Architecture Technique Logement

Jeu d’échelles

Mots clés : Bâtiment d’habitation individuel - Logement social - Matériel - Equipement de chantier

A peine investis par leurs locataires, ces 16 logements sociaux prennent place dans des volumes composés en articulant les dimensions urbaine, intime et paysagère.

Dans le centre-ville de Bezons (Val-d’Oise) en pleine transformation, l’architecte Gemaile Rechak est déjà l’auteur de logements pour le même maître d’ouvrage, sur la même artère départementale, ponctuée par le tout récent hôtel de ville d’Emmanuel Combarel et Dominique Marrec (ECDM), suivi d’un immeuble d’habitation construit par Jean Nouvel en 1993 et surnommé… « Alcatraz ». Dans cette rue aux contours encore flous, la nouvelle opération [lauréate d’un prix de la construction et du développement durable en Val-d’Oise, voir « Le Moniteur » du 24 juin 2016, p. 33] prend place contre une ancienne imprimerie promise à démolition. La priorité de l’architecte : protéger les habitants du bruit de la route. Il répartit les 16 appartements dans quatre volumes présentant chacun une identité singulière. Les deux plus hauts se dressent sur la rue : un R + 5 habillé de bois qui vient dans la continuité urbaine du centre-ville et un R + 3 enduit de blanc qui amorce la transition avec la petite échelle du pavillonnaire environnant. La faille tracée entre les deux laisse deviner le jardin qui s’étire à l’arrière, sans toutefois le dévoiler pour préserver l’intimité des locataires. Au-delà de l’accès unique par un portail métallique, l’architecte propose un parcours « qui marque la diversité des lieux où l’on se rend ». « Quand je travaille sur du collectif, poursuit-il, je pense au cheminement, au fait que l’on va chez soi, cela devient un espace identifié et non un adressage et ainsi cet espace de l’intimité prend un sens. » Pour ouvrir les logements au sud, il étire une circulation à l’air libre au nord, « ni couloir ni coursive », où il parvient à créer une véritable atmosphère grâce à des patios, placés dans la continuité des escaliers extérieurs, qui permettent de rendre les appartements traversants. A l’inverse d’un ennuyeux couloir fermé, ces circulations procurent des vues changeantes sur les jardins voisins sans pour autant être intrusives.

Amabilité.

« Adolescent, j’ai commencé par construire des bâtiments avec mon père maçon et très vite j’ai eu envie de les dessiner », raconte encore Gemaile Rechak. Ici, il organise le programme autour d’un jardin à contempler, imaginé par le paysagiste Gilles Brusset. « Cette intériorité offre aux habitants la possibilité de s’isoler, c’est un sentiment important. » En créant deux paliers, il respecte la dénivellation du terrain naturel qui plongeait vers l’intérieur de l’îlot. Accusant ce mouvement, les volumes s’étagent progressivement depuis la rue jusqu’à un simple rez-de-chaussée en fond de parcelle. De l’autre côté du muret qui marque l’extrémité de l’opération, les vignes des jardins alentour apparaissent. « Il faut être aimable avec ses voisins en étant à des échelles similaires », explique l’architecte qui a fait un détour par la philosophie. Le pli continu du bardage en pin rétifié unifie les lieux, parcourant les façades et le toit de l’immeuble le plus haut, descendant pour cacher la rampe du parking, puis remontant sur un autre bâtiment placé à la perpendiculaire de la rue. Chaque appartement possède ses propres caractéristiques. Ceux qui surplombent la départementale, protégés par des vitrages très isolants, profitent à l’arrière de vues lointaines sur la vallée de Montmorency et de larges balcons dissimulés par les claires-voies de la résille de bois. Surmontés de duplex indépendants comme des maisons, deux rez-de-jardin ouvrent sur des terrasses devant lesquelles personne ne passe. Gemaile Rechak ne prévoit des espaces extérieurs que lorsqu’ils peuvent être réellement agréables.

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ENCADRE

Maître d’ouvrage : AB Habitat. Maîtrise d’œuvre : Atelier Gemaile Rechak. BET : Cebat Paris (structure), ETB Antonelli (fluides), Loizillon ingénierie (économiste), Paysarchitectures/Gilles Brusset (paysagiste). Entreprise générale : CRB. Vaninetti (mur à ossature bois et bardage en façade). Surface : 1 250 m2 Shon. Montant des travaux : 2,38 millions d’euros HT.

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