Enjeux 5/7

L’homme de l’Art

Mots clés : Architecte

L’architecte bordelais Michel Pétuaud-Létang a plus d’un art à son arc. Il jongle avec les talents de peintre, d’écrivain, d’éditeur tout en jouant les inventeurs à ses heures perdues.

Michel Pétuaud-Létang fait partie de cette génération bénie d’architectes qui pouvaient construire avant d’être diplômés, ou encore inventer une maison en bois vendue en kit aux Galeries Lafayette et exportée jusqu’au Chili, et ce vingt ans avant Philippe Starck. Mais le fondateur de l’agence 4A, qui a aussi réalisé l’auditorium de Bordeaux sans commande extérieure, est avant tout un touche-à-tout de l’art.

Né à Mirande (Gers), Michel Pétuaud-Létang a toujours voulu être architecte mais choisit d’étudier aux Beaux-Arts parallèlement à l’école d’architecture de Bordeaux. « J’ai alors créé une troupe de théâtre avec des amis. Nous avons été les premiers à jouer une pièce d’Arrabal en France. Nous réalisions aussi les décors. » Une autre passion l’anime : « Je dessine tout le temps. Quand j’étais petit, l’instituteur utilisait mes dessins pour le journal de l’école. » Peintre et aquarelliste, il pratique dans l’atelier d’un ami : « La peinture m’oblige à trouver ce qui domine dans un paysage. Corbu dessinait mal, mais dans ses croquis, l’essentiel était dit. »

Tour du monde architectural.

Coup de chance incroyable, à 20 ans, Michel Pétuaud-Létang accompagne un industriel local dans un tour du monde architectural, qui le mène de Chandighar à Canton, de Tel Aviv à San Francisco en passant par Chicago. Il fait alors la connaissance de Kenzo Tange et Mies van der Rohe. Puis c’est le temps de la débrouille : « J’ai monté mon cabinet en 1964, avant même d’être diplômé, et j’ai tout de suite eu du travail. »

Auteur de poèmes et d’ouvrages sur Bergeon et Kéramsi, il crée sa propre maison d’édition, A Editions, « déficitaire, évidemment ». En redécouvrant le cardo et le decumanus bordelais dans les fondations d’un chantier, il en tire la substance d’un livre : « En deux mille ans, la ville n’a pas bougé. Elle a ses gênes propres qui forgent les hommes et font son caractère, qui traverse le temps. Les maires successifs peuvent l’améliorer, la corriger, la nettoyer mais ne la changent pas. »
De sa pratique, Michel Pétuaud-Létang s’est forgé une conviction : « L’architecture est un art global, pluridisciplinaire, polyvalent. Un architecte doit être constamment à l’écoute, traduire les intentions. » Et un regret : « Les architectes sont devenus des éléments de communication des hommes politiques, choisis en fonction de leur écho médiatique. Je suis un architecte sans collier, mais je participe à la vie dans la société. Et comme tout homme libre, je ne suis pas en odeur de sainteté. » 

La semaine prochaine, le portrait de la famille Brodbeck, architectes et musiciens

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