Architecture Technique Logement

L’habitat à l’ère de l’intergénérationnel

Mots clés : Bâtiment d’habitation individuel - Enfance et famille

Dans le logement comme ailleurs, le brassage des âges ne va pas de soi. La forme construite et la typologie des logements entendent y remédier.

La volonté de faire résider côte à côte personnes âgées et population active pourrait relever du truisme à l’ère du « vivre ensemble » et du « renforcement du lien social » généralisés. Pourtant, le pari de l’immeuble de logements intergénérationnel, séduisant sur le papier, est loin d’être banalisé même si le concept connaît un succès croissant. D’autant que la France vieillit : en 2035, les plus de 60 ans représenteront 31 % de la population totale contre 20 % actuellement, selon l’Insee. Cette forme d’habitat, qui vise à panacher les générations au sein d’un même ensemble construit, entend à la fois proposer aux plus âgés des logements adaptés à leur situation, tout en poursuivant l’objectif d’accroître la solidarité entre les uns et les autres.

Rompre la solitude et l’ennui, se sentir en sécurité en cas de problème de santé, etc. Pensée en amont du premier coup de pioche, la conception d’un ensemble intergénérationnel doit impliquer tous les acteurs. Seniors, jeunes couples, familles avec enfants, étudiants, jeunes travailleurs disposeront ainsi chacun de leur logement, tout en bénéficiant d’espaces partagés de convivialité : salle commune, salon de musique, espace d’activités, terrasse ou jardin…
Les conditions de vie de demain se dessinent aujourd’hui. Et c’est parce que les relations intergénérationnelles semblent ne plus aller de soi, que promoteurs, bailleurs et architectes s’emparent du sujet pour combattre la désinsertion sociale des anciens.

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« Jouer sur la typologie des logements »

« Chacun appelle de ses vœux une vraie mixité générationnelle. Mais comment l’obtenir dans le cadre de la programmation du logement social qui fonctionne selon des contingents – collectivités locales, Etat, Action Logement – qui ne sauraient être discriminants. La typologie apporte un élément de réponse : des studios attireront des célibataires, de jeunes couples, voire des personnes âgées qui quittent un pavillon. Une autre possibilité est de travailler sur l’occupation des logements : ainsi, des seniors seuls dans un quatre-pièces le libéreront pour une famille, avant d’être réorientés vers une résidence mieux adaptée. Cette réflexion favorise le dialogue et accélère le mouvement, mais suppose un travail en amont avec les financeurs. L’intergénérationnel est dans l’air du temps et répond à un réel besoin. »

Pierre Paulot, directeur de l’architecture et du développement chez 3F.

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Bordeaux - Concerto pour plusieurs générations

Pour réaliser cette opération de 52 logements à destination de familles et de personnes âgées, la réflexion menée par le bailleur social Logévie et les architectes a d’abord porté sur l’évolution des modes de vie. Comment, en effet, mixer ces deux populations si la seconde dispose d’espaces confinés, tenant plus du logement étudiant que de l’appartement, et déconnectés des besoins des nouveaux seniors, actifs, très sollicités et non plus assistés ? Résultat : leurs petits T2 classiques gagnent ici en surface, avec une alcôve qui peut servir de chambre (sans augmentation significative du loyer). Quelques appartements sont même conçus pour la cohabitation. Toutes les générations se retrouvent dans les espaces collectifs dédiés à la musique : à Concert’ô, les locataires ont en commun leur goût pour cet art particulièrement rassembleur.

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Maîtrise d’ouvrage : Icade Promotion. Maîtrise d’œuvre : Leibar & Seigneurin, architectes. BET : Egis (TCE). Entreprise générale : Cari. Surface : 4 368 m2 Shon. Montant des travaux : 5,334 millions d’euros HT.

