et de l’Esplanade pour former un ensemble capable de desservir 49 000 équivalent-logements. « Ce serait le quatrième plus gros réseau français », relève Sylvain Waserman, directeur général de Réseau GDS. Il raccorderait une succession de quartiers, sociaux notamment, devant moderniser leur chauffage, mais aussi les nouveaux programmes en cours (comme les Tanneries à Lingolsheim, les Rives du Bohrie à Ostwald, et bientôt les Prairies du canal à Illkirch, tous équipés par RCUA), ainsi que les futures urbanisations, dont le secteur du port du Rhin.

Le schéma directeur fixera un autre objectif : injecter 75 % d’énergies renouvelables dans les réseaux, contre presque zéro aujourd’hui. Mais l’achèvement de deux projets va rapidement faire grimper la proportion. Dans le secteur du Wacken, RCUA livrera en septembre une centrale de 26 MW à 14 millions d’euros (architecte : Braesch & Bottazzi, constructeur : Seltz) alimentée en partie en biomasse pour chauffer le nouveau quartier d’affaires et une quinzaine d’autres constructions.
A l’Esplanade, ES mettra en service en fin d’année sa centrale biomasse de 42 millions d’euros d’investissements, conçue par Claude Bucher et dont Urban-Dumez réalise le génie civil. « Les 112 000 MWh de chaleur produits à partir de 113 000 t de plaquettes et déchets forestiers apporteront au réseau de l’Esplanade près de 70 % d’énergie verte », indique Bernard Kempf, directeur du développement d’ES.
Grâce à son interconnexion avec ce nouvel équipement, la centrale voisine de l’Elsau sera aussi alimentée à 50 % par les énergies renouvelables, à condition que l’usine d’incinération fonctionne normalement pour lui apporter la chaleur des déchets. Or, celle-ci est embourbée dans ses problèmes d’amiante pour une durée indéterminée. Ce gros couac « nous rappelle l’importance d’un mix énergétique le plus large possible », commente Françoise Bey. Autrement dit, « les tuyaux doivent pouvoir laisser passer tout type d’énergies, connues ou aujourd’hui inconnues », complète Hervé Lamorlette, directeur général de RCUA.
Dans l’Eurométropole, le futur est incarné par la géothermie. A Illkirch, ES va lancer son premier forage en fin d’année dans le but de créer, avant l’hiver 2019, une centrale de 20 MW pour un investissement de 40 à 45 millions d’euros. Le projet de son concurrent Fonroche à Eckbolsheim (65 millions d’euros, travaux à partir de début 2017) est « en capacité d’alimenter à au moins 51 % la chaufferie de Hautepierre, qui ne sera distante que de 1,5 km », annonce son directeur géothermie Jean-Philippe Soulé.

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D’autres points chauds dans l’Est

L’objectif de créer des réseaux de chaleur à partir d’énergies renouvelables déclenche des projets dans de nombreuses autres villes de l’Est. A titre d’exemple, Mulhouse (Haut-Rhin) lance début 2017 les 10,5 millions d’euros de travaux de raccordement entre la chaufferie biomasse de l’Illberg et l’hôpital public Emile-Muller. A Dijon (Côte-d’Or), Dalkia livre cet été une troisième chaufferie au bois qui précédera la pose de 10 km de réseaux pour desservir plusieurs quartiers d’ici à 2025. A Pont-à-Mousson (Meurthe-et-Moselle), Engie-Cofely construit cette année un réseau de 6,5 km alimenté à 85 % par le biogaz provenant d’une installation de stockage de déchets.

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