Enjeux Bertrand Grosse

« L’entreprise Léon Grosse se prépare à une croissance exceptionnelle »

Mots clés : Entreprise du BTP

Le nouveau président du directoire met le cap sur le nucléaire et le Grand Paris… soutenu par un projet de déploiement territorial et d’acquisition majeure.

Vous venez d’accéder à la présidence du directoire de Léon Grosse, quel est votre projet pour l’entreprise ?

Je succède en effet à Bernard Bonnet, qui occupait ce poste depuis quinze ans et part à la retraite avec un bilan remarquable. L’entreprise Léon Grosse a commencé une profonde mutation il y a maintenant trois ans. Nous avons, tout d’abord, connu un changement d’actionnariat puisque mes parents ont transmis à leurs cinq enfants toutes leurs actions, qui représentent 85 % du capital de l’entreprise, le solde étant détenu principalement par des collaborateurs de l’entreprise. Puis Léon, qui depuis nous a quittés, a laissé la présidence du conseil de surveillance à mon frère Jérôme en 2012. Pour accompagner ce changement, nous avons ensuite décidé de mettre en place une nouvelle gouvernance, en accueillant au sein de ce conseil, outre les membres de la famille et d’anciens hauts responsables de l’entreprise, quatre membres de cultures différentes. En nous ouvrant à d’autres idées, ils nous aident à impulser un nouveau projet reposant sur un modèle d’entreprise qui a fait ses preuves.

L’impulsion que vous souhaitez donner à votre entreprise traduit-elle cette ouverture ?

Oui. Nous voulons passer d’une stratégie opportuniste à une stratégie construite et globale, fondée sur le développement. Nous devons intégrer de nouvelles compétences. Léon Grosse part à la conquête de nouveaux marchés. Pour améliorer également notre solidité et compenser les zones de moindre activité, nous nous déploierons géographiquement en ouvrant aussi de nouvelles agences afin de créer un maillage plus complet en France. Cela se fera notamment dans l’Ouest, le Centre et le Sud-Ouest, où nous sommes encore peu présents.

Ce développement sera soutenu par des résultats actuels déjà très satisfaisants…

C’est vrai que, dans cette situation dégradée, nous nous en sortons plutôt mieux que les autres. Notre chiffre d’affaires a progressé de 6 % en 2014, pour atteindre 720 millions d’euros, et nous avons réussi à maintenir notre résultat net à 2,4 %. Cela provient du fait que nous avons amélioré notre maîtrise des gros chantiers à forte valeur ajoutée technique. C’était le cas avec le satellite S4 de Roissy, un bâtiment de 700 mètres de long qui représentait 120 millions de gros œuvre, ou encore le stade Jean-Bouin – notre dernière grande fierté -, et son enveloppe en résille de béton fibré à ultra-hautes performances (BFUHP), dessiné par l’architecte Rudy Ricciotti.

Comment s’annonce 2015 ?

Paradoxalement, 2014 a été pour nous une bonne année en termes d’activité, même si nos marges ont nettement diminué. 2015 s’annonce sous les mêmes auspices, car nous avons bien réussi à maintenir notre carnet de commandes et l’emploi. Nous allons néanmoins travailler sur nos performances pour améliorer notre résultat et nous fixer de nouveaux objectifs.

Quel est votre objectif prioritaire ?

Nous voulons devenir un acteur significatif du génie civil nucléaire. Je considère que c’est l’une des seules activités de construction qui devrait croître dans les décennies à venir. Notre département Léon Grosse Nucléaire a réussi les étapes d’homologation auprès d’EDF, et nous construisons les quatre premiers Diesel d’ultime secours dans le cadre de la mise aux normes post-Fukushima du parc existant, gros sujet du moment avec le Grand Carénage. Ce sont des projets techniques et exigeants qui nous correspondent bien.

Quels autres marchés vous attirent ?

Le logement et le Grand Paris. Nous allons investir le logement grâce à des agences spécialisées dans les différents segments. Nous pouvons être plus compétitifs que nos grands concurrents, grâce à une structure de frais généraux plus légère. Nous utiliserons notamment notre filiale de montage immobilier (Léon Grosse Immobilier, NDLR) qui existe depuis deux ans et demi et que nous voulons fortement développer. La première affaire importante que nous ayons eue jusqu’ici en contrat de promotion immobilière est la construction du siège de l’Institut technologique du bois FCBA (25 millions d’euros) à la cité Descartes (Marne-la-Vallée), livré il y a quelques mois.

Comment vous placerez-vous sur le Grand Paris ?

Par les tunnels et le génie civil. En association avec une entreprise italienne leader dans la construction de tunnels, nous avons répondu aux appels d’offres pour les ouvrages souterrains, sans succès jusqu’ici, mais nous serons présents sur les suivants. De manière générale, nous n’avons pas la place que nous devrions avoir dans le génie civil. C’est pourquoi, en plus de l’agence historique d’Aix-les-Bains, nous avons créé une agence spécialisée à Paris. Nous n’excluons pas non plus de monter une filiale spécialisée dans les fondations spéciales.

Avez-vous des ambitions à l’international ?

Il n’y a pas si longtemps, nous avions exclu de partir à l’export. Mais nous avons évolué sur ce sujet et, aujourd’hui, nous nous sentons prêts à suivre nos clients avec nos agences spécialisées dans l’entreprise générale et les grands travaux. Nous explorons aussi la possibilité de nous implanter durablement à l’étranger dans nos métiers traditionnels. Nous ciblons des pays en développement dans lesquels il existe un bon degré de sécurité pour le personnel, et où les pratiques commerciales sont compatibles avec notre éthique. Nous avons récemment mis un premier pied au Maroc, mais la piste n’est pas encore suffisamment mûre.

Votre développement passe-t-il par des acquisitions ?

Aujourd’hui, nous pouvons assurer des chantiers de 120 millions d’euros sans perturber notre organisation. Mais nous n’avons pas encore la taille critique suffisante pour nous attaquer aux chantiers de 200 millions. Pour le faire, il va falloir que nous changions de taille. Sous les effets de la crise économique, qui contracte le marché et met à mal nombre de trésoreries, nous allons assister d’ici deux à trois ans à un mouvement de concentration des entreprises de BTP. C’est pour nous une occasion unique qui se profile. Nous allons pouvoir bénéficier pour cela de l’excellent travail réalisé par mon père et Bernard Bonnet, qui nous laissent un héritage humain formidable et une situation financière très saine. Si bien que, même si nous n’avons pas encore de cible précise, nous sommes aujourd’hui capables de réaliser une acquisition qui atteindrait la moitié de notre chiffre d’affaires, et cela sans faire appel à des financements extérieurs (banques, ouverture de capital…).

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