Architecture Technique Restructuration

L’hôtel Lutetia gagne deux sous-sols

Mots clés : Hôtels et pensions de famille

Les reprises en sous-œuvre en plein Paris exigent le forage de 250 micropieux en sous-structure. Le chantier de rénovation doit être terminé en trois ans.

Pour doter l’hôtel Lutetia de deux nouveaux sous-sols, plutôt que le traditionnel puits blindé, Eiffage a proposé la technique du micropieu. Le premier, d’un diamètre d’au moins 1,5 m, est creusé manuellement, ce qui prend du temps. Le second, foré à la machine sur un diamètre réduit à 30 cm, est plus rapide à mettre en œuvre. « C’est cette variante au cahier des charges qui nous a permis d’être choisis pour réaliser les travaux de reprise en sous-œuvre de l’hôtel », se félicite Florent Bonnet, directeur d’exploitation pour les travaux de réhabilitation chez Eiffage. Restait à mettre au point la méthodologie. De fait : forer des micropieux sous les fondations existantes pour en reprendre les charges était le meilleur moyen de gagner un temps précieux sur ce chantier très contraint, avec un délai initial de onze mois de travaux pour l’infrastructure, tel que réclamé par le client.

L’objectif du maître d’ouvrage, le groupe Alrov, est de conduire en moins de trois ans la rénovation complète du Lutetia, fleuron de l’hôtellerie parisienne Art déco, emblème des années folles et de la Seconde Guerre mondiale. Bâti en trois phases – 1907 pour le bâtiment principal, 1912 pour le prolongement boulevard Raspail, et 1930 pour les grandes extensions en fond de cour -, l’hôtel n’avait encore jamais subi de restructuration lourde. Après plus d’un siècle, l’objectif est de transformer entièrement l’établissement en améliorant son confort et le standing pour le transformer en palace. Cela passe d’abord par le creusement d’un deuxième sous-sol sur certaines parties et la création d’un troisième sous-sol pour abriter un espace piscine-spa, des locaux techniques, cuisines, cave, cellier, chambres froides. Et ensuite par la rénovation complète de la superstructure, des étages et des chambres, sans toutefois toucher aux trois salons historiques (Président, Saint-Germain et Borghèse) ni à leur structure. L’opération doit se faire sans apporter de poids supplémentaire à l’existant.

Un radier et des voiles masques de 45 cm d’épaisseur.

Les bâtiments ont été totalement vidés en 2014 puis curés, déplombés et désamiantés pendant sept mois. Début 2015, Eiffage a entrepris les travaux de reprise en sous-œuvre sur les 3 000 m² d’emprise au sol des six bâtiments après avoir mis au point sa technique par micropieux avec le logiciel SketchUp. Durant six mois, trois postes de travail ont assuré le forage de 250 micropieux de 12 à 17 m de profondeur. Chacun reprend 15 à 130 tonnes pour suspendre provisoirement ou définitivement les structures existantes, assurer la restructuration et la création des nouveaux murs périmétriques ou poteaux en sous-sols. En complément, des voiles masques de 45 cm d’épaisseur sont coulés le long des mitoyens pour éviter tout désordre sur les structures avoisinantes. Après décaissement, un radier de 45 cm en plancher bas du troisième sous-sol complète la stabilisation. Au total, près de 5 500 m3 de béton sont coulés.

« Ce chantier est très technique et complexe, remarque Florent Bonnet. Outre des délais très serrés, il faut aussi tenir compte d’un environnement urbain très dense avec un seul accès par la rue de Sèvres. » Pour l’occasion, deux ponts Bailey (structure métallique préfabriquée issue du génie militaire) ont été installés entre le rez-de-chaussée et le sous-sol. Ils assurent en sécurité les allées et venues quotidiennes des lourds engins de chantier, des matériaux et l’évacuation par camion des 15 000 m3 de terres excavées. A l’extérieur, rien n’est visible.

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ENCADRE

3 000 m² d’emprise au sol pour les six bâtiments de l’hôtel faisant l’objet de reprises en sous-œuvre.

250 micropieux de 12 à 17 m de profondeur pour supporter les structures existantes.

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Maîtrise d’ouvrage : groupe Alrov. Architecte : Jean-Michel Wilmotte (Wilmotte & Associés). Management de projet : Mace. Bureau d’études : Sfica. Entreprise gros œuvre : Eiffage (lots infra- structure et superstructure). Durée des travaux : été 2014-printemps 2017. Budget : 100 millions d’euros, dont 10,5 millions de reprise en sous-œuvre et 8,5 millions de gros œuvre en superstructure.

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Descentes de charges - Des micropieux provisoires sous les poteaux

La reprise en sous-œuvre sous les poteaux en fonte existants a été opérée selon le même processus que pour les murs périphériques. Après avoir démoli le plancher bas, quatre micropieux sont forés autour du poteau existant et ses charges reprises par la technique du moisage. Le plancher bas est ensuite coulé à nouveau et le terrassement se fait en taupe pour dégager le second niveau où une autre dalle est coulée. Le poteau est alors prolongé dans le nouvel espace créé avant de poursuivre le processus au troisième sous-sol. En fin d’opération les micropieux sont sciés dans les volumes pour libérer l’espace.

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Voiles périphériques - Des micropieux définitifs sous les murs

La méthodologie mise au point par Eiffage vise à reprendre l’ensemble des charges périphériques du bâtiment par des micropieux et des poutres voiles avant de procéder au terrassement des terres sous-jacentes. Après démolition de l’ancien plancher du premier sous-sol, des niches distantes de 1,5 à 2 m sont creusées en deux passes alternées dans le porteur pour y forer les micropieux à l’aplomb du mur dont ils reprennent la charge (voir schéma 1, page ci-contre). Un premier terrassement permet alors de couler la partie 1 de la poutre voile (schéma 2), complétée d’un second terrassement pour la partie 2. Les fouilles se poursuivent en taupe selon le même mode opératoire (poutre voile parties 3 et 4, puis 5 et 6), après avoir coulé le nouveau plancher du premier sous-sol pour stabiliser l’ouvrage (schéma 3). Le terrassement se poursuit au deuxième sous-sol puis au troisième, où le radier du plancher bas est coulé sur 45 cm d’épaisseur (schéma 4), à 5 m de profondeur. Les micropieux portent encore sur 7 à 12 m dans le sol.

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Superstructure - 2 000 m3 de béton allégé pour les planchers

Les travaux de superstructure concernent la reprise des huit niveaux supérieurs et intègrent le renforcement des 13 230 m² de planchers et des 507 poteaux existants, avec la création de trois cages d’escalier et deux cages d’ascenseur. Ici, 600 m3 de béton classique et 2 000 m3 de béton allégé LC 25-28 de Cemex (1 800 kg/m3 avec granulats à base de schiste) sont coulés par pompage. Pour les dalles, ce dernier intègre un film polyane, une mousse de polyuréthane projetée sur les augets et des nappes de treillis soudés afin de renforcer les planchers existants sans alourdir la structure.

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