Régions Littoral languedocien

L’Occitanie se tourne vers la mer

Mots clés : Tourisme

Lancé par la région, l’Etat et la Caisse des dépôts, le plan Littoral 21 vise un triple objectif : protéger une côte fragile, requalifier des stations touristiques vieillissantes et stimuler l’économie maritime.

Un paradoxe. Il aura fallu attendre que le centre de gravité de la région s’éloigne de la mer pour que la collectivité prenne la pleine mesure des enjeux liés à son littoral. Certes, l’ancien président du Languedoc-Roussillon Christian Bourquin avait franchi un premier pas en créant en 2013 le Parlement de la mer, instance destinée à fédérer la communauté maritime régionale. Le plan Littoral 21, impulsé par la présidente de la région Occi tanie Carole Delga et porté conjointement par la région, l’Etat et la Caisse des dépôts et consignations (CDC), n’en constitue pas moins le programme le plus ambitieux engagé sur ce territoire depuis la création des stations balnéaires par la mission Racine, dans les années 1960. « La grande région a besoin d’un nouvel élan pour gagner son statut de puissance maritime européenne », estime Carole Delga.

La démarche a reçu l’onction de deux Premiers ministres. Le 1er juillet 2016, à Port-Camargue (Gard), Manuel Valls a amorcé le processus et confié à cette occasion une mission de réflexion à trois experts : les architectes Elizabeth et Christian de Portzamparc (lire interview p. 30) et la négociatrice de l’accord de Paris sur le climat, Laurence Tubiana. Le 10 mars 2017, à un mois de l’échéance présidentielle, c’est Bernard Cazeneuve qui est venu à Montpellier sanctuariser les engagements de l’Etat en signant aux côtés de Carole Delga et de la CDC un accord-cadre détaillant les trois grandes orientations du plan Littoral 21 : l’une à caractère environnemental (« pour une vitrine française de la résilience écologique »), la deuxième économique (« pour une économie globale portée par l’innovation qui irrigue tout le territoire »), la troisième à dimension sociale (« pour un littoral symbole d’attractivité, d’accueil et de cohésion républicaine »). Entre ces deux dates, une consultation, lancée à l’automne 2016, avait permis de faire remonter une centaine de projets issus des territoires.

Un enjeu-clé : prévenir les effets du changement climatique.

C’est sur la base de ces contributions que les trois partenaires – région, Etat et CDC – ont défini les orientations stratégiques du plan Littoral 21. Le projet devrait mobiliser 1 milliard d’euros d’ici à 2020. « Ce plan fera l’objet d’un volet particulier au sein du contrat de plan Etat-région 2018-2020, précise Didier Codorniou, vice-président de la région, mais il s’inscrit aussi dans une vision prospective à cinquante ans. » Moins qu’un programme, le plan Littoral 21 constitue surtout un cadre d’intervention qui permettra de labelliser des projets portés par les collectivités et d’accompagner leur réalisation.

Déblocage des financements imminent. Les premiers financements devraient être attribués dès le second semestre 2017. L’une des forces du projet, outre son caractère partenarial, est de proposer une approche du littoral intégrée et multidisciplinaire. Parmi les enjeux identifiés figure la nécessité de reconnecter le littoral à son arrière-pays. Cette ouverture doit permettre d’élargir l’offre touristique en valorisant le patrimoine régional. Carole Delga rêve aussi de mobiliser les écosystèmes de l’innovation de Toulouse et de Montpellier pour fertiliser l’économie littorale. Autre priorité : moderniser des stations balnéaires vieillissantes pour en faire des villes durables. Il s’agit de requalifier les espaces publics, d’introduire la notion de densité, de développer l’offre de services, d’adapter les logements aux attentes de la clientèle. « Les résidences privées doivent être rénovées en profondeur, estime Robert Crauste, maire du Grau-du-Roi. Si rien n’est fait, nous aurons des lits froids et des appartements qui se ferment. »

« Notre littoral constitue un laboratoire à l’échelle du monde. »

Prévenir les effets du changement climatique figure aussi parmi les défis de Littoral 21. La réponse passe par la protection du trait de côte, menacé par l’érosion et l’élévation du niveau de la mer. Elle consiste aussi à imaginer des équipements résilients. La Caisse des dépôts, par exemple, travaille à la conception d’un bâtiment d’habitation qui serait à la fois capable de faire face aux événements naturels, dont le risque de submersion, et construit à partir de filières d’approvisionnement locales. « Nous sommes en train “d’incuber” l’idée, explique Thierry Ravot, directeur régional. Nous espérons lancer un pilote en 2018. »

La question des transports figure également en bonne place dans les orientations du plan. Objectifs : mieux connecter les villes aux stations balnéaires ; relier les stations entre elles par des liaisons douces ; retraiter les voiries des stations Racine, conçues pour le tout-voiture ; intégrer les ports dans les réseaux de mobilités.

Croissance bleue. Enfin, l’un des grands enjeux du plan Littoral 21 consiste à développer l’économie de la mer, trop étroitement limitée jusqu’ici à l’accueil touristique. Cette volonté trouve son illustration la plus manifeste avec les projets d’éolien flottant en mer, susceptibles de donner naissance à une nouvelle filière industrielle. La croissance bleue passe aussi par le développement de l’aquaculture, l’essor de l’activité portuaire et la dynamisation de l’industrie nautique. Sans oublier la valorisation à l’extérieur des savoir-faire développés localement.

Les experts de la mission Littoral proposent la création d’un pôle de compétitivité lié au génie écologique. « Notre littoral, avec ses 220 km de côtes, constitue un laboratoire à l’échelle du monde entier, souligne Jean-François Blanchet, directeur général du groupe BRL, l’opérateur hydraulique de la région. Avec Littoral 21, la région prend un temps d’avance sur les questions que tous les grands littoraux auront à traiter. » Thierry Ravot, de la Caisse des dépôts, estime pour sa part que ce programme « constitue l’un des plus beaux schémas de création d’une identité régionale. Si la méthode fonctionne, elle pourra être appliquée à d’autres thèmes ». Reste à traduire les intentions en actes.

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ENCADRE

Un territoire sous pression

220 km de côtes.

40 000 ha de lagunes.

171 communes réparties dans quatre départements : Gard, Hérault, Aude, Pyrénées-Orientales.

1,3 million d’habitants permanents.

8 millions de touristes par an.

20 stations balnéaires.

70 ports de plaisance totalisant 30 000 anneaux.

5 ports de pêche.

3 ports de commerce : Sète, Port-la-Nouvelle et Port-Vendres.

1 790 entreprises liées au nautisme, totalisant 6 600 emplois.

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