Enjeux Economie circulaire

L’art de faire du neuf avec du vieux

La maîtrise d’ouvrage n’a pas le choix : elle va porter un intérêt croissant à la « ressourcerie des matériaux », c’est-à-dire le fait d’utiliser les matières issues d’une déconstruction pour bâtir ou rénover un édifice, limiter son empreinte carbone et faire face à la rareté des ressources naturelles. « Les bâtiments qui nous entourent sont les matériaux de demain », a lancé Nicola Delon, cofondateur du groupement Encore Heureux Architecte, lors d’une conférence organisée par le Gecina Lab sur l’économie circulaire. Le groupement s’est fait remarquer pendant la COP 21 avec le Pavillon circulaire, bâti à 80 % avec des matériaux recyclés.

Pour sortir des projets symboliques et faire émerger l’économie circulaire dans le bâtiment, « il faut créer la demande pour ces types de matériaux », estime Aude-Line Dulière, chef de projet pour le belge Rotor Deconstruction. L’entreprise a donc monté une plate-forme de vente et une autre permettant de localiser en Belgique les matériaux extraits des bâtiments à démolir. Et de citer l’exemple d’un chantier où le maître d’ouvrage a finalement récupéré le carrelage de l’immeuble à détruire. « Les carreaux étaient de facture française », explique Aude-Line Dulière.

Passer par les certifications. Rotor Deconstruction est également intervenu sur le chantier de la caserne de Reuilly, « pour réaliser l’inventaire de chaque matériau, créer des fiches individuelles et indiquer leur poids, afin de calculer le tonnage final des matériaux réutilisés, détaille Aude-Line Dulière. A l’avenir, cela pourrait aider à obtenir une certification. » Conditionner l’obtention d’une certification comme Breeam, Leed ou HQE à la réutilisation des matériaux est « une nécessité pour développer la filière », juge Philippe Depoux, directeur général (DG) de Gecina.

La foncière – qui s’implique sur le sujet « par tâtonnement », selon l’expression de son DG – restructure un immeuble de bureaux situé rue d’Amsterdam, à Paris. « 12 % des matériaux y sont complètement recyclés », signale Philippe Depoux. Pour lui, la question des surcoûts n’est pas un frein. « Cela me rappelle la période où l’on travaillait sur la performance énergétique des bâtiments. Finalement, le sujet du coût s’était vite estompé car nous n’avions pas le choix. » Les locataires des bâtiments suivront-ils la tendance ? « Si le preneur voit que les matériaux sont de qualité et que les prix restent maîtrisés, il adhérera. »

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