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Lyon - Immeuble sous haute solidarité

Au Victoria, ce sont les personnes à mobilité réduite qui, au travers du Groupement pour l’insertion des personnes handicapées physiques (GIHP), font office de locomotives, stimulant l’échange et l’entraide entre les locataires, toutes catégories confondues : deux principes fondateurs inscrits dans la charte de solidarité signée par chaque habitant avant son arrivée.
Avec pour bailleur social GrandLyon Habitat, l’immeuble regroupe 75 logements, dont 30 familiaux, 15 réservés aux seniors, 20 aux étudiants, 10 aux personnes handicapées, ainsi que des locaux d’activités, dont les bureaux du GIHP. Tous les habitants rentrent par le même hall, vaste comme un lobby d’hôtel (110 m2 !), empruntent les mêmes ascenseurs, échangent sur les paliers avec vues dégagées sur le paysage urbain, papotent dans le jardin collectif…

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Maîtrise d’ouvrage : Nexity Apollonia. Maîtrise d’œuvre : Atelier Régis Gachon Architectes Associés. BET gros œuvre : Matte à Villeurbanne. BET thermique : Cardonnel Ingénierie à Créteil. VRD : Infra Service à Lyon. Paysagiste : Peter Alfred à Strasbourg. Architecte de la ZAC : Ateliers Lion à Paris. Entreprise : SO GRE BAT (gros œuvre). Surface : 5 804 m2 Shon. Montant des travaux : 6,655 millions d’euros HT.

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Paris IVe - Un palace pour tous les âges

Au bord des quais, deux immeubles accolés, l’un Art déco, l’autre haussmannien, abritent 45 logements sociaux pour personnes âgées (gérés par Coallia) et 47 pour jeunes travailleurs (gérés par ALJT). Une mixité traduite « sans angélisme, car ce ne sont pas pour autant les mêmes modes de vie », souligne l’architecte de la résidence des Célestins, justifiant ainsi la nette répartition des logements : aux jeunes, le bâtiment haussmannien, facilement reconfigurable pour des studios de 18 m2 ; aux plus âgés, celui des années 1930, les volumes étant à la base plus généreux pour y placer des logements de 27 m2.
Tous se partagent des espaces collectifs à faire pâlir d’envie : hall d’entrée de style Art déco, « cyber-papothèque » pour surfer et discuter, salle d’activités, salon, salle de gymnastique et… terrasse avec vue panoramique sur la Seine et Notre‑Dame‑de-Paris !

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Maîtrise d’ouvrage : Elogie. Maîtrise d’œuvre : Atelier Laurent Niget, architecte. BET : Studetech (TCE). Entreprise générale : Brézillon. Surface : 5 062 m2 Shon. Coût : 6,55 millions d’euros HT.

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Toulouse - Un îlot urbain mixte et multigénérationnel

Tout juste inauguré, l’îlot Natura décline, sur une ancienne zone artisanale de 1,6 hectare, un nouveau quartier : 131 logements (dont 97 sociaux), une crèche (40 places), une résidence seniors (69 appartements) et un Ehpad (71 chambres) préfigurent ici les nouvelles orientations de la Ville en termes de mixité sociale et générationnelle. Une opération qui, pour le maire Jean-Luc Moudenc, « n’aurait jamais vu le jour sans un état d’esprit de partenariat et de mutualisation entre opérateurs privés et collectivité ». Celle-ci concerne en effet plusieurs maîtres d’ouvrage, réunis pour créer ce fragment de ville où un jardin partagé prend place entre la crèche et la résidence seniors. Pour Jean-Louis Jérémie, architecte (Ar-Quo), « le défi était de proposer une unité architecturale pour des usages multiples, en y intégrant les aspects sociaux, économiques et environnementaux. Avec deux mots-clés : lien social et nature ».

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Maîtrise d’ouvrage : Crédit agricole Immobilier, Nouveau Logis méridional, Villages d’Or, Ville de Toulouse. Maîtrise d’œuvre : J.-L. Jérémie et P. Cagnasso, architectes. BET : Bettec (béton), G2 (VRD), Atmosphères (chauffage). Surface : 16 686 m2 SU. Coût : 20 M€ HT.

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