Enjeux

L’accessibilité, un profit pour tous

Mots clés : Accessibilité

De contrainte technique et financière, l’accessibilité est en train de se transformer en atout économique.

L’année 2015 avait été marquée par une mobilisation des énergies autour de l’approche réglementaire et technique de la mise en accessibilité des établissements recevant du public. 2016, avec le salon Urbaccess, qui réunit à Paris les 22 et 23 mars les acteurs de la « ville accessible », devrait en revanche être l’année qui dépassera la vision d’une accessibilité contraignante, techniquement et financièrement, pour la promouvoir comme facteur de développement.

« Jusqu’ici, on avait effectivement une vision très loi de 2005 de l’accessibilité : à destination uniquement des personnes en situation de handicap et avec une réflexion centrée sur les équipements et les normes, confirme Pierre-Marie Chapon, conseiller auprès de la Scet (organisme de conseil de la Caisse des dépôts pour l’aménagement du territoire), et directeur général de VAA Conseil, cabinet spécialisé dans les domaines du vieillissement, de la santé, de l’habitat et de l’aménagement. Et puis, lors des travaux autour de la loi d’adaptation de la société au vieillissement, on s’est rendu compte que la notion d’accessibilité rejoignait la notion d’autonomie et que l’on pouvait la présenter de manière plus efficiente aux différents acteurs. » Et notamment aux maîtres d’ouvrage. « De plus en plus, ils voient dans la mise en accessibilité une opportunité d’améliorer la qualité de vie des habitants d’une ville, des occupants d’un immeuble ou d’une clientèle, explique Pascal Loisel, directeur général de Citae, société spécialisée dans l’assistance à maîtrise d’ouvrage pour l’accessibilité. Avec comme idée principale de mettre l’usage au centre de la réflexion : comment obtenir un confort d’usage suffisant ? Cela nécessite une sensibilisation et une formation spécifique des équipes techniques. »

Concertation.

C’est ce qu’a mis en place, par exemple, dès 2013, la Ville de Courbevoie (Hauts-de-Seine) avec l’assistance de Citae. « Pour prendre conscience que l’accessibilité, ce ne sont pas uniquement et simplement les mises aux normes, l’ensemble des techniciens et des cadres des services techniques de la Ville ont été formés », raconte André Puigmal, chargé de mission handicap de Courbevoie. Une formation renouvelée l’année dernière, qui participe plus largement d’un vaste travail de concertation entamé en 2010 avec les associations représentant les personnes en situation de handicap. « Cette concertation nous a permis de définir des priorités et de délimiter des plans d’action, quartier par quartier, précise André Puigmal. Elle nous a également servi à élaborer un référentiel travaux. Et surtout, elle a permis d’ouvrir un contact direct avec les habitants et de créer une relation pour répondre au mieux aux attentes. » Et la Ville a suivi la même méthode pour l’élaboration de son plan de mise en accessibilité de la voirie et des aménagements des espaces publics (Pave). Un atelier dédié a notamment planché sur les accès à La Défense, premier quartier d’affaires européen.

Polyvalence.

L’accessibilité cesse d’être exclusivement un impératif social pour devenir un impératif économique. Une transformation intégrée chez de grands promoteurs comme Gecina, qui, au même titre que le développement durable, a inscrit le handicap dans sa politique RSE (responsabilité sociétale des entreprises) et dans sa stratégie économique. « Notre parc est adaptable à tous les handicaps, et pas seulement moteur. Cela augmente sa polyvalence. Avoir un immeuble accessible à tous types de handicap nous laisse la possibilité de louer nos actifs à tous types de locataires. On s’adresse à 100 % du marché », explique Lucien Poda, directeur technique de Gecina.

C’est comme cela qu’en 2012, Gecina a pu répondre à la demande de Technip. « Nous leur avons fait visiter un immeuble de 19 000 m² à La Garenne-Colombes, qui était entièrement accessible, alors que seulement deux de leurs salariés étaient physiquement handicapés et se déplaçaient en fauteuil roulant », relate Lucien Poda. « Les représentants de Technip ont été sensibles à ce que l’ensemble du bâtiment, même les terrasses, soit accessible à tous leurs salariés. Il n’y avait pas de discrimination dans l’accès au bâtiment. » L’immeuble a par la suite été cédé à une foncière.
Quoi qu’il en soit, Gecina ne reculera plus sur la question de l’accessibilité. « Nous nous étions fixé un objectif à fin 2016 : 50 % des surfaces accessibles. Nous sommes à 81 %, se félicite Lucien Poda. » En 2022, 100 % des surfaces du parc de Gecina devraient ainsi être accessibles.
Passée du statut de contrainte technique à celui d’argument marketing, l’accessibilité n’a pas fini de s’étendre, à en croire Pierre-Marie Chapon. Jusqu’à évincer le handicap ? « Des travaux récents montrent que l’accessibilité n’est pas uniquement une notion physique, argumente-t-il. Il existe une accessibilité économique : lutter contre l’isolement de personnes vivant sous le seuil de pauvreté qui se retrouvent enfermées chez elles, leur redonner accès aux transports, à la ville, c’est de la politique d’accessibilité. Alors, ce changement de vision peut être perçu comme négatif avec la peur de s’éloigner de l’accessibilité physique. Mais en réalité, cela va permettre d’élargir la prise de conscience dans la société et donc permettre de faciliter l’appréhension d’une meilleure accessibilité physique ».

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325 351 ERP sont aujourd’hui couverts par un agenda d’accessibilité programmée (Ad’AP).

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