Technique et chantier

L’amiante s’offre une seconde chance

Mots clés : Bâtiment et santé - Entreprise du BTP - Gestion des déchets

L’utilisation de la torche à plasma permet de faire fondre les déchets fibrés d’amiante. Le produit obtenu de cette fusion peut être réemployé dans le BTP, sans risque pour la santé.

Les déchets amiantés sont valorisables. Et cela en toute sécurité. Spécialiste de la question, Inertam est depuis trois ans la filiale landaise de la société bordelaise Europlasma, spécialisée dans le traitement des déchets toxiques. Jadis propriété d’EDF avant de s’adosser récemment à des investisseurs régionaux, cette PME aquitaine exploite, à Morcenx-Arjuzanx, sur le site d’une ancienne mine de lignite, une technologie d’avant-garde : la torche à plasma. Le brevet de cette technologie fut vendu dans les années 90 par l’Aérospatiale à un de ses cadres. Après avoir concentré ses efforts sur la vente de cette technologie, en France et au Japon notamment, le groupe a décidé en investissant dans les Landes de développer essentiellement une activité de destruction de déchets d’amiante.

Le principe

La torche à plasma produit un gaz très chaud à forte densité énergétique, le plasma. L’application est particulièrement adaptée dans le traitement des déchets et des gaz toxiques par haute température. C’est la nécessité de tester le comportement de matériaux (missiles, véhicules spatiaux) lors de leur entrée dans l’atmosphère qui a conduit les chercheurs à mettre au point la production d’un flux de gaz extrêmement élevé en température. Pour l’obtenir, la torche à plasma est composée de deux électrodes, connectées à une alimentation électrique et séparées par une chambre d’injection du gaz plasmagène, de l’air quand il s’agit de traiter ordures ménagères ou amiante. Un court-circuit amorce un arc électrique entre les électrodes tandis que l’air comprimé est introduit dans la torche. Il s’échauffe alors rapidement et se transforme en un plasma de haute température. Celui-ci est expulsé vers l’aval de la torche et devient un jet de plasma (appelé dard plasma), dont la température oscille de 2 000 à 5 000 °C.

A cette température, le plasma permet de vitrifier les déchets issus de l’incinération des ordures ménagères et les déchets amiantés. Au contact du plasma, ils fondent et sont rendus inertes. Le produit obtenu est appelé vitrifiat.

Résultats

A Cenon, dans l’agglomération bordelaise, comme à Imizu au Japon, Europlasma a vendu sa technologie à des usines de traitement d’ordures ménagères. A Morcenx dans les Landes, l’entreprise traite quelque 4 000 à 5 000 t de déchets avec deux lignes mises au point au milieu des années 90. Dans le four chauffé avec trois torches à plasma, la fibre d’amiante portée à 1 600 °C est totalement décomposée. Une nouvelle ligne mise récemment en service dispose d’une capacité de traitement de 8 000 t par an. Après avoir négocié avec la Poste, le conseil général des Yvelines, Unibail, la SNCF ou IBM, Inertam vient d’engranger deux contrats à l’étranger. 630 t d’amiante du complexe olympique d’Alger seront vitrifiées dans les Landes cette année. L’entreprise est aussi cliente de la ville de Bruxelles qui a décidé de traiter ses déchets amiantés, notamment ceux de l’immeuble Berlaymont, l’ancien siège de la Commission européenne.

Les perspectives

Les responsables d’Inertam savent qu’en France l’idée de payer pour la valorisation des déchets n’est encore pas admise par tous. L’entreprise est en pourparlers pour assurer la destruction des 200 t d’amiante du Clemenceau. Le recours à cette solution innovante sur le plan environnemental coûte environ 1280 euros la tonne, soit deux fois plus cher qu’une solution classique. L’article 53 du tout nouveau Code des marchés publics évoque « les performances en matière d’environnement » comme critère possible de sélection, de classement ou de rejet d’une offre d’entreprise.

Chez Inertam on veut y voir un signe encourageant. La torche à plasma permet aussi la neutralisation de boues d’épuration ou de certains produits chimiques. Les vitrifiats d’amiante, aujourd’hui utilisés comme remblais sur le site de Morcenx, pourraient enfin être utilisés dans les travaux publics. Des tests sont en vue sur des places de parking dans l’agglomération bordelaise. Du bâtiment amianté du 20e siècle aux travaux publics du 21e, toujours en quête de solutions plus durables, Inertam est sûre d’être sur le bon chemin.

PHOTO :

Une autre application du procédé consiste à vitrifier les résidus d’incinération d’ordures ménagères. Le vitrifiat est alors laminé

en plaques (photo) avant d’être

transformé en granulat.

SCHEMA :

Nouvelle ligne de fusion du site d’Inertam

Dans le four chauffé avec trois torches à plasma, la fibre d’amiante portée à 1 600 °C est totalement décomposée. Après fusion on obtient le vitrifiat, utilisable comme remblais.

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