Dossier

L’AGRICULTURE EN VILLE : UTOPIE, NÉCESSITÉ OU SOLUTION MIRACLE ?

Selon l’ONU, 54 % de la population mondiale vit aujourd’hui en zone urbaine, un chiffre qui s’élèvera à 80 % en 2030, sous l’effet de l’urbanisation galopante, notamment en Afrique et en Asie. Aussi l’Organisation des Nations unies pour l ‘alimentation et l’agriculture (FAO) a-t-elle mis en garde contre « la croissance rapide des villes dans le monde en développement [qui] met à rude épreuve les systèmes d’approvisionnement alimentaire urbains ». Pour nourrir les 9,6 milliards d’habitants prévus d’ici vingt ans, l’ONU estime que les surfaces cultivées devront être doublées, alors même que les terres arables s’épuisent. C’est avec ces chiffres alarmistes que commencent la plupart des notices rédigées par les porteurs de projets d’agriculture urbaine qui voient le jour. Une agriculture d’un nouveau type qui présente, selon ses promoteurs, de multiples vertus : maîtrise de la qualité des produits et des modes de production grâce aux circuits courts, amélioration du cadre de vie, diminution de la pollution par absorption du gaz carbonique, isolation thermique des bâtiments, création d’emplois, complément de ressources et, de manière globale, réduction de l’impact de l’alimentation sur l’environnement, responsable de 30 % des émissions de gaz à effet de serre. L’agriculture urbaine, une solution miracle ? Sabine Barles, professeure d’urbanisme et d’aménagement à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, tempère : « Aussi intéressante que puissent être les initiatives, l’agriculture urbaine ne représentera de toute façon qu’une petite part de la ration alimentaire quotidienne. » Néanmoins, dans les villes occidentales, des structures apparaissent sous la forme de fermes urbaines aux objectifs variés: commerciaux, pédagogiques, ludiques ou sociaux. Bien qu’un petit nombre de projets soient aujourd’hui concrétisés, elles offrent déjà une gamme typologique qui se décline selon les possibilités d’implantation, la rentabilité attendue, mais aussi le contexte historique. « Chaque ville a eu ses ressources en eau, ses jardins potagers, ses vergers, ses basses-cours […]. La ville ancienne était autosuffisante et le restait à condition que sa population n’augmente pas », observait Yona Friedman, ( Utopies réalisables, 1976). L’industrie ayant chassé l’agriculture de la ville à partir du milieu du XIXe siècle, celle-ci y fait aujourd’hui son retour, alors que l’industrie s’en retire.

Formes de fermes

L’une des premières grandes fermes urbaines est née à Détroit, sur les vastes terrains industriels délaissés par Ford, Chrysler et General Motors. La municipalité ayant délivré des « permis de cultiver » dès les années 1970 (programme Farm A Lot), ces friches sont aujourd’hui couvertes de 1 300 potagers cultivés par...

Vous lisez un article de la revue AMC n° 255 du 08/11/2016
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