Enjeux SPÉCIAL NUMÉRIQUE

L’image fragmentée du bâtiment connecté

Une étude pointe l’hétérogénéité des perceptions et des pratiques dans le secteur.

Le terme de « bâtiment connecté » fait partie de ces concepts insaisissables dont la définition semble changer au gré des conversations. Ce magma d’idées méritait bien une enquête afin d’en extraire les opinions les plus répandues. « Le Moniteur » et le cabinet de conseil Oliver Wyman se sont attelés à la tâche au mois de mai. « Jusqu’à présent, le secteur du bâtiment était concentré sur l’ouvrage, explique Xavier Ruaux, responsable de l’industrie pour la France d’Oliver Wyman. Il se préoccupait peu de l’occupant. Or, le numérique met au centre le client et ses usages. Son développement provoque donc une révolution dans les pratiques. Le bâtiment n’est plus une carcasse vide. » L’étude a été menée auprès de 226 entreprises. L’échantillon se compose en majorité de concepteurs : des architectes et des bureaux d’études (54 %), des maîtres d’ouvrage ou assistants à maîtrise d’ouvrage (20 %) et des maîtres d’œuvre (8 %). La répartition par taille est homogène avec 39 % de très petites entreprises (TPE), 33 % de petites et moyennes entreprises (PME) et 26 % d’entreprises de taille intermédiaire (ETI) ou grandes entreprises.

Les mentalités résistent. Premier constat, les sondés ne s’accordent pas sur les caractéristiques d’un « bâtiment connecté ». Parmi les 200 réponses reçues, il est rare d’en trouver deux identiques. Les notions de domotique et de contrôle à distance reviennent le plus souvent. « En revanche, les mots “modularité”, “flexibilité”, “usages” totalisent très peu d’occurrences, complète Xavier Ruaux. Ils traduisent pourtant les besoins actuels des clients. » L’interaction avec l’extérieur reste aussi peu citée. « L’offre n’est pas encore très claire, constate David Kaufmann, responsable de la construction du cabinet de conseil. Certes, la domotique peut faire référence à certaines propriétés du bâtiment connecté, mais elle évoque aussi le passé. » Dans le langage du consultant, c’est l’adjectif « connecté » qui est déjà anachronique. « Cela suggère une mise en contact entre deux points. Les possibilités offertes par les réseaux de capteurs et le BIM sont bien plus larges. Nous nous dirigeons vers la construction consciente. » Par ailleurs, l’image du numérique demeure associée aux édifices tertiaires : seuls 23 % des professionnels placent les logements parmi les bâtiments les plus « connectés ».

L’enquête souligne également une différence de vision entre les entreprises qui ont déjà travaillé sur un « bâtiment connecté » (39 %) et les autres. Ainsi, quand l’énergie, la connectivité et la sécurité arrivent en tête des priorités pour ce type de projet, les initiés y ajoutent la modularité (lire ci-contre) . « C’est un point très positif, remarque David Kaufmann. L’organisation des utilisateurs est beaucoup plus mouvante qu’auparavant. Le bâtiment doit pouvoir s’adapter à ces changements. Et même dans le reste de l’échantillon, je remarque une évolution. Il y a cinq ans, la qualité de l’air n’aurait pas figuré aussi haut dans les priorités. » En outre, si tous désignent le coût et le manque d’information comme les principaux freins de ces technologies, ceux qui ont l’expérience du bâtiment connecté pointent aussi le manque de compétences des clients. Ils se montrent enfin plus optimistes : 27 % estiment que les demandes en la matière ont fortement augmenté depuis deux ans, alors que la moyenne des entreprises plafonne à 14 %.

Pour les petites entreprises, le bâtiment connecté ne générera pas de chiffre d’affaires supplémentaire.

L’étude comprend des questions supplémentaires pour ces répondants expérimentés. Ainsi 90 % d’entre eux indiquent que le volet connecté avait été pensé dès la conception de l’opération à laquelle ils ont participé. Cependant, les applications mobiles dédiées au contrôle des équipements ne sont pas encore la norme (44 % en ont déjà conçu). « La valorisation des données demeure ardue, ajoute David Kaufmann. Leur exploitation est souvent partielle et ne tire pas profit de tout ce potentiel. »

Les TPE frileuses. Les effectifs de l’entreprise apparaissent également comme un élément significatif. Les TPE se révèlent plus sceptiques que les autres professionnels. A propos du chiffre d’affaires additionnel que pourrait générer le bâtiment connecté, 34 % considèrent qu’il sera nul. Un sentiment partagé avec 16 % des PME et 14 % des ETI et grandes entreprises.

Cette prudence se retrouve dans leur perception des clients. Pour 45 % des TPE, ceux-ci n’accepteraient pas de payer le surcoût engendré par de nouveaux équipements. Seulement 32 % des PME et 33 % des ETI et grandes entreprises partagent cette opinion. « L’entrée dans le numérique représente un coût conséquent : l’achat des logiciels, les formations… La transformation prendra du temps, analyse David Kaufmann. Néanmoins, quand on connaît l’importance des TPE dans le marché français, ce clivage constitue un risque majeur pour l’économie du secteur. »

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Méthodologie

L’étude quantitative en ligne a été réalisée entre le 17 mai et le 2 juin 2017, auprès d’un échantillon de 226 répondants. Elle concerne plusieurs acteurs de la construction : architectes, bureaux d’études, maîtrise d’ouvrage, assistance à maîtrise d’ouvrage et entreprises de construction.

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