Architecture Patrimoine

L’ex-imprimerie retrouve ses lettres de noblesse

Mots clés : Conservation du patrimoine

La reconversion d’une maison d’édition tourangelle a rendu sa lisibilité à une écriture moderne des années 1950, signée Zehrfuss, Prouvé et Pillet.

MAME. Quatre lettres majuscules en tubes fluorescents ornent le frontispice de l’ancienne maison d’édition bâtie en 1953 par la famille Mame à Tours (Indre-et-Loire), aujourd’hui reconvertie en lieu de création. Les livres n’y sont plus fabriqués, mais l’histoire continue de s’écrire entre ses colonnes.

L’édification de cette imprimerie en bord de Loire est un roman-fleuve. Point de départ : la nécessité de reconstruire les ateliers détruits durant la Seconde Guerre mondiale. Alfred Mame (1909-1994), héritier d’une longue lignée d’imprimeurs, fait appel à son ami architecte Bernard Zehrfuss (1911-1996) pour lui bâtir une « petite usine bijou », sous-titrée « très moderne ». L’expert en structure béton propose un système poteaux-poutres qui permet une organisation à la fois rationnelle et flexible du processus industriel. Les ateliers de fabrication s’étendent sur une surface de 80 m de côté, tandis que les espaces de stockage et les bureaux s’empilent dans une « tour » de trois étages mesurant 40 x 30 m. La toiture de l’usine est confiée à Jean Prouvé (1901-1984), inventeur en 1950 de sh ed s préfabriqués avec Bernard Laffaille (1900-1955). Les deux ingénieurs ont mis au point un panneau autoportant et isolant qui se veut léger en poids et en prix. Posés pour la première fois à l’imprimerie Mame, les 672 panneaux (6 x 1 m) sont composés d’une tôle d’aluminium courbe et d’un châssis vitré qui protègent et éclairent idéalement les 5 432 m2 d’ateliers. La surface intérieure polie répand la lumière naturelle dans tout le volume bâti. Soucieux du confort visuel des ouvriers, le peintre Edgard Pillet (1912-1996) est venu apporter dans les espaces de travail une « harmonie de couleurs physiologiquement bénéfique » : jaune, bleu, blanc, gris et noir. Ces aplats colorés surlignent aussi les tracés architecturaux de cette œuvre commune. A l’étage de la direction, sur le toit de la tour, quatre pavillons métalliques signés Prouvé abritent des bureaux, un living-room, une salle de bains et la salle de réunion du conseil d’administration.

Ecrire une nouvelle page. En l’an 2000, l’imprimerie Mame est inscrite à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques, avant de fermer en 2011. Le site est racheté par la Société d’équipement de la Touraine (SET), qui souhaite le reconvertir. « Comme Alfred Mame, nous avons associé deux hommes de l’art », souligne Pascal Gomes, directeur de la SET. L’architecte Franklin Azzi et l’architecte en chef des monuments historiques Pierre-Antoine Gatier ont œuvré ensemble pour redonner au bâtiment ses lettres de noblesse et écrire une nouvelle page «Nous voulions projeter l’édifice dans le futur sans oublier son passé », lance Pierre-Antoine Gatier. « Après des décennies d’utilisation et de modifications, il fallait restituer la modernité d’origine », rebondit Franklin Azzi. Tels des archéologues, les deux maîtres d’œuvre et leurs équipes ont fouillé les archives et gratté les couches de peinture pour retrouver et restaurer l’état initial du projet, notamment les menuiseries extérieures. « Nous avions la conviction que l’écriture de Zehrfuss, Prouvé et Pillet pouvait être actuelle », défend Pierre-Antoine Gatier ; « et réinterprétée », ajoute Franklin Azzi.

Ecole d’édition numérique. Dans cette histoire, le duo a pu rédiger le chapitre I sur la tour mais pas le chapitre II sur les ateliers, qui s’écrira en 2018. « La première trame d’ateliers, qui accueille l’Ecole des beaux-arts, peut servir de prototype pour le reste, espère Franklin Azzi. Nous avons remis en fonctionnement tous les organes vitaux – électricité, chauffage, ventilation – sans abîmer le monument historique. » Les réseaux apparents se greffent sur la structure en béton qui garde ainsi son âme d’usine. « Une bonne réhabilitation doit être chirurgicale, estime-t-il. Pas besoin de mettre une peau sur le squelette en béton. » Propriétaire et gestionnaire des lieux depuis la fin 2016, la métropole Tour(s) Plus y installe progressivement de nouveaux usagers : une école d’édition numérique en janvier dernier en R + 2 et deux start-up informatiques en septembre prochain en R + 1. La preuve que le patrimoine possède une capacité de réécriture.

Maîtrise d’ouvrage : Société d’équipement de la Touraine. Maîtrise d’œuvre : Franklin Azzi Architecture (mandataire), Pierre-Antoine Gatier (ACMH). BET : 3IA (généraliste), Tribu (environnement), VPEAS (économiste), Qualiconsult Services (acoustique). Entreprises : PMCO (démolition), Atmosphère 37 (désamiantage), Mabuleau (déplombage, peinture), Boutillet (gros œuvre), Roulliaud (ravalement de façades), Bergeret (étanchéité), Asselin (menuiseries extérieures), G. Dubois (menuiseries intérieures), Magalhaes (revêtements de sols et murs), Guionnière (cloisons, faux plafonds, doublage), Millet (serrurerie), Eiffage Energie (électricité), Gascheau (VRD). Surface de plancher : 16 000 m2 . Coût des travaux : 6 millions d’euros HT.

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