Technique et chantier Logement

L’habitat social parisien réinterprété

Mots clés : Architecte - Bâtiment d’habitation individuel - Logement social - Situation économique

Avec sa terrasse collective, ses logements différenciés et ses coursives ouvertes sur le voisinage, cet immeuble, conçu par l’architecte Stefania Stera, vise l’économie, le soin du détail et la qualité d’usage. Panneaux solaires et récupération des eaux pluviales en sus.

Au cœur du quartier populaire de la « Goutte d’Or » à Paris XVIIIe, cet immeuble de 22 logements sociaux affiche son ambition : offrir à ses locataires l’impression de vivre dans un lieu privilégié. Déjà, sa peau de béton en dit long sur cette volonté. Matricée, avec un aspect de tôle ondulée, elle est lasurée pour lui donner du brillant. Elle digère ainsi totalement les persiennes coulissantes métalliques qui occultent de grandes fenêtres à galandage réparties sur sa façade. Mais elle fait aussi ressortir certains garde-corps tout en couleur. Rien ne semble aligné sur cette façade : « Entre les zones matricées, non matricées et les fenêtres, il a fallu faire un travail de calepinage important », confie Stefania Stera, architecte de ce projet.

Inspirée par les travaux de Le Corbusier sur la création de lieux de partage, influencée par les grandes villes méditerranéennes, et admirative des modèles participatifs du nord de l’Europe, Stefania Stera a rêvé de faire de ce bâtiment une ruche, foisonnante à l’intérieur et ouverte sur son quartier.
Ainsi, deux grandes terrasses accessibles par l’ascenseur sont, elles, aménagées au sommet du bâtiment. « Ce sont des espaces de rencontre par excellence, auxquels il faut trouver de nouveaux usages collectifs », assure la jeune femme qui imagine ici des goûters, des apéritifs, des fêtes entre voisins.

Pas de couloirs fermés

Même chose pour les axes de circulation dans l’immeuble : il n’y a pas de couloirs « fermés ». Les ascenseurs donnent sur des coursives et des escaliers en plein air, d’où l’on aperçoit cours intérieures et voisinage. « C’est comme une Casbah, les locataires s’y croisent forcément », insiste l’architecte. Ces agencements permettent une ouverture sur la ville… jusque dans le local à vélos côté jardin : seule une grille le sépare de la rue.
Autre trait spécifique de ce bâtiment, l’unicité de chaque appartement. « J’ai pensé ces logements sociaux comme des espaces à haute qualité de vie, utilisant même les codes du luxe », affirme l’architecte. Or, le luxe est étroitement lié à la singularité ! Chacun des sept F1, quatre F2, six F3 et cinq F4 est agencé différemment. Un terrain où Stefania Stera a laissé s’exprimer pleinement son originalité et son approche pragmatique des espaces à vivre. « Les surfaces sont minimales, 30 m² par exemple pour les studios », souligne-t-elle. Les couloirs intérieurs sont donc limités, des portes s’ouvrent à deux battants pour agrandir les espaces, les salles de bain sont pensées comme des lieux de rangement, des chambres ouvrent sur la cuisine, lieu de vie par excellence. Il n’y a pas de balcon ? Peu importe. En installant, du côté intérieur, les garde-corps des fenêtres à galandage, l’architecte crée l’illusion d’une terrasse. Finalement, en jouant sur la simplicité de la structure, celle-ci a pu soigner les détails dans le respect du strict cadre budgétaire d’un immeuble social : couleur des garde-corps, toucher des poignées de porte…
« Tout cela fait partie du projet environnemental, conclut Stefania Stera. En effet, hormis les spécificités techniques de ce bâtiment HQE (Profil A de la RT 2005 avec isolation intérieure, panneaux solaires pour couvrir 40 % des besoins en eau chaude sanitaire, récupération des eaux de pluie de 3 000 litres), il vise l’économie et la qualité d’usage. »

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ENCADRE

Fiche technique

Maîtrise d’ouvrage : Régie immobilière de la Ville de Paris (RIVP).
Maîtrise d’œuvre : Stera Architectures (Stefania Stera).
Entreprise générale : Bouygues.
Surface : 1 606 m 2 (HON) sur un terrain de 454 m 2 .
Calendrier : chantier livré le 1 er février 2010 après quatorze mois de travaux.
Coût : 3,317 millions d’euros HT (soit 2 065 euros/m² utile pour 22 logements et 2 commerces).

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